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Oui, et alors ?

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Call for presentation ?

mardi 1 septembre 2015 à 10:21

Ce n'est pas la première fois qu'on me fait le coup. Alors j'ai eu envie de vous dire quelques mots là-dessus... La dernière occasion, c'est ce touitte-là.

Quel est le sens de ce touitte ? Je vais vous resituer un peu le contexte. Depuis quelques années, je fais un duo pour la conférence de clôture de Capitole du Libre, à Toulouse. D'abord avec Jérémie, avec qui on avait mis au point un format un peu particulier, dynamique, permettant d'aborder une dizaines de sujets en relativement peu de temps. Ensuite avec Adrienne, quand elle a pris la suite de Jérémie à la Quadrature, on a essayé de garder ce format. Il semble que les organisateurs de Capitole du Libre veuillent qu'on revienne faire notre numéro. C'est gentil et flatteur.

Quel est alors le sens de ce touitte ? Il estime normal que je fasse le spectacle de clôture de l'évennement, et que donc je sollicite un créneau dans le programme pour ce faire ? Mais... Mais non... La sollicitation est dans l'autre sens... Il vient me demander, en public, face caméra, de bien vouloir remplir le CERFA avec des cases pour demander humblement de bien vouloir faire la présentation qu'il attend de moi sur le sujet qu'il attend de moi ?

Dis, coco, on inverse les rôles. Ou bien c'est toi qui me demande de venir faire le show pour la clôture, et alors ton formulaire c'est ton problème, pas le mien. Ou bien tu souhaites faire savoir que le call for presentation est lancé et qu'on a jusqu'à tel moment pour proposer une présentation.

Moi, je veux bien venir faire le spectacle. Je l'ai dit, y compris en public. Et je ne fais pas payer la prestation, je veux juste que ça ne me coûte pas le prix du billet de train. Mais la conférence que j'ai qui tourne dans la tête, celle sur laquelle je gamberge en ce moment, elle ne cadre pas avec Capitole du libre. Oh, si je la propose, elle pourrait bien être accepté, parce que je suis connu, parce que je fais de l'audience, mais voilà, elle ne cadre pas avec ton programme. Donc, je la garde sous le coude, je continue de la machouiller, pour savoir si je veux la faire, et quand, et où, pour toucher le public que ça intéressera, et pour présenter mes arguments de la manière que je crois être la plus convaincante.

J'en ai d'autres des conférences possibles en stock. Mais celle qui m'intéresse le plus, elle n'est pas pour Capitole du Libre.

Alors si tu veux le tandem Bayart-Charmet pour faire la conférence de clôture, tu arrêtes de mendier le fait qu'on remplisse ton formulaire. Tu te prend par la main et tu le remplis tout seul. Adrienne et moi sommes à ta disposition pour les détails logistiques comme les horaires de nos trains ou avions.

Après, tu verras peut-être passer mon nom dans une proposition de conférence, qui ne sera pas celle que tu as sollicité, mais une de celles que j'ai envie de faire en ce moment. J'en ai trois en tête, dont deux pourraient se faire à Capitole du Libre.

Sois gentil, n'inverse pas les rôles.

Être candidat aux européennes ?

jeudi 13 mars 2014 à 17:34

La question n'est pas récente. Elle est même plutôt ancienne, en vrai. La première fois qu'on m'en a parlé, c'était pendant la bataille Hadopi. On sortait de je-ne-sais-plus quelle causerie autour du sujet, et on était en train de prendre un pot. C'est Fred Neau, à l'époque responsable du numérique pour les Verts Paris, qui avait lancé l'idée. D'abord de me voir député-tout-court (donc à l'Assemblée Nationale), puis, parce que je me proclamais incapable des coups-bas que demande une campagne sur un scrutin uninomial, de lancer "d'accord, mais aux européennes, ça pourrait".

Depuis, le paysage politique s'est dramatiquement assombri. En particulier, sur les sujets qui me préoccupent et où je suis compétent, c'est-à-dire sur tout ce qui touche au numérique. Le PS au pouvoir s'est montré à peu près aussi mauvais que l'UMP. Et avec des conséquences que je pense graves (j'y reviendrai). Bref, je résume, le paysage politique continue de pourrir, comme l'explique Eric Walter, le secrétaire général de la Hadopi dans un billet de blog.

Le changement récent, c'est la création d'un machin qui s'appelle Nouvelle Donne, et qui se targue de vouloir faire de la politique autrement. J'ai découvert quand Isabelle Attard les a rejoint. Depuis, l'idée me tourne dans la tête. Tout comme Eric Walter, je ne me sens plus capable de voter pour aucun des partis usuels, ils sont vraiment tous trop... Je ne sais même pas quoi dire... Ils font n'importe quoi, effrontément, et supposent béatement que personne ne verra rien.

Numérique, crise, polycrise, et analyse de contexte.

Le mot Polycrise, je l'ai piqué dans un bouquin de Michel Rocard. Il désigne le fait que trois crises majeures, qui chacune pourrait boulverser une quantité incroyable de choses, sont en train de se produire en même temps.

La première, c'est l'explosion à répétition de la finance hors de contrôle. Le dernier cas similaire connu, c'est celui de 1929, qui se traduit par des politiques d'austérité dans toute l'Europe. Ces politiques poussent à la monté des extrêmes dans toute l'Europe, jusqu'à la prise du pouvoir par les fascistes en Italie, les franquistes en Espagne, et les nazis en Allemagne. Regardez bien, on est pile sur cette pente là, et pile dans le timing. Pardon ? Ah oui, la gauche est au pouvoir en France. Oui. Tout juste. En 1936, 3 ans avant la guerre, ça s'appelait le Front Populaire.

La seconde crise, c'est la fin des énergies fossiles. Pour le pétrole, le déclin est commencé, on ne peut pas en produire vraiment plus, et on va même être contraint d'en produire progressivement de moins en moins, et de plus en plus cher. La totalité de notre économie repose sur le postulat que l'énergie ne coûte presque rien. Et, comme le montre très bien JM Jancovici dans ses différentes conférences, le PIB est directement indexé sur la production d'énergie. Retrouver de la croissance sans trouver une source d'énergie bon marché et non-polluante, c'est impossible. Cette crise-là aussi, sera majeure.

La troisième crise, c'est l'avènement du numérique et d'Internet. Je l'ai expliqué dans assez de conférences, allez voir en ligne. La société change. Vite. Beaucoup. Ce changement de société peut se passer relativement en douceur. Ou pas. Le précédent qui vient en tête, c'est l'apparition de l'imprimerie, qui s'est traduit par le protestantisme d'une part (et donc le bain de sang des guerres de religion dans toute l'Europe) puis par les Lumières et la Révolution Française ensuite (pas mal sanguinolante aussi).

Ces trois changements majeurs ont lieu, peu ou prou, en même temps. Et tous les trois peuvent nous amener dans le mur. Et aucun de nos politiques n'en parle sérieusement.

Mon approche initiale

Après avoir pas mal gratouillé le sujet. Après avoir vu Françoise Castex, députée européenne que je respecte pour son travail sur les sujets du numérique, et ses positions (par exemple) contre ACTA, quittait le PS pour Nouvelle Donne, et donc avoir recommencé a gratouiller dans cette direction, je me suis fait une opinion.

J'en arrivais à : être sur une queue de liste électorale, et donc devenir marqué politiquement, c'est sacrifier la légitimité que j'ai (chèrement) acquise sur tous ces sujets, pour n'avoir rien en échange. Pas plus d'écoute, pas plus de capacité d'expliquer à des politiques toujours sourds. Bref, ce serait sacrifier l'utilité que je peux avoir en échange de... rien.

Puis, lors d'une visite à Bruxelles (j'allais expliquer la neutralité du Net à des assistants parlementaires du groupe ALDE), je me retrouve, alors que ce n'était pas prévu à l'agenda initial, à boire quelques bières avec l'assistant parlementaire de Castex. Et lui m'explique clairement qu'il manque un pilier numérique à Nouvelle Donne, et que je devrais me présenter aux européennes, que ça lui semble évident que je pourrais être tête de liste, et qu'en gros, ils pourraient bien adopter un programme sur le numérique que j'aurais écrit à 80%.

La question change alors tout d'un coup. Je pensais que j'obtiendrais au mieux une place inutile en fin de liste. Mais là on me parle d'être peut-être à la tête d'une liste (y'a une procédure à suivre et tout ça, mais au moins ce n'est pas exclus), donc d'avoir une vraie chance pas complètement nulle de me retrouver député européen, et donc d'aller mettre du numérique partout dans le parlement européen...

La gamberge

Du coup, je prend rendez-vous avec Isabelle Attard, qui est membre du bureau national de Nouvelle Donne, et je commence à gamberger sur le sujet. Je me dresse une liste des points négatifs, il y en a une quantité invraissemblable. Je me dresse une liste des points positifs, il y en a 2-3 importants.

Dans les points négatifs, en vrac, c'est pas mon boulot, je n'aime pas travailler en anglais, je vais perdre tout le crédit que j'avais obtenu pour défendre les associations, je vais foutre mon patron dans la merde (il va perdre son directeur technique), je ne serai plus écouté en France, étant marqué politiquement, de toutes façons je ne serai pas élu, et même si j'étais élu, c'est pas moi tout seul qui bougerai le Parlement Européen, et de toutes façons c'est la Commission qui bloque autant qu'elle peut.

Dans les points positifs, il y a le fait que je ne peux pas me plaindre de la politique menée, et refuser de participer quand on me le propose. Il y a que Snowden a montré avec raison que nos gouvernement luttent contre nous, et qu'on ne peut pas laisser passer. Il y a que, quand on veut que quelque chose avance, il faut le faire, au lieu d'en parler.

Comme tout libriste habitué, en pareil cas, je lis. Tout ce que je trouve comme documents sur le fonctionnement interne de Nouvelle Donne, ce que publie le ministère de l'Intérieur sur l'organisation des élections. Les règles pour être candidat, le financement de tout ce merdier, le mode de scrutin, etc.

Alors voilà. Après mûre réflexion, les points négatifs, bon, ils sont négatifs. Mais je ne peux pas raler si je n'ai pas essayé de faire. Je ne saurai pas? Sans doute. J'apprendrai, ou au moins j'aurais essayé.

Du coup, j'en suis à poser le scénario type:

Et là, je ne sais pas. J'y vais ? J'y vais pas ?

Délocalisation, régimes spéciaux, et taux d'intérêts composés.

vendredi 4 janvier 2008 à 18:30

Ça fait près de 18 mois que je n'avais pas écrit quelques lignes ici. C'est en lisant un article du Big Bang Blog (et le flot de commentaires) que j'ai eu envie de mettre par écrit quelques pensées sur des sujets voisins. Je suis, pour le coup très clairement, en dehors de mon domaine de compétences, puisque je vais parler essentiellement d'économie et de politique.

Ce que je veux exposer est assez facile à résumer: nous devenons pauvres parce que les plus pauvres que nous nous tirent vers le bas, mais ce n'est pas grave parce que la magie des taux d'intérêts composés fait qu'on va gagner à la fin. Il me semble que ce raisonnement, une fois mis au propre, est valable. Et qu'une fois qu'on le sait valable, on peut en tirer quelques conclusions politiques intéressantes.

Premier point: nous devenons pauvres parce que les plus pauvres que nous nous tirent vers le bas. C'est assez simple à comprendre, sur le principe. Les progrès techniques, en particulier sur les transports et la communication, font qu'il est de nos jours très raisonnable économiquement (pour le bon sens, c'est une autre affaire) de faire pousser des pommes de terre en Picardie, de les faire éplucher ailleurs en Europe, pour les rappatrier dans un troisième pays où elles seront découpées et pré-cuites, pour enfin finir en frites dans une échoppe à 30 km du lieu où elles ont poussé.

Tout ce qui peut être produit dans une usine en un lieu donné, peut être produit par la même usine en tout autre lieu de la planète, moyennant quelques aménagements. Si la production recquiert impérativement de parler une langue donnée (pour la hotline d'un opérateur, par exemple) on ne peut viser que des endroits où on peut raisonnablement espérer trouver une main d'œuvre parlant la bonne langue. De même, il faut quand même que le gain de coût de production ne vienne pas à être dépassé par le surcoût de transport. Faire repasser mes chemises en Chine, quand bien même la main d'œuvre y serait gratuite, ce n'est pas rentable.

Mais ce sont là des limitations plutôt rares, et qui tendent à disparaitre. La tendance de fond est là: de plus en plus de choses sont produites dans des pays pauvres, parce que ça ne coûte pas cher de produire là-bas. D'où en toute logique quelques conséquences simples:

- une croissance très haute dans ces pays-là, puisque leur activité économique se développe à toute vitesse;

- une croissance un peu atone dans les pays qui perdent la production, pas de décroissance massive cependant: les lecteurs de DVD sont produits en Chine, mais sont vendus et achetés en France, donc tout le commerce tourne en France, seule l'usine a changé de place.

Une vision simpliste est de croire que la richesse s'écoule de France (des pays dits riches, plus généralement) pour remplir la Chine (les pays dits émergents, plus généralement) par une frontière devenue poreuse. Comme l'eau qui s'écoule de la piscine pour innonder le jardin quand la piscine est trouée. Cette vision est en bonne partie fausse: la Chine produit des lecteurs de DVD beaucoup moins chers, la France en consomme donc plus, créant ainsi de la croissance dans d'autres secteurs que la fabrication de lecteurs de DVD (vente de DVD, avec contenus ou vierges à graver, commerce, transport de marchandises, etc).

On trouve là un premier phénomène, relativement connu: une délocalisation, c'est une partie de l'activité qui s'en va, et qui va être remplacée par une autre. Très pénible pour le délocalisé-chômeur, mais macro-économiquement pas alarmant.

Par exemple, on s'alarme que la production de programmes d'ordinateurs puisse maintenant se délocaliser (en Inde, souvent). Ce n'est pas nécessairement dramatique: comme ceux écrits ailleurs dans le monde, ces programmes d'ordinateur vont demander des compétences infinies pour savoir les faire fonctionner proprement, pour former les utilisateurs, etc.

Plus amusant, la règle de composition des taux d'intérêts. Là, pour le lecteur nul en maths, il faut quelques explications. Une croissance de 10%, tout le monde sait ce que ça veut dire: là où il y avait 100, il y a maintenant 110. Du coup, s'il y a 10 fois de suite cette croissance, le naïf peut croire qu'on monte de 10 à chaque fois et que donc au bout du compte, il y a 200. Ce qui n'est pas vrai. Au premier coup, on monte de 10, passant de 100 à 110. Mais au deuxième coup, on monte de 11, passant de 110 à 121. Bon, on s'est gouré de 1, ce n'est pas bien grave. Mais au troisième coup, on monte de 12,1, pour passer à 133,1. Là, on s'était gouré de 2,1, c'est déjà plus sensible. Mais au quatrième coup, on monte de 13,31, beaucoup plus que 10, après tout, et on en est qu'au quatrième coup.

C'est ce que les mathématiciens appellent une croissance exponentielle, ou croissance géométrique. Une croissance linéaire, c'est de monter de 10 à chaque fois (100, 110, 120, etc) une croissance géométrique c'est de monter de 10% à chaque fois (100, 110, 121, 133,1, etc). Quand on parle de croissance en économie, c'est toujours en pourcentage. On ne dit pas que le PIB a augmenté de 50 milliards, on dit qu'il croit de 2%. Et pour une bonne raison: la croissance en économie à bien cette forme explosive de croissance rapide. Quand on trace la croube de la croissance de l'Europe sur les deux derniers siècles, par exemple, ça se voit très bien. Une forme de courbe caractéristique: qui semble presque écrasée par terre au début, puis décole, et innexorablement va croissant de plus en plus vite.

Ainsi, en partant de 100, avec une croissance de 10%, en 10 coup, on est à 259,37. Pas du tout à 200, tout compte fait.

Maintenant, revenons à notre fuite dans la piscine-France vers le jardin-Chine. Supposons qu'au départ la France est 10 fois plus riche que la Chine, étant riche de 100. Et que donc la Chine est riche de 10. Supposons que la croissance est tellement atone en France qu'elle est négligeable, nulle (ce qui n'est pas le cas). Supposons alors que la croissance en Chine est de 8% en moyenne pendant la phase de "fuite" (ce qui n'est pas le cas, en ce moment c'est plutôt entre 10 et 15%). Voyons en combien de temps la Chine aura rattrapé la richesse de la France: 30 ans. Dans notre hypothèse, en 30 ans, la Chine est devenue plus riche que la France (qui ne s'est pas appauvrie) et donc se met à délocaliser vers chez nous, si on applique le même raisonnement.

Par exemple, ces jours-ci, les jounaux parlent du fait que la Chine se met à produire des avions, venant concurrencer Airbus et Boeing. Naïvement, on peut croire que c'est très grave, que mais où s'arrêteront-ils, etc. Mais non, c'est plutôt une bonne nouvelle. Si la Chine sait aussi produire des avions et des centrales nucléaires, ça ne l'intéressera plus, bientôt, de produire des tee-shirts et des pantalons. Le pays sera devenu trop riche pour s'intéresser à ce travail. Ça ne veut pas dire que la production de tee-shirt reviendra dans une France très pauvre, composée de travailleurs pauvres. Ça veut surtout dire que le déséquilibre ne sera plus aussi grand, et peut-être un jour sera dans l'autre sens. Aussi, le fabriquant de tee-shirt aura le choix entre de la main d'oeuvre cher en Chine et de la main d'oeuvre cher en France.

Cette idée-là n'est pas neuve: les pays pauvres, cessant d'être pauvres, deviendront de très bons partenaires commerciaux, et cesseront d'exercer ce qu'on considère comme de la concurrene déloyale.

Pendant que la piscine-France fuit un peu, elle continue à produire de l'eau, de plus en plus d'eau (autour de 2% de croissance, quand on est déjà une énorme piscine, ça fait de l'eau de produite), et le jardin-Chine en produit aussi, à un rythme beaucoup plus soutenu (13%, ça fait rêver tous nos politiques), mais en partant de plus bas. Assez vite, les deux niveaux vont se rejoindre, et vont se rejoindre plus haut que le bord de la piscine au départ!

Ce qui est intéressant, ce sont les conclusions à en tirer: cette situation de déséquilibre est passagère. S'ils arrivent à faire prospérer leur économie, ils nous font temporairement un peu de concurrence brutale, s'ils n'y arrivent pas, ils ne nous font aucun mal.

Ce qui est important, c'est que c'est temporaire, ce n'est pas définitif. Ils ne sont pas définitivement, et pour toute la fin de l'éternité, plus compétitifs que nous. Les pays émergeants sont, pour quelques années, peut-être quelques décennies (une paille à l'échelle de l'Histoire, même de l'histoire industrielle) plus compétifis que nous, ensuite ils sont appelés à nous avoir rejoint.

Du coup, quand on nous chante que les entreprises en France ne peuvent pas résister face à la concurrence des pays emmergents, c'est très partiel, et très partial. Pour la fabrication de tee-shirts, c'est très probablement vrai, et il est illusoire de vouloir résister, on peut tout aligner sur le bas (salaires, retraites, sécu, école) on n'arrivera pas au niveau de salaire des esclaves des usines chinoises les moins coûteuses. Mais c'est aussi partiellement faux: il y a encore moyen de faire tourner une activité économique rentable en France, simplement, pas la fabrication de tee-shirts.

Une conséquence en matière de politique, qui n'est pas évidente pour tout le monde: il n'est pas utile de brader notre système social, il nous handicap un peu en ce moment, mais ça passera. Sacrifier le droit du travail? Pas utile. Sacrifier la protection sociale? Pas utile non plus.

Les pistes sont à chercher ailleurs, la question n'est pas: comment être moins cher que la Chine? La question est plutôt: comment tenir pendant cette passe difficile?

Là, les réponses sont multiples. D'abord, les réponses de très court terme: s'endetter. La dette, ce n'est pas mal, si ce n'est pas structurel, nous dit-on. Financer notre protection sociale à grand coup de dettes, si on sait que le déficit est ponctuel et est lié à cette situation provisoire, alors c'est viable. Et ce n'est pas vivre aux crochets de nos enfants, comme on nous l'a beaucoup dit, c'est préparer pour nos enfants un monde où la richesse se sera alignée sur le haut, alors que nous pouvions craindre un monde aligné sur le bas.

Qu'on ne me lise pas mal. Financer par la dette la dépense courrante, c'est malsain. C'est vivre aux crochets de nos enfants. Mais, par exemple, décider de financer par la dette la couverture sociale des entreprises qui sont dans un secteur très fortement concurrencé par les salaires trop bas des pays emmergents, ça se discute.

Autre piste: il faudra bien considérer que les pays emmergents sont des partenaires commerciaux, ce qu'on appelle aussi parfois des concurrents. Il faut donc faire ce qu'on fait toujours face à un concurrent: devenir meilleur que lui. Sur le prix de la main d'oeuvre, pour le moment, on a perdu. Il faut donc cultiver les atouts qu'il nous reste, où nous avons une certaine avance (le tertiaire, les services, la recherche scientifique, etc). Ce n'est pas une solution définitive, et ce n'est pas censé l'être. Quand nous innovons, les chinois regardent comment on fait. Quand ils innoveront, on regardera aussi.

Cette solution, celle de la concurrence-émulation, n'est pas destinée à tuer l'adversaire (comme la concurrence-destruction), mais à s'appuyer sur lui pour monter plus haut. Ce n'est pas un moyen de devenir définitivement riche en laissant la Chine définitivement pauvre: pour ça, il vaut mieux la concurrence-destruction, par exemple sous forme de pillage colonial, ou néo-colonial en laissant la Chine se cantonner à la production de matière première, comme on le pratique si bien en Afrique. C'est un moyen de résister dans le tourmente, et de prendre, peut-être, un coup d'avance pour quand nous serons à parité. Bref, de compenser la fuite dans la piscine par la production d'un peu plus d'eau.

Curieusement, ce ne sont pas les solutions retenues par nos dirigeants politiques, ils ont plutôt tendance à nous expliquer qu'il faudra bien qu'on renonce à tout, puisque les chinois s'en passent. Nos actionnaires d'entreprise ont un raisonnement simple: là-bas, moins cher, bien, moi veut moins cher, joujou, cadeau, siyouplé. Et nos politiques ont une fâcheuse tendance à prendre tout ça pour argent comptant.

Pourtant, nos dirigeants sont bien plus doués que moi en économie, même s'ils sont assez probablement nuls en maths. Il faut croire qu'Oncle Bernard avait raison: un économiste, c'est comme un astrologue ou une cartomancienne, ça voit ce que ça a envie de croire.

La vie des grands fauves, tome 5

mercredi 26 juillet 2006 à 17:30

L'ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Électroniques et Postales, ex-ART) se propose de lever le contrôle imposé à FT (France Télécom) sur le marché de gros de la vente de collecte nationale.

Ce contrôle, qui avait été allégé il y a un peu moins d'un an était lié à une étude du marché de gros de la collecte nationale en ADSL. Avant l'allégement, FT présentait son offre de référence à l'ARCEP qui décidait de la valider ou pas. Après l'allègement, FT mettait en place son offre, et l'ARCEP pouvait postérieurement la retoquer si une distorsion de concurrence se faisait jour. L'ARCEP propose aujourd'hui de lever complètement ce contrôle, considérant que le marché évolue spontanément vers la concurrence.

Distorsion de concurrence

Il faut bien comprendre que l'ARCEP ne fonctionne pas avec le « bon sens » commun, outil trop dangereux par nature, mais avec des outils économiques nettement plus compliqués à comprendre et plus abstraits. Je vais essayer d'expliquer avec mes mots les deux éléments clefs.

Le premier élément est le ciseau tarifaire. C'est un élément qui est intéressant sitôt qu'une entreprise réalise une concentration verticale, sitôt qu'elle fait à la fois de la vente en gros et de la vente au détail. Si une entreprise vend au détail au prix z, et qu'en même temps elle vend le même produit en gros au prix de x, et que les pratiques usuelles du marché font que pour transformer le produit de gros en produit de détail ça coûte y, le prix de vente minimum d'un détaillant qui s'approvisionne chez cette entreprise est x+y. Mécaniquement.

Les deux prix, z pour le prix de détail et x pour le prix de gros sont faciles à comprendre. C'est le prix y qui est plus compliqué à comprendre. C'est par exemple, pour un marchand de fruits et légumes le prix de son magasin, le salaire de la vendeuse, l'entretien de la caisse enregistreuse, etc. Pour un fournisseur d'accès ADSL, c'est par exemple les frais de facturation (édition et envoi de factures, le système informatique qui traite tout ça, etc), le service client (le service administratif qui traite les abonnements, la hotline, etc).

Si le prix de détail est de 10, si le prix de vente en gros est de 8, et si le prix de transformation du gros en détail est de 3, alors on a un ciseau tarifaire. Quelqu'un qui voudrait monter une offre concurente serait contraint de vendre plus cher que le prix de détail partiqué par son fournisseur. On peut alors ergoter, si le détaillant était mieux organisé, payais moins cher ses esclaves, heu ses salariés, trouvait un système informatique plus efficace, peut-être qu'au lieu de 3 la transformation pourrait lui coûter seulement 0,8. Auquel cas le ciseau tarifaire disparaît.

Il y a un cas cependant où le ciseau tarifaire est absolument évident, c'est quand le prix de gros est plus élevé que le prix de détail. Par exemple quand (on ne dira pas son nom) vend en gros à une association 15,15 € ce qu'il propose à 14,90 € au prix de détail.

Si ça se produit dans le monde des télécoms, et si c'est le fait d'un opérateur puissant (c'est à dire d'un opérateur à même de modifier le marché de son seul fait), alors l'ARCEP peut intervenir et faire changer le prix de gros et/ou le prix de détail. C'est par exemple ce qui est en train de se passer sur le prix de gros des SMS, l'ARCEP commence à intervenir. Le seul opérateur puissant dans le marché de l'ADSL est FT. Une pratique anti-concurentielle d'un autre acteur ne pourra donc être sanctionnée que par la DGCCRF, pas par l'ARCEP.

Une autre façon de voir le ciseau tarifaire est de considérer que la vente au détail de la grande entreprise est basée sur son offre en tant que grossiste. Par exemple en isolant dans une filiale la vente au détail. En toute logique, cette filiale fera de la vente à perte, compensée globalement par les bénéfices de la filiale grossiste.

L'autre élément est le tarif d'éviction. C'est plus facile à comprendre. C'est simplement, pour une entreprise ayant une position dominante de vendre tellement peu cher qu'aucun concurent ne pourra s'installer. Ainsi, si c'est le prix de vente en gros qui est trop élevé, on parle de ciseau tarifaire. Et si c'est le prix de vente au détail qui est trop bas, on parle de tarif d'éviction.

Transposons dans les télécoms

Voyons ce que ça donne dans le marché de la vente en gros de collecte ADSL nationale. Si FT fait cette vente à un tarif prohibitif, personne ne peut utiliser son offre de vente en gros. Et si FT fait cette vente en cassant les prix, aucun opérateur ne pourra se baser sur son réseau de dégroupage (collecte régionale) pour faire une offre de collecte nationale qui ne serait pas rentable face à l'offre nationale.

Quand un marché doit être régulé, l'ARCEP se base (entre autres) sur ces deux élements pour savoir si une offre est valable ou pas.

Marché pertinent

Pour qu'un marché précis du monde des télécoms soit « pertinent », c'est-à-dire soit succeptible d'être régulé par l'ARCEP, en se basant sur les textes européens qui régissent la libéralisation des télécoms, il faut qu'il remplisse 3 critères:

Le principe est donc simple: si ces trois critères ne sont pas réunis, il n'y a pas lieu de réguler le marché.

Il est intéressant de constater que ces critères sont à appliquer entre les acteurs du marché en question, entre eux. Pas vis-à-vis de leurs clients. Ainsi, si c'est un marché de gros, et s'il interdit l'apparition de détaillants, ce n'est pas pris en compte, du moment que les grossistes sont effectivement en concurence.

L'analyse de l'ARCEP

Sur le marché de gros des offres de collecte ADSL nationales, il n'y a en ce moment que deux acteurs, France Télécom et NeufCegetel. Un troisième va bientôt se lancer dans la course : Completel, dont un des détaillants est par exemple Darty.

L'offre de référence de FT ne représente plus que 40% du marché. Combiné avec l'entrée imminente d'un nouvel acteur sur le marché, ça fait dire à l'ARCEP que le marché va évoluer spontanément vers une concurrence effective. C'est-à-dire que les 3 grossites seront bien effectivement en concurrence pour le bénéfice de leurs détaillants.

En ce sens, l'analyse de l'ARCEP est valable.

Par contre, le fait qu'il n'émerge pas (ou peu) de détaillants ne préoccupe pas l'ARCEP. Le fait que le marché de gros empêche l'entrée de nouveaux venus sur le marché de détail ne préoccupe pas l'ARCEP. Et l'ARCEP a raison. L'ARCEP applique les textes qui ont été votés par les politiques, au niveau européen et au niveau national. Et les textes indiquent clairement, par les trois conditions qu'on a vu, que le but n'est pas d'introduire la libre concurence sur le marché de détail, mais simplement de permettre aux gros opérateurs d'un pays de pouvoir s'installer dans un autre.

La présence d'Orange (FT) dans de nombreux pays européens sur plusieurs marchés (téléphonie mobile, accès à Internet, etc), et la présence de plusieurs opérateurs historiques étrangers en France (Deutshe Telekom, alias Club-Internet; Telecom Italia, alias Alice), indiquent clairement que les politiques européens, principalement la Commission, sont des gens doués et efficaces. Leurs textes ont eu précisément l'effet escompté.

Conclusion

De tout cela, il ressort qu'effectivement, au sens des textes européens, il n'y a plus lieu de réguler le marché, puisqu'il existe une concurrence entre grossistes. Mais il ressort aussi que les pratiques anti-concurentielles empêchant, ou freinant, l'entrée de nouveaux acteurs sur le marché de détails sont légion.

Pour arriver à cette conclusion, il ne suffit pas d'analyser le marché de gros, ou le marché de détail, indépendament. Il faut analyser les deux marchés ensemble, et se demander pourquoi il y a tellement peu de détaillants, alors que la demande est si forte.

Le grand public est demandeur d'offres « Leader Price » en matière d'accès à Internet, d'offres pas cher, avec un service à peu près nul. Mais il y a aussi, c'est incontestable, une demande pour un service moins bas de gamme, avec un vraie assistance (par exemple une assistance à domicile). Le public est aussi demandeur d'une relation privilégiée avec un « artisan informatique » de quartier, comme on en a une avec son boucher par exemple. C'est donc bien surprenant que cette offre n'apparaise pas, alors qu'il y a une demande. La raison en est simple, les textes ne sont pas fait pour ça. Et, là encore, c'est bien de choix politiques qu'il est question.

La vie des grands fauves, tome 4

vendredi 16 juin 2006 à 17:28

On est quelques-uns, en France, à réfléchir autour des structures pour créer une dynamique réseau, autour du FTTH, autour des opérateurs locaux, des opérateurs alternatifs, etc.

Un point revient régulièrement dans nos réflexions : si on veut éviter la concentration d'Internet aux mains de quelques multinationales incontrolables, il faut en passer par des opérateurs neutres. Il faut éviter les concentrations verticales. J'en parle d'ailleurs dans le tome 1 de cette série sur la vie des grands fauves.

En effet, le modèle serait celui-là: le réseau physique appartient aux pouvoirs publics (région, État, etc). Par un moyen quelconque (service public, délégation de service public, autre) ce réseau est mis à disposition de tous les opérateurs, aussi bien les grands opérateurs nationaux que les micro-opérateurs locaux. Et bien entendu, dans des conditions équitables et qui permettent à chacun de s'y retrouver. Par exemple, en évitent les frais fixes au début du contrat : s'il faut payer 20.000 € avant de commencer à travailler, les PME ne pourront pas se créer autour.

En gros, jusqu'à présent, sur ce sujet là, j'avais croisé deux opinions classiques. D'un côté, les gens qui veulent éviter le monopole et qui veulent une concurence très ouverte, où les opérateurs locaux peuvent cohabiter à côté des opérateurs nationaux ou internationaux. De l'autre côté, les gens qui trouvent que l'ADSL se développe très bien, qu'il suffit de laisser France Télécom investir en paix et bien tout monopoliser, et que quand le gâteau sera gros les lions (Free, NeufCegetel, etc) se débrouilleront bien pour en récupérer un bout.

Ça peut sembler curieux, mais, en gros, l'idée d'une concurrence très ouverte, mettant les opérateurs tous au même niveau, est plus classiquement attachée aux gens de gauche. La libre concurrence, officiellement, c'est pas de gauche. Par contre, l'idée d'un tissus de petites entreprises assurant un développement en région, à l'opposé du monstrueux développement des très grand groupes mondialisés, elle vient de l'alter-mondialisme, et c'est plutôt classé à gauche. Tout aussi curieusement, l'idée de favoriser l'ancien monopole d'État, on la trouve plus souvent chez les gens de droite. Pourtant, France Télécom, qu'est-ce qu'ils ont pu dire comme mal dessus, tant que l'État était majoritaire. Mais voilà, la libre concurrence où le très gros écrase le gros, et où le gros écrase le moyen, c'est un truc qui vient de l'ultra-libéralisme type Madelin. Donc ça vient plutôt de droite.

Dans le cadre de mes activités associative (FDN) je m'intéresse beaucoup aux réseaux neutres qui sont en train de se créer, pour que FDN puisse aller y fournir de l'accès. Pas forcément rentable, mais pour amorcer quelque chose. Pour aider à faire fleurir sur la région concernée un FAI associatif du même type.

Le dernier que j'ai trouvé, c'est Net27, le réseau en délégation de service public du département de l'Eure. Donc je suis allé lire les quelques maigres informations disponibles sur leur site Web. Ça commence gentiment, techno ADSL et wiMAX, délégation de service public, bref, ça ressemble bien à ce qui intéresse FDN en ce moment.

Et puis je suis tombé sur quelques phrases qui m'on fait peur. J'ai l'impression qu'ils on fait un réseau nu. Sans les routeurs. Chacun vient poser ses routeurs partout. Et visiblement, on est présent soit sur tout le réseau du département, soit nulle part. Du coup, pour commencer à discuter, il faut acheter un plein camion de routeurs.

Un peu plus loin, je lis « La DSP vend en gros aux FAI et chaque FAI vend au détail. Chaque FAI établira librement son prix selon son offre. ». Le mot qui me choque, en plein milieu, c'est le mot « gros ».

Je tiens bien à le préciser : je ne suis pas encore rentré en contact avec les gens de Net27. Jusque-là, j'étais factuel, indiquant ce que j'avais lu et ce que j'en avais compris. Là, je vais me lancer dans ce que j'en déduis, entre autre politiquement. Tant que je n'aurai pas eu quelqu'un de Net27 au téléphone pour me confirmer les conditions financières du machin, l'analyse est à prendre au conditionnel.

On a donc affaire à un nouveau modèle. Le réseau dont les investissements sont faits par les pouvoirs publics, et qui ne sert qu'à rentabiliser les grandes entreprises privées. C'est un concept. Les esprits vifs me diront que c'est forcément un raisonnement de droite. En effet, puisque la zone n'est pas rentable à couvrir pour les opérateurs, si on veut qu'ils viennent, il faut financer pour qu'ils ne perdent pas d'argent. Raisonnement classique de la droite qui veut que quand une entreprise va mal, on la renfloue, et que quand elle va bien, elle paye des dividendes à ses actionnaires.

Là où ça devient commique, c'est que j'ai découvert ce réseau sur un SPAM du Parti Socialiste. Ils sont très fier, dans leur bla-bla d'auto-promotion de dire que le département de l'Eure, moderne, bla-bla, fibre optique, bla-bla, ADSL, etc. Et que le président du conseil général c'est un gars de chez eux. Contents et fiers ils sont.

Ils annoncent qu'ils préfèrent favoriser les grandes entreprises plutôt que les associations et petites entreprises. Ils préfèrent pousser NeufCegetel, Alice et Deutshe Telekom plutôt que FDN ou Neuronnexion. Et, eux, c'est le PS. Les champions de la gauche. Ceux qui nous expliquent à longueur de discours politiques qu'on ne peut pas laisser faire ces cochons de capitalistes-financiers.

S'il vous vient un doute : je ne pense pas que ce brave élu PS ait choisi délibérément une solution comme ça. Je pense simplement qu'il n'y a pas réfléchi. Il n'y a pas pensé. Ça lui paraît tellement évident qu'un FAI, c'est forcément un gros FAI, que tous les FAIs sont, forcément, par loi de la nature, des grandes entreprises. Il n'envisage pas qu'un FAI puisse être une association, ou une PME de quartier, ou une coopérative. Qu'un FAI puisse vivre sans payer des Tunisiens à faire sa hotline, et sans avoir des abonnés mécontents par millions.

Si le PS était un peu à l'écoute de ce qui existe et de ce qui bouge dans le monde associatif, il aurait peut-être évité cette bourde.

Il ne me reste donc plus qu'à trouver l'adresse mail, s'il en a une, du président de conseil général en question. Une fois que j'aurais vérifié, et si ce que je crains est vrai, je pense que je vais lui demander des explications.