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Le Nouveau Web Selon Google

mardi 22 novembre 2011 à 00:00

Je ne résiste pas au plaisir de partager cette saillie de Nils Dagsson Moskopp à propos de Google+ :

Bienvenue dans le nouveau Web, un Web sans flux RSS ou ATOM. Un Web que vous ne pouvez lire simplement sans JavaScript, car quelque part dans l’entête de la page il y a un <style> body { visibility: hidden; } </style> annulé plus tard par un script que le propriétaire de la plate-forme veut absolument que vous exécutiez.

Un Web où le partage de contenu est limité par la plate-forme, pas par les capacités de votre client. Un Web où vous ne pouvez pas commenter un article sans avoir créé de compte sur le serveur d’une société (compte qui sera supprimé si vous avez eu le malheur de choisir un nom qui ne leur revient pas).

Un Web qui ment — par exemple en prétendant que des contenus n’existent pas et en renvoyant une erreur 404 lorsque vous n’avez juste pas le droit de les lire, au lieu de vous en informer (comme par exemple sur cette page).

Un Web où « ce contenu n’est pas disponible dans votre pays »1

Les ex gamins cools de Google m’inquiètent de plus en plus ces jours-ci, outre leur cœur de métier (le fichage des internautes pour leur afficher des réclames ciblées), j’ai l’impression qu’ils prennent de plus en plus de décisions qui blessent le Web. Blessures dont nous nous rendons complices lorsque nous utilisons leurs produits.

  1. allusion à YouTube qui, pour des questions de droits d’auteur, interdit de voir certaines vidéo en fonction du pays où il estime que vous êtes;

Mozilla en 2012: bâtir une génération de créateurs Web

mardi 22 novembre 2011 à 00:00

Voici une rapide traduction d’un billet de Mark Surman sur les objectifs de Mozilla et de Drumbeat pour 2012. Mark est un des dirigeants de la Fondation Mozilla et s’occupe plus particulièrement de Drumbeat, l’incubateur à projets visant à promouvoir les valeurs de Mozilla et du Web Libre au delà des cercles technophiles. Mark a mené une réflexion ces derniers mois sur l’avenir de Drumbeat et ses prochains objectifs. Il a publié une longue série de billets, qu’avec mes camarades de #frenchmoz nous avions commencé à traduire. Ils aident à comprendre le cheminement qui conduit Mozilla à s’intéresser de plus en plus à l’éducation et à la création1.

Dans ces billets, Mark arrivait à deux conclusions :

De ces réflexions sont nées les objectifs de la Fondation Mozilla pour 2012 :

Les plans de Mozilla pour 2012

Créer une génération de créateurs du Web a été un gros sujet de discussion ces derniers temps. Ça a été le thème du récent Festival Mozilla. Et le sujet d’une discussion sur ce carnet. Amener les gens qui utilisent le Web à le créer est devenu l’un des principaux centres d’intérêt de Mozilla.

Au dernier conseil d’administration de la Fondation Mozilla, nous avons approfondi cette question : que pouvons nous faire de concret en 2012 pour nous attaquer de front à nos buts majeurs concernant les créateurs Web ? J’ai rassemblé la présentation faite au conseil et un résumé de nos plans en cours d’élaboration. Vous pouvez télécharger la présentation ou la vidéo. Elles présentent une première version des projets de la Fondation Mozilla en 2012. Au cours des prochaines semaines, nous allons les détailler davantage et récolter les idées des gens qui veulent s’investir.

La vidéo fait 30 minutes, si vous n’avez pas le temps de la regarder, voici un résumé des points principaux :

  • ce qui avait commencé comme Mozilla Drumbeat a évolué en une série de « laboratoires d’apprentissage » pour les créateurs Web : un mélange de programme d’apprentissage et de logiciels pour les gens qui créent des choses sur le Web;
  • en 2012 nous projetons de faire grandir la communauté et la portée de ceux de ces laboratoires qui ont eu le plus de succès : Popcorn pour la vidéo, MoJo pour le journalisme et Hive2 pour les adolescents;
  • nous prévoyons également de renforcer nos meilleurs logiciel et programmes d’apprentissage, comme PopcornMaker, Hackasaurus et School of Webcraft. Nous les intégrerons dans tous nos laboratoires d’apprentissage;
  • un nouvel effort en 2012 sera de développer les badges de culture Web Mozilla3, c’est à dire un moyen d’être reconnu pour les connaissances que l’on a acquises dans un des laboratoires et pour son implication dans la communauté;
  • afin que tout cela réussisse, Mozilla a besoin de devenir meilleur dans la création de logiciels qui répondent aux besoins des créateurs du Web, et également de se renforcer dans le domaine de l’éducation. Nous avons déjà des gens doués dans ces deux domaines, mais il nous en faut plus4;

Ces projets sont issus d’une réunion des directeurs de programme de la Fondation Mozilla qui s’est tenue cet été et des retours sur les billets que j’ai postés récemment.

Bien que la conversation dure à présent depuis de nombreux mois, ces projets ne sont encore que des esquisses. Ils sont conçus pour évoluer à mesure que nous entrerons dans les détails et que nous commencerons à travailler dessus au cours des prochaines semaines.

Si vous avez des idées et voulez participer, le meilleur moyen est de rejoindre la conférence téléphonique des créateurs Web tous les mardi. N’hésitez pas non plus à poster des commentaires sur mon blog.

Ainsi s’achève le billet de Mark. Je n’ai pas regardé le slidecast, mais vais tenter un résumé de ce que j’ai compris de la présentation qui l’accompagne.

En détail

Les laboratoires d’apprentissage

Les badges

La stratégie 2012

Conclusion

Conclusion personnelle

I ♥♥♥ cette fondation !!! Et suis tout excité de voir ce programme se concrétiser.

  1. NDT : <réclame>j’avais déjà publié un billet sur le sujet dans mon carnet</réclame>

  2. NDT : le The Hive Learning Network NYC (la Ruche pour l’apprentissage) est une coordination de nombreux partenaires dont Mozilla, des bibliothèques, des musées, etc. Elle vise à promouvoir les projets numériques collaboratifs qui créent des opportunités d’apprentissage pour les jeunes. Mozilla est gérant de cette coordination;

  3. NDT : <réclame>j’ai également déjà évoqué ce mécanisme de badges</réclame>

  4. pour les mal-comprenants  la Fondation va encore beaucoup recruter dans les prochains mois #jobsdereve ;

  5. un outil permettant d’utiliser facilement popcorn sans mettre les mains dans le code;

  6. les lunettes à rayons X est un petit logiciel développé dans le cadre de Hackasaurus qui permet de découvrir de manière ludique la structure des pages Web et de les bidouiller;

La police protège les honnêtes citoyens

dimanche 20 novembre 2011 à 00:00

Comme tout le monde, j’ai vu quelques photos et vidéos de la répression policière à l’Université de Davis en Californie. Mais je viens de tomber sur un récit qui prétend que les violences ont été bien au delà de celles que l’on voit sur les images. J’avoue avoir un petit doute sur ce témoignage. Il est présenté comme une lettre d’un professeur d’anglais assistant, envoyé au recteur de la faculté pour demander sa démission. Je n’ai pas vu de photos de certains des faits qu’il narre. Compte tenu du nombre de témoins de la scène, cette absence d’images m’incite à la prudence. Il n’empêche, je n’ai pas davantage de raisons de douter de ce témoignage que d’y croire.

Pour qui n’a pas vu passer cette actualité, le mouvement Occupy Wall Street est en train de prendre de plus en plus d’ampleur aux USA. Depuis quelques jours, la répression policière s’intensifie, renforçant au passage le mouvement. Quelques étudiants d’une fac de Californie ont décidé de planter des tentes sur leur campus. En réponse notamment à des brutalités policières contre leurs camarades de Berkeley quelques jours plus tôt. Le recteur de la fac de Davis a appelé les flics pour déloger ses étudiants. À l’arrivée des casqués, les protestataires ont protégé leurs tentes en s’asseyant autour en se tenant par les bras. C’est une vieille technique d’action directe non violente. En se tenant correctement, la chaîne est très difficile à briser.

Voici ce que raconte Nathan Brown de la suite de l’histoire.

Sans qu’il y ait eut la moindre provocation, si ce n’est celle du corps de ces étudiants assis par terre, les bras liés, la police les a aspergé de gaz au poivre. Ils sont restés au sol, en se tenant toujours les bras, mais en se tordant de douleur. Qu’est-il arrivé ensuite ? La police a utilisé ses matraques pour tenter de séparer les étudiants. Ceux qu’elle arrivait à détacher étaient arrêtés, les policiers les maintenant à terre avec leurs genoux et poussant leur tête contre le sol. Ceux qu’ils n’arrivait pas à détacher ont été maintenus pendant qu’un policier leur projetait du gaze au poivre directement au visage. Ceux qui protégeaient leurs yeux avec leurs vêtements, la police les a obligé à ouvrir la bouche et a pulvérisé le gaz dans leur bouche. Plusieurs de ces étudiants ont été hospitalisés. D’autres sont sérieusement blessés. Quarante-cinq minutes après les faits, l’un crachait toujours du sang.

Il n’est pas pour moi question de jeter l’opprobre sur le lieutenant John Pike. Il n’a fait que son travail. Celui pour lequel il est payé. Tout comme le commandant de gendarmerie Frédéric Warion lorsqu’il a gazé des citoyens pacifiques à Anduze. Comme tous les flics qui ne font qu’obéir aux ordres, qu’il s’agisse de rafler des Juifs ou des sans-papiers, de réprimer des Algériens, d’éborgner des lycéens ou de remettre à la rue des mal-logés. Le problème n’est pas celui des hommes qui exécutent, avec plus ou moins de zèle, leur boulot. Il est dans l’existence de cette institution, la police, groupe d’hommes de main au service du pouvoir, quel qu’il soit, dont le rôle est de maintenir par la violence le système social qui profite à leurs maîtres.

Toute ma solidarité va évidemment aux indignés qui dans le monde entier subissent la loi et les violences des laquais du pouvoir. Puissent au moins les images chaque jour plus nombreuses des violences policières aider à mettre fin au mythe du bon flic chargé de protéger la veuve et l’orphelin. Chaque fois que l’on croise un flic, se rappeler ces images aide à se souvenir de ce dont il est capable et qui il sert.

Instant de vérité

jeudi 17 novembre 2011 à 00:00

La page vierge c’est l’instant de vérité. C’est face à elle que l’on va enfin savoir si l’on a du talent. Écrire un roman, une symphonie ou un logiciel qui sera l’étendard que l’on soumettra au regard des Zotres pour être jugés. Pour savoir. A-t-on un minimum de talent ? Vaut-on quelque chose ? Alors face à la page vierge, on hésite, on tergiverse. On sort tout le contenu de sa trousse et on décide qu’on travaillera bien mieux si tous ses crayons sont bien taillés, alors on les taille, puis on les aligne, optimisons l’outil. On se dit qu’on n’a pas encore acquis toutes les compétences nécessaire et on file réouvrir un livre, lire un article. On se dit soudain que ça serait bien mieux si… et on ouvre la documentation du logiciel, on cherche comment faire dans notre éditeur pour que… Ah, et puis ça serait plus beau si, alors cherchons… On retarde. Au fond, a-t-on vraiment envie de savoir ? L’incertitude qui contient en elle le pire mais aussi le meilleur ne vaut-elle pas mieux que la certitude du pire ? Dès que je maîtriserai un peu mieux Vim et Jekyll, que j’y aurai un peu réfléchit, ah, que j’aurai lu mes mails, fait du ménage sur mon disque, appris à taper avec plus de deux doigts, oui, dès que je serai près, j’écrirai un billet sur le sujet.

Deux conceptions de la liberté

mercredi 16 novembre 2011 à 00:00

La réaction de Saint Ignitius au décès de Steve Jobs a provoqué une petite polémique. Je suis pour ma part entièrement d’accord avec les propos de RMS, que je trouve honnêtes et modérés1. Je ne regretterai pas Jobs. Je crois n’avoir rien apprécié de son « œuvre ». Les ordinateurs frappés d’une pomme que j’ai aimés dans mon enfance étaient ceux dans les veines desquels coulait le sang de Woz. Jobs, lui, a patiemment gommé l’ADN de son comparse pour aller dans une direction radicalement opposée. Ces dernières années, il n’a rien fait d’autre que de chercher à enfermer toujours davantage les utilisateurs, profitant de son aura de Guide pour rendre désirables des contraintes qui venant de n’importe qui d’autre auraient provoqué des levées de boucliers. Je ne le regretterai pas.

Pourtant, je dois admettre que parmi les nombreux utilisateurs de Mac que j’ai croisés ces dernières années, tous n’étaient pas des idiots simplement désireux de posséder la panoplie du parfait petit bourgeois hipster et bohème. Bien des bidouilleurs intelligents et parfaitement conscients du côté sombre d’Apple sont pourtant des utilisateurs fervents de ses produits. Est-ce par simple plaisir d’être asservis ? L’explication serait un peu simpliste. Peut-être après tout les ordijobs leur offrent-ils une autre forme de liberté. Peut-être la polémique Stallman vs Jobs a-t-elle pris de l’ampleur parce qu’elle opposait deux conceptions différentes de la Liberté ? Peut-être Jobs peut-il être également considéré comme un libérateur, à l’instar de RMS.

Stallman et Jobs ont cherché tous les deux à libérer l’utilisateur et à accroitre son champ des possibles. Mais leur approche diverge. L’un s’intéresse à l’outil, veut que l’artisan ait le contrôle total de son établi. Puisse l’utiliser comme bon lui semble. Sache comment il fonctionne pour en exploiter toutes les subtilités. Puisse le modifier pour l’adapter au mieux à ses besoins. Puisse partager son savoir-faire. L’autre au contraire veut faire disparaître l’outil. Qu’il s’efface complètement pour qu’il n’y ait plus rien entre l’artisan et son œuvre. Qu’il puisse créer débarrassé de toute contrainte matérielle2.

D’un côté une liberté par le choix. De l’autre par l’élimination de contraintes. Car si faire des choix est une forme de liberté, c’est également une contrainte, une contingence. Cela oblige à réfléchir en permanence, prendre sans cesse des décisions. Cela crée de la peur, du stress. L’absence de choix peut donc être perçue comme une diminution des contraintes, et une forme de libération. C’est l’un des apports de Jobs en matière de conception. Supprimer les choix, permettre de se concentrer sur la tâche principale.

Apple ne cesse de travailler à effacer les outils. Et pour garantir qu’ils ne se mettent jamais en travers du chemin de l’utilisateur lorsqu’il veut créer, Apple a besoin d’avoir la maîtrise la plus totale possible sur ces outils. Pour pouvoir garantir une expérience uniforme, sans la moindre surprise qui viendrait distraite l’utilisateur, il faut réduire au maximum le nombre d’inconnues dans l’équation, le nombre de paramètres extérieurs, hors contrôle. Chaque cause potentielle de désordre doit être au minimum strictement encadrée, idéalement gommée. Ainsi des développeurs d’applications, dont la liberté ne cesse de se réduire à mesure qu’Apple augmente son contrôle sur tout ce qui s’exécute sur ses machines. Bientôt, chaque application s’exécutera dans un bac à sable, et le moindre appel au système devra avoir été explicitement autorisé par Grande Sœur La Pomme.

Ces deux formes de liberté s’opposent-elles ? Je crains malheureusement que oui, en partie du moins. On peut certes imaginer un logiciel transparent, mais totalement paramétrable via des options cachées. Mais laisser l’utilisateur configurer son outil, c’est réintroduire des inconnues dans l’équation. Si l’on veut lui laisser la maîtrise de son utilisation, il faudrait lui permettre de choisir précisément le moindre détail de l’outil qu’il utilise. Donc faire réapparaître de la distraction sur le chemin de la création. @TODO paragraphe faible, à compléter / revoir.

Mais surtout, souvent, l’utilisateur n’a que faire de choisir. Lorsqu’il est devant son écran, il ne veut pas utiliser un navigateur, un courrieleur, un traitement de texte ou autre. Il veut surfer sur le Web, écrire un courrier, un texte, s’informer, communiquer, créer. Il n’a que faire de l’outil, voudrait au contraire qu’il s’efface. C’est ce qu’a sans doute le mieux compris Jobs, et c’est cette liberté là qu’il a offerte à ses adeptes. Passer des heures à paramétrer son outil est une activité réservée aux experts en procrastination dans mon genre, qui va leur permettre de tergiverser pour calmer leur angoisse en face de l’immensité des possibles dévoilée par les outils.

Une citation fameuse de Machiavel prétend que ceux qui sont prêts à abandonner un peu de choix contre un peu d’utilisabilité ne méritent ni l’un, ni l’autre. Je ne serais pas aussi catégorique. Le choix entre ces deux formes de liberté difficilement conciliable n’est pas évident. Tenter cette conciliation est sans doute l’un des plus grands défis auxquels sont confrontés tous les éditeurs de logiciels ou de sites Web. Et tout particulièrement Mozilla, dont la raison d’être est justement d’essayer d’accroitre ces deux libertés, la liberté de choisir, d’être maître de son destin numérique, et la liberté de créer sans contraintes. Concilier la volonté de donner aux utilisateurs toujours plus de contrôle — volonté plébiscitée par ses utilisateurs les plus geeks ou sensibles à ces problématiques — avec la demande de la majorité des utilisateurs : utiliser le Web. Ce défi est sous-jacent à nombre de débats actuels, sur toutes les simplifications de l’interface par exemple (la suppression du schéma d’URI de la barre d’adresse est un cas d’espèce). Le juste milieu où l’on maximise chacune des deux libertés sans entraver l’autre est une lame de rasoir sur laquelle la Fondation avance en funambule.

Stallman et Jobs sont-ils définitivement irréconciliables ? Angoissante question. @TODO: trouver une conclusion.

  1. à l’inverse des torrents de haine déversés par quelques adorateurs de Jobs. Mais j’ai noté leurs noms, et dans la société idéale future, quelques années de travail dans une rizière devrait les aider à prendre conscience de leurs erreur.

  2. les contraintes peuvent certes constituer un aiguillon à la créativité, mais c’est un autre débat;