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[Lettre 13] Votre lutte qui est aussi la nôtre

lundi 27 avril 2015 à 17:05

Lundi 20 avril 2015

Aux frères militants-étudiants de l’UQAM,                                              

Malgré la distance et la passivité médiatique criante, nous suivons l’action que vous menez envers et contre tous, certains contre leurs parents, famille, cercle d’amis, et milieu social.

Nous sommes avec vous dans la contestation qui vous oppose à ces autorités de plus en plus répressives. L’Université ayant failli à son rôle, elle s’est retournée contre ceux qu’elle était sensée défendre, en réprimant des étudiants, sans négliger les moyens les plus coercitifs et violents, sans adéquation aucune avec les actions pacifiques entreprises par les étudiants.

Les décisions les concernant ayant été prises sans une consultation appropriée, nous estimons que le mouvement étudiant actuel est un pur acte de démocratie et qu’en tant que tel, ne mérite pas la réaction excessive qu’il a suscitée.

Au long de l’Histoire, des mouvements populaires de contestation ont souvent été novateurs et précurseurs des avancées sociales qui ont, dans le long terme, bénéficié à des fractions plus larges de la population que celles visées au départ. Les étudiants ayant entrepris cette action sans légèreté aucune sont les témoins et acteurs d’une longue tradition politique qui fit ses preuves et fut reconnue comme utile et indispensable au progrès social. La violence physique et symbolique envers les étudiants est inadmissible et nous la dénonçons avec la plus grande force possible. L’Université devrait considérer les étudiants contestataires comme incarnant un courage trop rare, une pensée libre et indépendante, celle-là même qu’il est du devoir de l’Université d’inculquer à ses jeunes pousses, citoyens à part entière au présent, et génération de demain.

C’est pourquoi, du loin de notre Belgique, nous nous permettons, à défaut de notre présence physique, de soutenir pleinement les étudiants dans leur combat actuel qui, nous l’espérons, suscitera prochainement une vrai débat démocratique quant à l’utilité et l’opportunité des mesures contestées, un débat sans contrainte d’arguments d’autorité et de rentabilité financière négligeant des intérêts académiques et scientifiques concrets. Le Canada fut longtemps en opposition avec son voisin du Sud sur les questions de l’accès à l’enseignement supérieur, et nous souhaitons qu’il le reste, conformément à la volonté de la majorité.

Nous sommes également conscients du fait que des menaces inadmissibles sont émises envers les délégués syndicaux et les étudiants les plus actifs, des menaces d’exclusion d’ordre disciplinaire et pénales ayant pour but d’affecter gravement les vies professionnelles des acteurs ciblés. Il est évident que ce genre de répression est tout aussi contestable, et témoigne d’une application exagérée de l’autorité arbitraire des décisionnaires responsables, et devrait être totalement exclue, et les décisions déjà prises en ce sens, réformées.

Enfin, la complaisance des médias, porte-paroles des autorités académiques et privées, est à souligner, et tout à leur désavantage. Leur rôle n’étant pas des moindres, nous estimons qu’ils constituent des responsables à part entière de cette violence et c’est pourquoi, en tant que média alternatif, nous continuerons à attaquer les méthodes employées tant que nous le pourrons.

Bonne chance camarades, puisse notre soutien vous appuyer dans votre lutte qui est aussi la nôtre.

Adam Amir
Comité de Vigilance Anti-Fascisme
Cercle du Libre Examen,
Université Libre de Bruxelles

[En entête, manifestation étudiante à Montréal, photo réalisée Benoit Rochon en juin 2012, CC-BY 3.0.]

[Lettre 12] De not’ côté de l’Atlantique

dimanche 26 avril 2015 à 20:09

Chers étudiants et étudiantes de l’Université du Québec À Montréal (UQAM) et du Québec,

Encore un poème dédié à vos luttes et à vos blessures. Nous pensons à vous.

Tu sais, toi qui es loin,
Te voir nous fait du bien.
Et recevoir, l’écho d’ton courage,
Éclaircit nos parages.

C’est pas toujours facile,
De t’voir quand tu défiles,
D’voir toutes ces souricières,
Qui nous mettent en colère.

On t’regard’ manifester,
On t’regard’ avancer,
Et on s’dit qu’il est temps,
Pour nous, d’en faire autant !

De not’ coté de l’Atlantique,
Faut qu’on morde sur not’ chique !
Mais la vie est plus facile,
Quand on r’garde les indociles,
Qui s’amusent et qui refusent
Un pauv’ liberté, recluse.
De not’ coté de l’Atlantique,
Faut qu’on morde sur not’ chique !
Mais on s’dit qu’un jour,
Ce sera p’tet’ not’ tour !

Amicalement de not’ coté de l’Atlantique,

Thibault, étudiant en sciences politiques

[En entête, manifestation contre la hausse des frais de scolarité, photo réalisée par Letartean en juin 2012, CC-BY 3.0.]

[Lettre 11] L’université, La fabrique du citoyen

samedi 25 avril 2015 à 19:05

Cher étudiants et étudiantes de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et du Québec,

L’usine à citoyens
Faut croire que pour eux c’était avant
Avant que l’université devienne une industrie
Industrie comme une autre… politique de rendement

Je ne veux et ne peux abandonner cette fierté d’être citoyen
Fierté qui me pousse à marcher hors du sentier
Ils préfèrent faire de moi un homme moyen
Pourtant c’était leur responsabilité, de me responsabiliser

Ils ont dû oublier que j’étais l’avenir
Moi je ne l’ai pas oublié
C’est pourtant ce que je m’efforce de leur dire
Mais ils essaient de me casser, de me caser
De me mettre sur des rails, desquelles je ne peux que dévier

Car c’est mon devoir de citoyen qui m’oblige à marcher à contre-courant
Courant porté par un vent d’austérité
Mais austérité, tu n’auras pas le dernier mot
Je me battrai corps et âme
Pour être qui je suis, un citoyen responsable

Teuta Hadri
24/04/2015

[En entête, Mr Fluo sur les expulsions à l’UQAM, réalisé par Teuta Hardi, demeure sous copyright de l’auteure.]

[Lettre 10] Un beau printemps

vendredi 24 avril 2015 à 19:04

Chers étudiants et étudiantes Québécois(es),

C’est avec beaucoup d’admiration que, de l’autre côté de l’Atlantique, je suis les derniers événements avec leur lot d’injustices, de violences policières aveugles et de répression toujours aussi lâches ! En bon admirateur, je ne peux que vous encourager de là où je suis, le poing et les dents serrés par la frustration de ne pouvoir lutter à vos côtés !

Tout comme en 2012, vous avez décidé de signer un retour en force cette année, petits bougres que vous êtes ! Plus beaux, plus forts et plus déterminés que jamais, vous en faites mouiller des frocs et des culottes (grandes et petites) en ce début de printemps 2015. Encore de jeunes étudiants insolents, effrontés et impétueux qui osent défier l’autorité ô combien légitime… Bref, une belle bande de voyous !

Trêve de singeries.
Sachez, chers camarades, que votre combat est le nôtre ! Nous aussi, nous faisons face aux mêmes raclures, protégées par une flicaille toujours aveuglément obéissante, qui essayent de nous imposer l’ordre établi par (et pour !) leurs soins.

Étant Tunisien, je suis bien placé pour savoir qu’aucun régime, ni aucune police, ne peuvent résister à un peuple uni, armé de détermination et de courage. Rien ne peut vaincre une telle armée !
Vous avez réussi à forger les consciences, à vous organiser pour former un bloc uni et inébranlable faisant trembler les salauds qui, derrière leurs beaux bureaux en bois noble, décident sciemment d’étouffer, avec leurs politiques d’austérité et leurs gaz lacrymogènes, une majorité réprimée.

Notre lutte est internationale. J’invite donc les étudiants étrangers à rejoindre leurs camarades dans la lutte qui est tout autant la leur que la vôtre ! Il faut – partout ! – résister, arracher nos droits confisqués et se battre pour plus d’égalité entre les individus et les peuples !

Qui sait mieux que vous, chers camarades, que l’hiver, froid et rude, laisse toujours place au renouveau et à la beauté du printemps ! C’est à vous de montrer la voie et de faire fleurir une révolution dont les couleurs éclatantes brilleront dans le monde entier !

Amicalement et avec tous mes respects,

Basti Mohamed, étudiant en sciences politiques.

[En entête, fontaine de Tourny, photo réalisée par Alx0147 en juin 2012, CC-BY-SA 3.0.]

[Lettre 9] Nous vivons debout !

jeudi 23 avril 2015 à 20:20

Cher-es étudiant-es de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et du Québec,

Nous sommes de ceux qui perdent toujours, mais qui sont peut-être les seuls à gagner.

De tous temps la plupart des révoltes se sont éteintes dans de grandes mares de sang. À notre échelle, nous subissons de plein fouet la violence institutionnalisée des États et rares sont les mouvements pour la liberté et la justice qui ne finissent pas noyés dans la boue des intérêts du capital. Nos luttent sont rarement victorieuses mais n’en sont pas pour autant inutiles. Elles sont essentielles et elles relèvent de la pulsion de vie, de ce qu’il peut y avoir de plus beau chez l’être humain. À chaque fois nous créons des liens, des consciences s’éveillent, des questions se soulèvent. Sans les révoltes, nous ne serions que des poissons morts, qui seuls vont dans le sens du courant. Dépasser son intérêt propre et se battre pour quelque chose de plus grand que nous est un exercice difficile mais le seul capable de donner un sens à notre existence dans les sociétés mortifères dans lesquelles nous sommes né-es. N’abandonnons jamais, allons toujours plus loin, ne nous laissons jamais abattre. Nous sommes de ceux qui perdent toujours, mais nous gagnons toujours en dignité, en force, en expérience. C’est ce qui nous permet de nous regarder dans un miroir sans rougir. Ce qui nous permet de nous dire que nous vivons debout. Parce que nous ne restons pas muets face à l’horreur. Parce que nous ne l’acceptons pas. Et que c’est la seule chose qui permettra que peut être un jour, notre monde soit meilleur.

Le Collectif Anonyme (Bruxelles)

[En entête, manif du soir dans la rue Saint-Denis à Montréal, photo réalisée par Chicoutimi le 20 mai 2012, CC0 1.0.]