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Veille première partie de juin 2017

lundi 19 juin 2017 à 07:27

Peut-être qu’il vaut mieux produire des objets mal dégrossis que ne rien produire du tout. Peut-être qu’aucune règle n’est valable dans tous les cas. Quoi qu’il en soit, voici un billet orienté veille professionnelle. Un bout en style télégraphique, une partie rapidement rédigée.

Sur ce blog, il y a encore la possibilité de commenter, n’hésite pas à le faire. Il est vraisemblable que ça ne dure pas. Il est possible aussi d’en discuter sur le !fediverse au moyen de mon compte igor@herds.eu ou sur @igor_milhit.

Jessie Frazzelle’s talks

URL : https://blog.jessfraz.com/post/talks/

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MARC, RDF, FRBR, RDA

If it ain’t broke

URL : http://kcoyle.blogspot.ch/2017/04/if-it-aint-broke.html
date : 2017-04-12
via planet.code4lib

Pourquoi les bibliothécaires sont attachés au format MARC ? Après un bref rappel historique (MARC a été développé pour imprimer les notices de la LoC sur les fiches du catalogue) et un rappel du context du développement des schemas de description bibliographique de l’ère post MARC, l’auteure cherche à lister ce qui a fait le succès de MARC, afin de mieux comprendre le rejet que les catalogueurs peuvent exprimer face aux nouveaux formats, car celui-ci n’est pas uniquement lié à la peur du changement.

MARC est familier, pratiqué de manière globale depuis des décennies. La communauté parle MARC. Il est WYSIWYG : le catalogueur contrôle le contenu et son ordre ; le contenu est saisi tel qu’il sera affiché et pour quelqu’un qui parle MARC, il est human readable. Le codage par zone et sous-zone rend la lecture du format internationale et peut même aider à le mémoriser. Il est d’ailleurs devenu la Lingua franca de la communauté du catalogage.

MARC est concis, une notice tient souvent sur un seul écran, tout en étant très détaillé. Il est plat, il n’y a que 3 niveaux. Et contrairement à un graph LOD, MARC est fini, ce qui le rend plus simple à aborder.

Two FRBRs, Many Relationships

URL: https://kcoyle.blogspot.com/2017/05/two-frbrs-many-relationships.html
date: 2017-05-17

Ce texte remet en contexte les descriptions bibliographiques de type RDF par rapport à MARC, avec un bref rappel des motivations à la base de FRBR, dont l’insistance sur les relations entre entités avait pour but d’améliorer l’efficacité (faire en sorte que les entités ne soient décrites qu’une seule fois). Deux modèles FRBR sont mentionnés, à savoir le modèle mental (FRBR-MM) et le data-model (FRBR-DM). Il y a débat sur cette distinction, mais l’auteure pense que son absence est source de confusion.

Du côté FRBR-MM, il n’y a pas de lien imposé avec les règles RDA et les entités peuvent être implicites, sans séparation « visible », ce qui permet l’utilisation de MARC21, dans lequel le créateur et les sujets sont intégrés à la notice bibliographique, même s’ils ont été conçu par le catalogueur. FRBR est une sorte de checklist.
Dans MARC21, les relations sont le plus souvent implicites ou ajoutées dans des champs libres ce qui les rends peu exploitables par une machine. Enfin, comme MARC21 est flat, les entités FRBR ne sont pas séparées.

FRBR-DM, de son côté, est basé sur les relations entres les entités séparées. Ce sont les diagrammes du FRBR Report. Il a été produit à partir d’une analyse liée à la conception de base de donnée, et pas de record. Dans une base de donnée, des manifestations et l’œuvre à laquelle elles sont liées forme un ensemble de données. Par contre, dans le monde des records, chaque manifestation intègre une copie de l’œuvre, et chaque ensemble œuvre/manifestation est un ensemble de donnée. Il faut donc autant d’ensemble de données que de manifestations.
FRBR-DM n’a pas été imposé aux règles RDA, mais ces dernières ont été pensées pour supporter FRBR-DM. Comme les entités sont séparées, chacune d’entre elles peut être partagées dans l’univers FRBR dans lequel elle est référencée. De même, cette séparation des entités permet l’existence des relations.
Par contre, FRBR-DM n’est pas supporté par MARC21, car il ne permet pas l’existence d’entités séparées.

BIBFRAME a lui aussi définit des entités, quasiment les mêmes. Et l’auteure constate que l’utilisation des relations entre entités séparées devient la norme. Du coup, pour l’auteure, les choix actuels en terme de format d’encodage des données bibliographiques se font entre MARC et RDF. Si les relations entre entités séparées sont importantes, si il y a une volonté de partager ces entités, alors un autre format que MARC est nécessaire, un format qui ne soit pas sur la base d’une entité record. C’est ce qui explique l’intérêt vers des formats de type RDF, qui supportent le couple entités/relations.

Or, RDF est utilisé par beaucoup de projets informatiques, par un bon nombre de secteur économique (banques, médecine…) et est un standard W3C. Mais RDF permet de formet des Open Graphs et n’offre pas des unités de données comme une notice. Il conserve mal l’ordre des éléments de données, ce qui peut poser problème dans le contexte des données bibliographiques.

Enfin, il s’agit de savoir dans quelle mesure les catalogues vont profiter des relations entre entités pour pouvoir décider de l’intérêt du RDF. Du coup, une approche basée sur l’analyse de use case semble décisif.

NextLibraries

URL : http://www.nextlibrary.net

Découvert grâce à un sympathique email de 22decembre, qui passant à la bibliothèque de Aarhus, où à lieu la conférence 2017, m’a envoyé quelques photos de fiches de présentations de participantes et de participants, fiches sur lesquelles il y avait l’URL du site.

NextLibraries est aussi une communauté. Les conférences ont été initiées par les Aarhus Public Libraries en 2009. Depuis 2014, il y a des conférences aux États-Unis d’Amérique du Nord et par exemple en 2018 il y aura un Satellite meeting à Berlin.

L’objectif est de réfléchir à l’avenir des bibliothèques publiques et à leur rôle au sein de nos sociétés humaines. Les conférences réunissent des professionnels du monde de la bibliothèque, des porteuses et des porteurs d’innovation, des décisionnaires qui cherchent à faire reculer les limites et à proposer des changements pour soutenir l’apprentissage. Pour traduire aussi librement que maladroitement le début de leur about.

Le programme 2017 est là : http://www.nextlibrary.net/program-2017

J’ai repéré deux choses, mais après un survol rapide :

  1. http://www.nextlibrary.net/keynote-hrh-princess-laurentien notamment parce que « #Innovation is not sharing what your know, it’s sharing what you don’t know […] ».
  2. http://www.nextlibrary.net/group/2017-open-data, parce que j’aime bien les cartes géographiques et l’idée d’utiliser des données ouvertes pour aider à la décision dans le monde des bibliothèque me semble tout à fait pertinent. Par exemple : https://twitter.com/Audesome/status/874631239738765312

Mais la présentation sur le Media Lab du MIT pourrait certainement éveiller ma curiosité. Bref, à fouiller !

pommier

jeudi 30 mars 2017 à 06:32

un pommier danse, un pommier dessine le vent, un pommier archive l'ineffable, il manuscrit le passage

fleurit

des éclats blancs, verts, noirs, l'impossible est de retour, l'éphémère à intervalles presque réguliers, malgré le fleuve embétonné et les méandres du bitume, malgré la mémoire des âges qui tartinent la plaine pour la transhumance perpétuelle des fossiles d'acier, d'aluminium, de plastiques, de lithium, malgré

un pommier au printemps, ne se préoccupe pas du siècle, mais de la sève, de la lumière, de la chaleur, à sa montre les aiguilles s'ouvrent, se déplient, à la sortie de la chrysalide, ton monde peut bien mourir, tu peux toujours espérer le regret, tu as pris le chemin de l'oubli, ni bien, ni mal, aucune offense, qu'il en soit ainsi, c'est ainsi.

Elle marche. Personne ne sait d'où, dans quel but. Le sait-elle ? Il semble que oui, au vu de son pas décidé. Pourtant, son irruption ne modifie rien. Le pommier danse, fleurit, dessine le vent, un monde étrange, insensé, se croit croissant, il ne veut pas admettre qu'il s'étouffe lui-même — le voudrait-il, le pourrait-il ? —, cherche une prise où s'accrocher, si au moins il pouvait entraîner l'univers dans sa chute.

Tu as pris le chemin de l'oubli. Elle marche. Le pommier fleurit et danse, profite de ton inattention pour rejoindre le vieux verger, un verger à la retraite, un verger qui se déguise en jungle, aussi contraint que libre, au-delà du verbe et de l'articulation, tu as pris le chemin de l'oubli et le vivant semble se libérer du dictionnaire, se débarrasser des cotes et des classifications comme on dépoussière un tapis, un manteau, ce n'est qu'une illusion, ton illusion sur le chemin de l'oubli, ton mirage s'évanouit avec toi

la lumière toujours fut, et le pommier, et la marcheuse

toi seul avait construit ce filtre, cet écran pour t'isoler, pour être seul, seul toi, environné peut-être, environné tout au plus et d'ailleurs on allait bien voir et

toi

sur le chemin

de l'oubli.

réalité

samedi 25 février 2017 à 23:52

réalité, par définition
plus invraisemblable
que la plus mauvaise des fictions
réalité, par définition
indéfinissable

comment faisons-nous pour oublier
la fin du monde
il y a environ 10 ans
du moins la dernière
en date
selon quel comput
dans quelle chronologie sélective
oublieuse

la prochaine
c'est maintenant
en attendant la suivante

réalité, par définition

insaisissable
si ce n'étaient les fictions
insensée
si ce...

non, rien

comment faisons-nous pour oublier
la longue litanie des maux
toujours un peu plus absolus
et comment ferions-nous sans oublier

merde
comment ferions-nous pour aimer
encore
comment ferions-nous pour
tendre la main
nous sauver les uns les autres
provisoirement
un instant seulement
le temps de slurper la soupe froide

réalité, cette farce
qui tombe le masque ici ou là
qui tombe le masque un jour ou
l'autre
un instant seulement
le temps de slurper la soupe froide
j'avoue tout m'étonne
rien ne me surprend
je me suis perdu par les deux bouts
je ne me retrouve qu'en prenant l'asymptote
vers la moyenne
et tu te gausses

réalité
ré   a i
l  t
é

i

Numériser un vinyle avec Audacity

vendredi 6 janvier 2017 à 11:00

Avant d’aller synthétiser ces informations sur mes notes, je rédige un bref billet pour documenter ma méthode pour numériser un « vinyl » à l’aide du logiciel Audacity. C’est d’ailleurs surtout mon utilisation de ce logiciel dont il est question ici, pas du de matériel, branchement ou de méthode de description des documents numérisés, même si il peut m’arriver d’en toucher un mot en passant.

Audacity n’est peut-être pas ton logiciel de prédilection, mais je pense qu’il compte parmi les meilleurs. Son interface n’est pas la plus limpide, mais on s’y fait très rapidement, ni la plus sophistiquée, mais c’est un logiciel de qualité, professionnel et, surtout, il est libre. Pour l’installation, il est dans les dépôts des distributions GNU/Linux qui se respectent, sinon, tu trouveras de quoi faire sur la page de téléchargement officielle du logicielle.
À noter qu’on trouve, dans la documentation officielle, un tutoriel de qualité en anglais.

Une fois le logiciel installé et le branchement de la platine effectué, on est prêt. On peut lancer Audacity.

interface d’audacity
interface d’audacity
  1. Les boutons classiques, pour mettre en pause, activer le mode enregistreur, stopper la lecture ou l’enregistrement…
  2. Le sélecteur d’outils. J’en utilise parfois 3, le sélectionné par défaut pour positionner le « curseur », celui avec les deux flèches de côtés pour déplacer des blocs de sons, et le crayons si vraiment je dois agir sur le signal enregistré.
  3. La zone où viendront se positionner les pistes de sons.
  4. Le « vu » mètre, pour vérifier le volume du son.

Je commence en général par mettre activer l’enregistrement en mode pause, en cliquant d’abord sur le bouton pause, puis sur le bouton d’enregistrement. On peut vérifier la qualité du son, si le volume n’est pas trop faible ou trop fort, ou s’il n’y en a pas du tout dans le cas où on s’est trompé dans les branchements ou les réglages.

mode enregistrement en pause, 1
mode enregistrement en pause, 1
mode enregistrement en pause, 2
mode enregistrement en pause, 2

Après avoir réglé le volume comme désiré, vérifié que tout était ok, on peut cliquer sur le bouton pause, ou appuyer sur la touche p, pour activer l’enregistrement et lancer la platine. Et pendant l’écoute, il n’y a rien de spécial à faire.

enregistrement en cours
enregistrement en cours

Lorsque j’arrive à la fin de la première face, je ne stoppe pas l’enregistrement, mais je le mets en pause. En effet, lorsque l’on stoppe l’enregistrement, et qu’ensuite on le relance, Audacity ouvre une deuxième piste de son, ce qui est assez logique, mais ce n’est pas ce qu’on désire faire. Si cela t’es arrivé par mégarde, il est possible de mettre la première piste en mode muet, et à la fin de l’enregistrement de réunir les deux pistes avec l’outil de déplacement des blocs de sons.

enregistrement en pause
enregistrement en pause

Donc, on met l’enregistrement en pause, soit avec le bouton pause soit avec la touche p, et on tourne le disque. Puis on relance l’enregistrement, avec le bouton pause ou la touche p, et on relance le disque. Et on répète l’opération autant de fois qu’on a de faces.

Arrivé au bout de l’enregistrement de toutes les faces, on peut stopper l’enregistrement. Et c’est un bon moment pour enregistrer le projet (fichier/enregistrer le projet). Pour ma part, je crée toujours un dossier spécifique pour chaque projet, parce qu’audacity crée un certain nombre de fichier, alors autant les réunir au même endroit.

Puis, j’affiche l’ensemble de la piste avec un CTRL+F, ce qui permet de voir quelques anomalies.

affichage de la piste complète
affichage de la piste complète

Avec mon outil de positionnement, l’outil sélectionné par défaut, je sélectionne la zone où il y a apparemment des clics importants, et je lance l’effet « Suppression des clics » (Effets/Suppression des clics), partout où nécessaire.

Suppression des clics
Suppression des clics

Il est possible de régler le seuil et le niveau pour améliorer les choses. Une fois cette partie terminée, je sélectionne le tout avec un CTRL+A et j’applique l’effet compresseur (Effet/Compresseur), une ou deux fois selon les cas. Ça permet notamment d’augmenter le volume sans saturer.

Signal après compression
Signal après compression

Et c’est maintenant que tout commence… Il s’agit de reconstituer les pistes. Il y a bien un outil d’identification des silences (Analyse/Silence finder), mais je ne le trouve que moyennement précis, et pour certains disques carrément inutiles. Donc je fais à la main. Pour cela, je me place tout au début de la piste avec le bouton retour en arrière (Saut au début, Home), et ensuite je joue avec les combinaisons CTRL+1 pour zoomer et CTRL+3 pour dézoomer, ainsi que la barre d’espace qui lance ou stoppe la lecture. Avec ces outils de repère le début d’une piste, et je place mon curseur où je veux créer un repère.

Sélection du début
Sélection du début

Dans la capture d’écran ci-dessus, je me suis placé tout au début, j’ai zoomé pour mieux voir, placé mon cuseur vers le début, lancé la lecture pour entendre où commence le morceau, arrêté la lecture, placé mon curseur un peu avant le début du son et sélectionné ce qu’il y avait avant pour l’effacer d’un backspace ou d’un delete. Ensuite, je fais un CTRL+b pour créer un repère, que je vais ensuite nommer.

Repère à nommer
Repère à nommer

Je peux donc taper du texte, à savoir le nom de ma piste. Ci-dessous, le repère est renseigné. Les copier-coller sont possible, bien entendu. Ici, j’ai mis le numéro de la piste (face A, numéro 1), puis l’artiste, parce que c’est une compilation, et enfin le nom du morceau. Il va falloir éviter certains caractères, parce qu’audacity va ensuite nommer le fichier avec ce repère et n’apprécie pas les caractères interdits habituels. On pourra corriger ça ensuite.

Puis, avec le CTRL+3, je dézoome, repère le prochain silence (ou changement de piste sans silence, ça arrive), place mon curseur où je le désire et crée un nouveau repère avec CTRL+b, mais avant je fais un CTRL+i pour diviser la piste, histoire d’avoir un bloc par morceau.

2e repère
2e repère

Et on recommence, autant de fois que nécessaire. Au changement de face de disque, on peut aussi supprimer du silence, bien entendu. Et si on se plante dans les repères, il y a un outil sous le menu Piste/Editer les marqueurs.. qui est bien pratique.

Tous les marqueurs
Tous les marqueurs

Une fois tous les marqueurs indiqués, on peut aller dans Fichier/Editer les metadata… et entrer les données utiles, au niveau de l’album. Pour les morceaux, ce sera fait automatiquement ensuite. Enfin, on peut aller sous Fichier/Export multiple… et sélectionner le type de format et la qualité désirée. On indique que l’on veut séparer en fichier selon les marqueurs et renommer le fichier avec la numérotation avant le nom de marqueur ou de piste. Enfin, au sommet de la fenêtre, on tape le répertoire cible que l’on peut ensuite créer avec le bouton idoine.

Export multiple
Export multiple

Ensuite on peut cliquer sur le bouton exporter. Audacity va présenter les données pour chaque piste qui sera créee. C’est l’occasion de faire quelques ajustements si nécessaire et de vérifier que tout est comme on le voulait. Une fois que tous les fichiers sont exportés, j’enregistre le projet. Pour ma part, je le conserve, mais chacun fait comme il le veut.

Ensuite, je nettoye encore les métadonnées avec un logiciels prévu pour cela, par exemple EasyTag ou MusicBrainz Picard, je calcul le tag du replaygain, j’ajoute le fichier de couverture, et c’est terminé !

EasyTag
EasyTag
Bon, on va quand même s'écouter un p'ti morceau, après tous ces efforts. Un truc joyeux, dans le ton de notre époque moderne, progressiste et enjouée !

C'était mieux demain.

dimanche 11 décembre 2016 à 19:24

Aujourd'hui à Mainz, accompagné d'amis, j'ai vécu un moment ensoleillé. Au détour d'une rue, après une librairie qui nous évite le chemin jusqu'à l'Amazon, on voit une petite vitrine, avec un homme assis à une table, faisant face à la rue, et sur la table une machine à écrire. Il boit une tasse de café et mange quelques biscuits. Curieux, on se met à observer, à chercher à comprendre, et soudain l'homme me fait signe d'entrer pour écrire. Ce qui éveille d'autant plus mon intérêt, mais je lui explique que je ne peux pas écrire en allemand, déjà qu'en français, parfois je me demande. Il m'explique que ce n'est pas grave, bien au contraire.

À peine entré dans la pièce presque vide, aux papiers peints jaunâtres, il m'explique que c'est un « facebook analog » et qu'on peut tout y faire, ce qui est exagéré, mais la collision entre mon idée de ce réseau social propriétaire, avide, et la pièce qui m'entoure me rend passablement enthousiaste et je commence à comprendre. À la machine à écrire, on peut taper des petits bouts de textes qui seront « postés » sur un « mur » au moyen de petites pinces à linges et de ficelles tendues. En face de ce mur, sur un autre mur, avec la même méthode, sont affichées des photos, comme autant d'« avatars », sauf que les photos sont nées dans le monde analogique et développées sur des vieux papiers photos. Et entre les murs, partant de là, d'ici et allant ici ou là, des ficelles sont tendues : les hyperliens.

Alors j'écris un petit texte, avec un clavier allemand, pas bien différent de sa variante suisse romande, hormis les accents, ce qui me permet tout de même de faire pas mal de fautes. Je ne prends pas le temps de réfléchir à ce que je tape, trop habitué à pouvoir simplement effacer, reprendre, corriger, modifier. Ici, c'est l'univers du geste irréversible. Et puis ce sentiment de retrouver après toutes ces années le contact avec un clavier totalement mécanique, avec des lettres qui doivent s'imprimer sur le papier, la résistance, la matérialité de la formation des caractères. Les mots qui me viennent expriment l'idée d'un réseau social rêvé, d'un papier introduit de biais autour du tambour, d'une mise en forme qui ne sera pas au pixel près, qui n'aura jamais à s'adapter à des tailles d'écran différentes, de la participation à un service qui n'impose pas de devoir s'inscrire, ni de divulguer inconsidérément des informations personnelles, même si l'implication est perceptible, complète, le spectateur, en effet, participe, co-crée, mais pour une fois le contrat est clair, explicite, sans coup tordu. De même, taper à la machine dans une vitrine est clair en terme de sphère publique et sphère privée. Enfin, je n'ai pas eu à avaler un quelconque « cookie » toxique...

Le petit billet est terminé, il va rejoindre le mur. L'homme propose de me prendre en photo devant un troisième mur, assez neutre, avec un reflex argentique de qualité. Ça devient évident, l'homme est photographe.

Les personnes avec qui je suis venu écrivent aussi un petit texte. Je constate déjà qu'elles n'ont pas la mémoire de la machine à écrire, ne trouvent pas simplement la touche majuscule, ne reconnaissent pas le son de fin de ligne. L'une reprend un texte déjà « publié », écrit en allemand et le traduit en italien, ce qui plaît beaucoup à l'artiste qui utilise une sorte de boucle d'oreille à pince pour « relier » les deux textes. L'autre écrit un texte qui parle de notre rencontre à Mainz et le fait que l'on mélange constamment quatre langues, ce qui donne une phrase qui passe de l'allemand au français à l'italien et à l'anglais.

Une adresse e-mail est laissée, chose évidente et incongrue. L'une d'entre nous ira voir l'exposition qui en résultera. Nous prenons une carte de présentation du projet, qui est brièvement décrit en ligne : http://www.hermannrecknagel.de/.