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Gribouillis dans les marges

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Dernières volontés

dimanche 17 septembre 2017 à 21:07

Passant devant un funérarium, je me suis fait la réflexion tantôt qu’au vu de mon grand âge, il serait temps que je formalise ma volonté d’être incinéré.

Mais finalement, au nom de quoi déciderai-je du sort de mon cadavre après ma mort ? Je ne serai plus là, il ne m’appartiendra plus, il appartiendra à celleux qui restent. Quelle absurdité nous pousse à donner des consignes pour ce qui se passera après nous ? Comme si nous pouvions survivre à la mort et continuer à agir dans le monde après en être sorti. C’est ridicule ! Aussi, je crois que je vais laisser à mes proches le soin de décider du sort de ma dépouille, qu’illes préfèrent avoir un lieu, tombe ou urne, où venir se recueillir, ou éviter les monuments macabres et remettre mes cendres au vent ou les disperser dans une cuvette de chiottes.

Vie privée et professionnelle

dimanche 17 septembre 2017 à 09:35

Un reproche souvent fait au télétravail est le risque de confusion entre la vie privée et la vie professionnelle. Au sens de temps pour soi versus le temps consacré à gagner un salaire. Les deux sont de toutes façons depuis bien longtemps imbriquées, du moins dans nos métiers pseudos créatifs du développement informatique. Qui n’a jamais trouvé la solution à un problème professionnel dans l’intimité de sa salle de bain le matin ?

Mais c’est une autre forme d’interpénétration qui m’interpelle ce matin, plus pernicieuse et qui me dérange beaucoup plus. Pour recruter, nos boites vantent l’excellente ambiance au sein de leurs équipes, et mettent en avant les profils de leurs employé⋅e⋅s. Cela passe a minima par une photo sur le site Web, parfois cela va plus loin, avec des portraits complets de salarié⋅e⋅s, pour montrer combien illes sont jeunes, enthousiastes, dans le vent, etc. Et cela me dérange. Je le ressens comme une intrusion dans mon intimité. Je vends à un patron une force de travail, ma capacité à taper sur un clavier pour créer des objets sensés résoudre certains problèmes. Mais en aucun cas, je ne lui vends le droit d’utiliser mon image, ma personnalité. Le contrat de travail ne porte que sur un travail, ce que je suis, pense, aime, ce qui me constitue en tant qu’individu ne font pas partie de la relation contractuelle. Qu’un employeur veuille utiliser ma photo, des détails, même anodins, sur ma vie, me semble une intrusion inacceptable dans mon intimité. Paranoïa et vanité ou une certaine conception de la pudeur, je ne sais pas.

Dans le milieu des jeunes pousses, la frontière est parfois ténue. Parfois, les recrutements se font autant pour la capacité de travail que pour la notoriété, l’influence. C’est un secret de polichinelle, et pourtant je doute que ça soit contractualisé noir sur blanc. Certain⋅e⋅s d’entre nous vendent leur personnage public autant que leur habilité à caresser un clavier. Comment définir la limite entre le personnage qui fait partie du lot vendu, et l’humain derrière, qui ne saurait être vendu ?

Et cela incite à réfléchir à la limite entre notre personnage public et personne privée. Entre ce que nous donnons à voir en ligne et ce qui n’est connu que de nos proches. À réfléchir à ce qui est monnayable et à ce qui ne se négocie pas. Afin d’agir de façon consciente, de savoir à temps poser des limites et argumenter pour les faire respecter.

Rien à cacher

mercredi 3 mai 2017 à 23:12

D’après quelques recensions lues de-ci, de-là, le dernier opuscule du Comité Invisible, « Maintenant », semble contenir quelques points de vue intéressants sur les GAFAM et la société technologique. J’envisageais d’acheter l’ouvrage pour y lire le passage complet lorsqu’une anecdote m’est revenue à l’esprit.

Voici quelques années, j’ai été contrôlé par des flics dans le métro. J’allais au taff, étais habillé en informaticien lambda sans aucun symbole gauchiste sur moi. Je me suis probablement fait contrôler comme caution, les flics voulant éviter les accusations de contrôle ciblé des citoyen⋅ne⋅s racisé⋅e⋅s. Tout s’est passé poliment jusqu’à ce que le condé avise le bouquin que j’avais en main. J’ai oublié lequel c’était, mais son titre fleurait bon le gauchisme. Aussitôt, le contrôle a pris une autre tournure, j’ai eu droit à une palpation et ai dû attendre qu’ils vérifient mon matricule à la radio.

Cette histoire date d’avant l’état d’urgence, avant même je crois qu’Alliot-Marie n’invente la notion d’ennemi public numéro un « anarcho-autonome ». Et pourtant, un simple livre avait suffit à me rendre suspect. Je me demande comment se serait passé ce contrôle aujourd’hui, sous l’état d’urgence et alors que les flics n’ignorent plus combien ils sont haïs.

Dès lors, je m’interroge : dans le contexte actuel, achèteriez-vous « Maintenant » sur Amazon avec votre carte de crédit ? Seriez-vous prêt à passer une frontière en l’ayant sur votre liseuse ? Est-on si sûr qu’être innocent et n’avoir rien à cacher est suffisant pour ne pas risquer d’être victime de l’arbitraire policier ?

La tentation

vendredi 21 avril 2017 à 20:44

Je suis viscéralement attaché à la liberté. Et je pense qu’on ne peut pas être libre si tout le monde ne l’est pas. Donc qu’une condition de la liberté, c’est l’équité. L’égalité concrète, la justice sociale. Je suis également convaincu qu’on n’arrivera pas à s’émanciper tout seul⋅e⋅s, mais uniquement en s’entraidant. Ce sont là les valeurs qui me définissent lorsque je me présente comme « de gauche ».

Comme mes textes des dernières semaines le laissaient deviner (Voter ? et Le vote inutile), je suis aujourd’hui fortement tenté d’aller voter dimanche. Voter contre le vieux monde dégueulasse porté par la majorité des candidat⋅e⋅s. Voter aussi, un peu, pour l’espoir de sursaut du peuple de gauche que porte Méluche.

Je suis loin d’être en accord sur tous les sujets avec Méluche. Ses positions en matière de politique internationale notamment me dérangent. Je m’étais juré de ne jamais m’engager pour lui à cause de son silence lors du massacre d’Alep. Sa volonté de ré-introduire un service militaire me fait hurler. Et le fanatisme de certain⋅e⋅s de ses zélotes m’inquiète sur leur attitude en cas d’arrivée au pouvoir.

Mais je dois reconnaitre ma méconnaissance globale tant de ces sujets que du détail de sa position. Je réagis viscéralement, mais n’ai pas une analyse poussée en matière de géopolitique. Surtout, si importants soient-ils, ce sont des sujets connexes. Le cœur de notre vie, de notre quotidien, c’est la question sociale, ici. La façon dont nous vivons ensemble en nous entraidant, en veillant les un⋅e⋅s sur les autres.

La question sociale, c’est également notre rapport à notre environnement, à l’écosystème qui nous abrite. Et je dois admettre que sur le sujet, l’écosocialisme de Méluche et ses ami⋅e⋅s ne me semble pas être juste une récente conversion opportuniste, mais un point central de son projet, concret et réaliste. Ses propositions en matière d’éducation et de santé placent également l’émancipation et le bien-vivre avant l’économie.

Malgré mes divergences et mes craintes, j’avoue qu’il a su faire naitre en moi un petit espoir. L’espoir que les idées « de gauche » gagnent à nouveau un peu de chemin, après des années de reculade. Depuis 20 ans que je m’intéresse à la politique, tous les gouvernements n’ont fait qu’augmenter les inégalités et restreindre les libertés. Je ne vois pas comment les choses pourraient changer en continuant à confier le pouvoir aux mêmes.

Je pense qu’au contraire, si nous persistons dans cette voie, la situation ne va faire qu’empirer jusqu’à une forte secousse, et je ne suis pas sûr que cette secousse soit une révolution comme je la rêve. Ça peut être le fascisme, sur des bases nationalistes, religieuses ou autre. Ou l’effondrement de notre écosystème auquel la course en avant irréfléchie du capitalisme nous mène tout droit à brève échéance.

Au fond, ce qui m’intéresse, ça n’est ni Mélenchon, ni son programme. L’homme m’est certes sympathique, des amis qui l’ont connu hors de l’arène politique m’en ont fait un portrait moins caricatural que la marionnette publique. Son programme, je ne l’ai pas lu. De toutes façons, quel⋅le candidat⋅e respecte son programme ? Non, ce qui m’intéresse, c’est que le peuple de gauche relève enfin la tête, reprenne un peu espoir.

Depuis que je m’intéresse à la politique, nous subissons défaites sur défaites, nos valeurs ne cessent de reculer. Cela crée un climat mortifère où, pour se protéger, on finit par se désengager. Ne plus s’investir, ne plus se passionner, parce qu’on finit par ne plus y croire, par se persuader que chaque combat n’amènera qu’une nouvelle défaite, une nouvelle raison d’être désespéré et aigri. Avant toutes choses, nous avons besoin d’espoir !

Alors, pour le moral, chaque petite victoire est bonne à prendre. Pour se redonner du courage. Se dire que ça vaut la peine de continuer à se battre pied à pied, qu’il y a un espoir. Même sans victoire, un gros score de Méluche serait surtout un moyen de se compter, de se dire que nous ne sommes pas le dernier carré d’une espèce en voie de disparation qui partage des valeurs humanistes.

Après-tout, quelle autre alternative avons nous ? Dans l’attente d’une mobilisation dans la rue suffisamment forte pour imposer une politique de gauche, émancipatrice, juste, incluante — mais depuis 20 ans toutes nos mobilisations échouent — quel autre choix pour rompre avec l’apocalypse ou le retour du fascisme auxquels conduiront, j’en suis persuadé, les programmes des principaux autres candidats et leurs partis ?

J’entend la lucidité des camarades Autonomes. Je suis souvent d’accord avec leurs analyses, la mascarade électorale, la forte probabilité que Méluche ne soit qu’un fossoyeur comme Tsipras, volontairement ou par impuissance. Mais je ne crois pas, malheureusement, que nous soyons à la veille d’un vaste mouvement populaire capable de stopper l’apocalypse programmée par le capitalisme.

Surtout, si je vote, ça ne sera ni une délégation de mon pouvoir, ni de mes espoirs. Je ne confie ni l’un ni les autres entre les mains d’un sauveur suprême. Sauvons-nous nous-mêmes ;-) Un bulletin n’est qu’une pierre parmi d’autres dans la digue pour contenir la monté de la haine et essayer de bâtir un autre futur. Aussi insignifiante soit-elle, elle peut compter, si nous ne l’investissons pas d’espoirs magiques.

Deux textes que j’ai relayés ces derniers jours parlent d’humanisme. Et c’est peut-être là la clé qui explique pourquoi, par delà d’innombrables divergences sur le programme politique, j’ai de la sympathie pour Méluche : derrière le programme, il y a un humanisme, une vision de la place de l’humain dans le monde, centrale et heureuse. À l’opposé de celles des autres candidats qui placent l’économie ou la haine avant l’humain.

Voilà, je suis très tenté d’aller mettre un bulletin dans une boite dimanche prochain. Pas pour plébisciter un homme. Mais pour nous rassurer et nous redonner espoir, nous dire que nous ne sommes pas seul⋅e⋅s à avoir le cœur qui bat à gauche, et l’envie d’un monde plus émancipateur, égalitaire, solidaire. Et j’ai très envie de vous en convaincre, pour qu’on soit très très nombreuses et nombreux à se tenir chaud ! EOF

Exemplarité et nausée

mardi 18 avril 2017 à 09:09

Un concentré de matin de printemps. Petits zozios qui gazouillent, ciel déclinant ses pastels du rose au bleu, air doux et pas encore trop de pétarades motorisées, bref, un temps à avoir la banane sur le chemin du retour à l’école. Sourire qui s’efface en découvrant les sinistres fleurs plantées à côté du portail. Une rangée de panneaux déclinent des sourires carnassiers et font soudain exploser l’hypocrisie.

Liberté, égalité, fraternité, enseigne l’école. Contrôle, injustice et haine répondent les affiches. Les enfants, voici les qualités nécessaires pour aspirer à diriger le troupeau. Pour être en haut de l’affiche, il faut mentir, tricher, voler parfois, prêcher la haine des camarades de classe qui ne sont pas comme vous, défendre celleux né⋅e⋅s avec une cuillère en argent dans la bouche, et taper sur celleux qui galèrent.

Apprenez cela, les enfants, pour avoir sa tête affichée devant chaque école, mieux vaut être un homme blanc portant costume et cravate, comme une épaisse couche de fard cachant les petites et les grandes saloperies. Voici le modèle que vous propose la République Française. Voici l’exemple. Voici la nausée !