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La vie des grands fauves, tome 3

jeudi 30 mars 2006 à 17:21

Pour ceux qui n'ont pas suivi l'actualité, hier après-midi, les actionnaires majoritaires de Numéricable (réunion de NC-Numéricable, France Télécom Cable, SEM-Cable et quelques autres bas morceaux) ont annoncé leur intention de racheter, avec l'accord du propriétaire, UPC-France (réunions d'UPC, de Chello, de Noos, et là encore probablement aussi quelques petits bouts).

Ce n'est pas un rachat hostile, comme on a connu quelques uns ces derniers mois dans différents secteurs. C'est plus une vente de gré à gré, rien de bien violent là-dedans. Bien entendu, on retrouvera là les risques habituels de tous les gros rapprochements d'entreprise (c'est rarement pour salarier plus de personnel qu'ils se rapprochent, mais plus souvent pour dégager les doublons). Mais ce n'est pas mon propos.

Mon propos, comme c'est devenu l'usage dans cette série de billets, c'est d'essayer de comprendre un peu (et de décrypter pour les gens qui n'ont pas que ça à faire de tout analyser eux-mêmes) ce qui se passe dans le monde merveilleux et, la déesse Europe soit louée, ouvert à la concurrence des opérateurs de télécom.

Donc, pour faire simple; l'infrastructure du câble en France, toutes villes confondues, est (sauf erreur ou omission) entre les mains d'une seule et unique entreprise.

Pour le moment, l'ARCEP semble dormir paisiblement sur ses deux oreilles. C'est pas comme si une infrastructure physique nationale unique (en câble coaxial plutôt qu'en paire de cuivre torsadée téléphonique, mais c'est un détail technique accessoire, finalement) se retrouvait être la possession d'un unique actionnariat privé. Certains facétieux pourraient qualifier ça de situation monopolistique. Si c'était un monopole dans les télécommunications, l'ARCEP s'en serait mêlé. Si l'ARCEP dort, c'est simplement qu'il n'y a pas là matière à ce qu'elle s'inquiète.

Un peu comme la télédiffusion. On a vu dans ce secteur également se rapprocher le numéro 1 et le numéro 2 français (Canal Sat et TPS, dans cet ordre là). Comme il n'y a pas vraiment de numéro 3 (AB Sat, ça existe encore?), ici aussi, des fâcheux pourraient croire qu'il y a un monopole de fait. Mais pas du tout. Les monopoles, c'est contrôlé par la DGCCRF pour le marché national, et par la Commission Européenne pour les marchés un peu plus grands.

Concurrence libre et non-faussée qu'ils disent...

Oui, on a bien vu. Non seulement la concurrence n'est pas une fin en soi, mais à l'extrême rigueur un moyen d'obtenir un effet escompté, mais en plus dans la pratique elle est assez illusoire.

En l'état actuel, rien ne laisse présager un futur « dégroupage du câble », sauf une éventuelle initiative du seul acteur du marché. Et visiblement nos régulateurs n'ont pas envie de s'en mêler. Qui a dit qu'ils ne servaient à rien, les régulateurs ?

À propos d'Internet

samedi 25 mars 2006 à 18:27

Ce billet ne me plait qu'à moitié, parce que j'ai le sentiment qu'il n'est pas terminé. Il sera sans doute modifié de temps en temps, et agrémenté d'autres.

Une de mes activités les plus chronophages est d'être le président de FDN. FDN est une association loi 1901, qui est un des plus anciens fournisseurs d'accès en France, et un des rares à être encore en vie après autant de temps (l'association date d'avril 1992, l'année prochaine on fêtera les 15 ans). Ça m'a souvent amené à réfléchir sur ce qu'est Internet et où il va. Voilà quelques unes de ces réflexions.

Beaucoup de gens commencent à prendre conscience du fait qu'Internet représente une opportunité de démocratie et de liberté de parole. À tel point que nos politiques font semblant de l'approuver, pour ne pas donner l'impression qu'ils sont dépassés par les évennements.

Cette opportunité de démocratie, et cette liberté de parole, sont à l'heure actuelle une vérité : chacun est convenablement libre de prendre la parole sur Internet, et un nombre croissant de citoyens s'en servent pour réfléchir sur des sujets politiques. La structure d'Internet est d'ailleurs telle que, n'ayant pas de centre névralgique, il est très difficile de censurer le contenu qui s'y trouve. En effet, s'il existe des millions (ou même des milliards) de serveurs, comment faire taire tous ceux qui tiennent des propos déplaisants ?

Mais les évolutions technico-financières qui ont accompagné le développement grand public d'Internet ont un impact fâcheux sur la structure du réseau. Il est conçu, sur le principe, complètement décentralisé. De nos jours, dans la pratique, il ne l'est plus. Ou il est en passe de ne plus l'être. Quand un petit nombre d'entreprises privées détiennent plusieurs centaines de millions de boîtes aux lettres (je pense ici à Google, Yahoo, Hotmail, etc), ce sont autant de voix qu'on peut filtrer, fliquer, et faire taire. C'est autant de correspondance privée qui est livrée à la merci d'organismes dont le but premier est la rentabilité plutôt que l'éthique.

De la même manière, l'immense majorité des blogs est hébergée par un nombre très restreint de structures. Comme les sites web d'ailleurs, la très vaste majorité est située chez des hébergeurs commerciaux dont l'éthique n'est pas la priorité : mettez dans la balance, d'un côté, le fait de préserver la liberté de parole d'un client aux opinions jugées subversives et, de l'autre côté, le fait de devoir se fâcher avec des représentants de l'ordre pas forcément accomodants. Un entrepreneur raisonnable, qui doit défendre son business, sans pour autant être un parfait salaud, va choisir de ne pas se fâcher avec les autorités. C'est logique. Il ne va pas compromettre son entreprise, les emplois de ses salariés, et ses bénéfices, pour les beaux yeux d'un client qu'il ne connait probablement pas.

À bien y réfléchir, la situation est encore plus caricaturale quand on parle de l'accès à Internet. Déjà, avant le développement massif d'ADSL, un vingtaines de fournisseurs d'accès regroupaient la presque totalité des internautes français. Mais avec l'arrivée de l'ADSL, ça s'accentue : France Télécom détient un monopole clair sur l'accès physique (le fil de cuivre du téléphone lui appartient), et en regroupant 6 entreprises on a la quasi-totalité des accès au réseau (Wanadoo, Free, NeufCegetel, Télé2, Alice, et Club-Internet). Si on épluche un peu le capital de ces entreprises, on se rend compte qu'il n'y a là-dedans rien qui ressemble de près ou de loin à des structures à taille humaine : rien que du grand groupe international, rien que du côté en bourse. Donc rien que de l'entreprise sans conscience et sans scrupule.

Le lecteur un peu informé me rétorquera qu'il existe des alternatives. Bien entendu. C'est dans le monde de l'hébergement de sites web que c'est le plus clair : il existe un bon nombre d'hébergeurs associatifs, de PMEs, de coopératives. Pour le mail, c'est un peu plus délicat à trouver, mais c'est encore possible. Par exemple en allant ouvrir un compte chez no-log, ou en décidant qu'on fait plus confiance à La Poste qu'à Google (ce qui, dans mon cas, n'est pas clair, l'aspect service public de La Poste semblant des plus compromis).

Mais en matière d'accès Internet, il en va tout autrement. En septembre, FDN a lancé une offre d'accès ADSL, les gens qui lisent ce texte le savent sans doute. Ça n'offre pas des garanties myrifiques : FDN n'a pas les moyens de monter un réseau physique qui puisse tenir tête à ceux des grandes entreprises. Mais ça offre tout de même des garanties. Et surtout, ça participe d'un mouvement dans le bon sens : ça contribue à apporter un peu de diversité à un endroit où on en manque cruellement.

Il nous reste 5 opérateurs majeurs en France disposant d'un réseau physique (Télé2 n'a pas vraiment de réseau en propre), il y a fort à parier que dans quelques années il n'en restera que 3. Il reste en europe une petite trentaine d'opérateurs ayant un réseau physique, dont nombre des opérateurs historiques de chaque pays, il y a fort à parier qu'on tombe à une dizaine tout au plus dans quelques années. C'est une pente dangereuse, glissante. C'est le contraire de ce que devrait être Internet.

Mais cet état de fait n'est pas un hasard, et n'est pas le fruit du marché capitaliste. Si on s'état contenté de privatiser France Télécom, le marché n'aurait pas, de lui-même, créé ces quelques entreprises concurentes. La situation actuelle est bien le fait d'un marché régulé. La volonté du régulateur n'est pas toujours claire, quand on lit les textes. Par contre les actes, eux, sont limpides. Ils vont toujours dans le même sens : permettre à quelques entreprises de grande envergure de se disputer le marché, mais interdire aux petits d'émerger. L'état actuel est bien une solution choisie politiquement, et non subie. En fait, cela découle de la solution retenue pour la régulation.

D'autres solutions plus radicales auraient pu être envisagés par nos politiques lorsqu'ils ont décidé de l'ouverture du marché des télécoms à la concurrence libre et non-faussée, comme ils disent. Par exemple, il aurait pu être décidé d'interdire les trusts verticaux : interdiction de posséder le réseau physique d'accès et d'opérer les accès dessus.

Ce ne serait pas idéal, mais ce serait déjà mieux. On aurait sans doute des systèmes monopolistiques, ou de grands groupes, qui possèderaient le réseau physique, mais ils auraient interdiction de fournir de l'accès à Internet à partir de ces tuyaux.

Dans la situations actuelle, les trusts verticaux jouent un grand rôle. Plutôt que de chercher à les définir, on se contentera de regarder deux exemples :

Ce mélange des genres est très préjudiciable, il verrouille le marché, et le force à se concentrer dans les mains de quelques-uns : ceux qui sont ces trusts verticaux. Si on laissait faire le marché, en quelques mois tout ce beau monde disparaitrait au profit du seul France Télécom. Nos politiques ont choisi une politique de régulation : ils veulent qu'il y ait un semblant de concurrence. Disons 2 ou 3 opérateurs pour chaque pays. Ça permet de se donner bonne conscience, et on est certain de ne pas voir émerger trop de petits indépendants.

La forme de marché libre mais régulé qui a été retenue nous mène donc tout droit dans un monde dans lequel toute l'infrastructure d'Internet sera dans les mains de quelques grands groupes, avec tous les risques éthiques que cela comporte. Il faut bien revenir sur ce point : cette situation n'est pas le résultat du marché seul. Le marché seul aurait laissé perdurer le monopole. C'est le fruit d'une régulation. C'est donc, fondamentalement, un choix politique, un choix de société. Nos politiques ont choisi, par leurs actes, une société dans laquelle Internet, comme les autres médias, est le plus possible dans les mains de quelques grands groupes.

Cette position de nos dirigeants, même si elle n'est pas forcément conciente de leur part d'ailleurs, est facile à comprendre. Ça correspond au schéma dont ils ont l'habitude. Ils essayent de reproduire le modèle de la presse, avec quelques points de contrôle facilement identifiables (des patrons de journaux dans un cas, des patrons d'opérateurs dans l'autre). Attendre d'eux qu'ils changent d'avis, et que donc ils modifient la régulation pour créer un marché très ouvert en interdisant les trusts verticaux, ça relève de l'utopie. Ça revient à attendre qu'ils fassent une révolution culturelle. L'expérience montre qu'en matière d'évolution des modes de pensée, ils seraient plus volontier suiveurs.

Il est souhaitable que l'avenir d'Internet soit de se re-diversifier, ce serait la seule bonne garantie de la liberté de parole sur le réseau, mais tout laisse présager que les mouvements de concentration vont se continuer.

Reste donc à chercher comment cette évolution peut avoir lieu pour qu'elle puisse par la suite aller influencer l'organisation de notre société numérique. Une des approches possibles est de décider de résister avec les moyens du bord : c'est l'approche qui consiste à essayer de faire tourner FDN contre vents et marrées. Celle qui consiste, alors que la structure n'est pas encore rentable, à pousser autant que faire se peut à la création de structures similaires dans d'autres pays d'Europe. Après tout, c'est ce que font les gens qui s'intéressent au même type de problème dans la production agricole, et c'est assez voisin de ce que font les gens du logiciel libre.

Il n'y a pas de solution miracle, pas de remède simple. La seule chose que chacun puisse faire est de chercher à prendre son indépendance vis-à-vis de ces structures. Bien entendu, au premier chef, ceux qui ont des choses à dire qui risqueraient de déranger. Mais aussi ceux qui pour le moment n'ont pas grand chose à dire, mais tiennent à conserver leur liberté de parole pour l'avenir. Pour garder son indépendance, c'est relativement simple, sur le principe : s'adresser aux petites structures plutôt qu'aux grands groupes.

Dans la pratique, ce n'est pas forcément aussi évident. Si les 8 millions d'abonnés au haut débit en France deviennent adhérent de FDN, ce ne sera plus une petite structure. Si les millions de pages perso qui sont chez Free passent chez L'autre.net, ce ne sera plus une petite structure non plus. Il faut donc une démarche un peu plus militante de la part de certains : une fois que les structures existantes auront atteint une taille raisonnable qui garanti leur stabilité et leur éthique, il sera temps de monter d'autres structures, similaires ou approchantes. On n'en est clairement pas là cependant.

La nécessité d'avoir un réseau Internet éthique relève du même mode de pensée que de chercher à éviter la mal-bouffe : le seul critère de rentabilité, qui est celui des grosses entreprises, n'apporte pas les garanties suffisantes en matière d'éthique. Qu'on ne se trompe pas : les problèmes sont très différents. Dans un cas on parle plutôt de santé publique, dans l'autre on parle de liberté d'expression. Mais si on regarde l'organisation économique qui engendre ces deux problèmes, et qu'on cherche comment les prévenir, on tombe sur des solution très similaires.

La vie des grands fauves, tome 2

samedi 25 mars 2006 à 16:25

Dans les petits plaisir de la vie de tous les jours, quand on essaye d'être un opérateur associatif, il y a les relations avec les différents incontournables. Aujourd'hui, la déclaration auprès de l'ARCEP en tant qu'opérateur de réseau et/ou de services de télécommunications.

Ce billet est destiné à évoluer régulièrement, au fur et à mesure des déboires rencontrés dans la déclaration de FDN auprès de l'ARCEP. Il fera l'objet de tomes suivants, ou de modifications, selon le cas.

Premier ecceuil, l'ARCEP, organisme public d'état, propose les formulaires à remplir sur Internet, ce qui semble de bon goût pour un organisme qui est sensé réguler le monde des communications électroniques (et postales). Le formulaire de déclaration d'un opérateur est un fichier Word. Il n'est pas proposé d'autre solution : on ne peut pas demander à recevoir le formulaire en papier, il n'est pas disponible en PDF, il n'est pas disponible en OpenDoc. L'ARCEP suppose donc que pour pouvoir être un opérateur de télécommunication, il faut disposer impérativement et évidemment de MSWindows et de MSWord. Le document passe relativement mal sur OpenOffice. Tellement mal qu'il a fallu 3 ou 4 plantages d'OpenOffice pour réussir à remplir le formulaire en s'y prenant en plusieurs fois.

Ça montre, s'il en était besoin, que l'ARCEP, autorité nationale de régulation d'un service essentiel qui n'est soumis à la concurence qu'à la force du poignet, méconnait les principes que l'État essaye, avec difficulté et sans conviction, de faire avancer : l'indépendance sur le plan informatique. En effet, bon nombre d'administrations, y compris les assedic et un grand nombre de mairies, fournissent de plus en plus leurs documents dans des formats ouverts. Il semble que ce genre de pratique devrait être une base pour un régulateur. Par définition, un régulateur devrait être neutre. Il ne doit pas supposer que les gens utilisent une technologie plutôt qu'une autre, tant que ça n'entre pas en conflit avec la régulation qu'il assume.

Comme ce qu'il régule, ce ne sont pas les logiciels de bureautique, et comme il n'a pas pour mission de permettre à Microsoft de ne pas souffrir d'un concurrence déloyale, on comprend mal pourquoi les formulaires sont mis à disposition dans un format propriétaire (probablement breveté dans les endroits du monde où c'est autorisé). Bref, on pourrait croire que ça dénote un certain manque d'éthique, alors que ça dénote uniquement un manque de compétences techniques : il y a fort à parier que le responsable qui a décidé de la mise en ligne du document est convaincu que du mail ça se lit forcément avec Outlook, et qu'un texte ça s'écrit forcément avec MSWord. Ça donne une bonne idée de la vision que cette personne là (sans préjuge de l'organisme lui-même) à de la libre concurrence, en matière de logiciels pour cet exemple-là.

Un détail amusant : quand on lit le long document qui explique, dans un jargon juridique peu clair pour un néophyte, quel type d'opérateur doit déclarer quoi, on peut être agréablement surpris de trouver un lien vers un document en PDF. Mais la surprise est de courte durée : ce formulaire n'est plus valable, il est plus ancien que celui, en format MSWord, qui est en annexe à la fin du même texte.

Il faut tout de même noter que la majorité des documents présentés sur le site de l'ARCEP sont dans des formats moins hostiles, essentiellement du PDF et du HTML.

La vie des grands fauves, tome 1

samedi 25 mars 2006 à 16:21

Comme je m'ennuyais un peu ce matin, je suis allé lire (enfin, survoler) les offres de référence de France Télécom en matière de dégroupage ADSL. Ce sont ces offres qui définissent le fonctionnement, et la tarification, du dégroupage entre FT et un opérateur. Ces offres sont présentées par France Télécom à l'ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Électroniques et Postales) qui les valide. Normalement, l'ARCEP veille à ce qu'il n'y ait pas de distorsion de concurrence. L'institution d'une telle autorité est prévue par les textes européens, pour vérifier que la libre concurrence est effective dans les États Membres de l'Union.

À la lecture de ces offres de référence, on constate en effet qu'il n'y a pas de distorsion de la concurrence. Les multi-nationales sont a égalité entre elles, et les autres sont hors course. Les textes européens précisent qu'il doit y avoir égalité indépendament de la taille des opérateurs, visiblement l'ARCEP en a fait une lecture pour le moins partielle (voire partiale).

Quelques exemples chiffrés, pour se faire une idée. On appliquera ces chiffres à 3 tailles d'opérateurs : 10 lignes (type FDN), 1000 lignes (type Nerim ou NetPratique), 100.000 lignes (type NeufCegetel ou Télé2).

Si on s'intéresse au contrat de collecte ADSL en IP, qui est le contrat typique pour établir de la collecte nationale, les coûts sont répartis en gros en deux catégories. La première partie est un coût par accès, correspondant soit à la construction d'une ligne ADSL, soit à la location de cette ligne tous les mois. Pour cette première partie. le prix est bien par ligne, qu'on en prenne 10 ou 100.000 ne change rien. La deuxième partie est le prix de la bande passante. Là encore, ça se décompose en deux. D'abord le tuyau qui raccorde l'opérateur à France Télécom, puis la bande passante consommée sur ce tuyau.

Attention, je n'étudie ici qu'une partie de la structure tarifaire de l'offre. L'offre est assez complexe, et elle impose des coûts à pas mal d'endroits différents, de telle sorte qu'il est très difficile de synthétiser le tout. Les autres postes de coûts sont souvent répartis d'une manière très similaire, avec le même type de disparité : des frais fixes hallucinants qui empêchent les petits de s'établir.

Le tuyau coûte à l'installation, puis tous les mois, en fonction du débit maximal qu'il peut supporter. La bande passante consommée, elle, coûte en fonction du nombre de Mb/s consommés, le tarif étant dégressif avec le volume (il part de 313 €HT et descend jusqu'à 247 €HT pour les très gros volumes). Les statistiques indiquent que, en moyenne, un abonné ADSL consomme à peu près 30 kb/s, cette moyenne étant vraie pour les gros volumes. Pour les petits volumes, on constate souvent des moyennes plus variables, et souvent plus hautes.

Notre opérateur à 10 lignes va donc prendre le tuyau le plus petit possible, celui qui ne peut pas supporter plus de 10 Mb/s. En effet, 10 lignes, ça fait 300 kb/s, mettons 500 en comptant large, soit 0,5 Mb/s. Il lui en coûtera 4000 €HT pour faire construire le tuyau, et 1000 €HT par mois pour le faire entretenir. Là dessus, il paiera sa bande passante consommée 313 €HT, puisqu'il ne dépassera probablement pas le premier Mb/s. Il lui en coûte donc, par ligne, 400 €HT d'investissement, et 131,3 €HT de rente mensuelle pour la ligne. À noter que si cet opérateur veut vendre un accès ADSL 2+, disons du 18 Mb/s, jamais, à aucun moment, son client ne pourra atteindre ce débit : le tuyau de collecte global est limité à 10. Passons sur ce détail.

À retenir : 10 lignes, 400 et 131,3.

Notre opérateur à 1.000 lignes devrait avoir besoin de 30 Mb/s. Les tailles de tuyaux possibles sont de 10, 30, 60, etc. Il serait fou de prendre 30 (il serait saturé), il prendra donc un tuyau à 60 Mb/s. Il lui en coûtera 5000 €HT de faire construire le tuyau, puis 3500 €HT par mois de le faire entretenir. Il paiera sa bande passante 313 €HT pour les 10 premiers Mb/s, puis 295 pour les 20 suivants (puis 281 au-delà, mais il s'arrête à 30). Pour les 30 Mb/s qu'il va consommer, il paiera donc 313×10+295×20, soit 9030 €HT par mois. L'ensemble de son tuyau lui coûte donc 9030+3500, soit 12.530 € par mois. Il lui en coûte donc, par ligne, 5 €HT d'investissement, et 12,53 €HT de rente mensuelle.

À retenir : 1.000 lignes, 5 et 12,53.

Notre opérateur à 100.000 lignes, lui, devrait avoir besoin de 3 Gb/s (soit 3.000 Mb/s). Dans les tailles de tuyau possible, il a le choix entre 2, 3 et 4 Gb/s. Il prendra certainement 4. Il lui en coûtera 25.000 €HT de faire construire le tuyau, puis 36.000 €HT par mois de le faire entretenir. Pour la bande passante, ça donne ça : 313×10 + 295×20 + 281×50 + 267×70 + 257×150 + 247×2700. Soit un total de 3130 + 7900 + 14.050 + 18.690 + 38.550 + 666.900, soit 749.200 €HT par mois. Soit un coût total mensuel de 785.200 €HT. Ça donne donc, par ligne, 0,25 €HT d'investissement et 7,85 €HT de rente mensuelle.

À retenir : 100.000 lignes, 0,25 et 7,85.

Après mûre réflexion, l'ARCEP arrive à la conclusion que la concurrence est libre et non faussée, et que conformément aux textes européens, la taille de l'opérateur n'influe pas sérieusement.

Étonnant, non?

Inauguration

lundi 23 janvier 2006 à 17:31

Voilà, ça fait un bon moment que j'avais envie, moi aussi, d'aller raconter quelques trucs par écrit sur Internet. Pas seulement donner des infos sur les projets auxquels je participe, je voulais aussi dire du mal quand y'a besoin.

Le vocable improprement utilisé pour ça, en cette saison, est blog. Ce qui n'est pas tout à faire juste. Un web-log, c'est un journal, au sens journal de bord ou journal intime; pas au sens journal d'opinion. La page qui liste, au jour le jour, mes travaux sur le JMPL, c'est un blog: le journal de bord du JMPL.

Par contre, ça, ce n'est pas un blog au sens strict, ça ne raconte pas ma vie, ni même mes activités au jour le jour. C'est plutôt une chronique, un billet d'humeur. Mon avis sur un peu tout et n'importe quoi. Probablement des sujets d'actualité, mais aussi des sujets pas forcément très actuels, mais qui m'ont inspiré quelque chose.

Dans l'acception actuelle du terme, blog recouvre un peu tout et n'importe quoi, depuis le journal intime de l'adolescent qui a besoin de dire tout le mal qu'il pense de ses profs ou du menu de la cantine, jusqu'à l'expression des hommes politiques, avec photo en cravate et appel à voter, qu'on devrait normalement rapprocher de la propagande et/ou de la publicité.

Cette chronique est donc intitulée, pour le moment Oui, et alors?. Ça m'a semblé bien sur le moment, comme titre.

Pour les gens qui se posent des questions métaphysique, j'ai choisi d'utiliser blosxom parce que cet outil m'a semblé en bon accord avec mes habitudes: c'est en perl, tout est stocké dans des fichiers textes compréhensibles, écrire un billet, c'est écrire un fichier texte, ce qui me va bien. Finalement, si j'avais du écrire mon propre outil, il aurait certainement ressemblé à celui-là.