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Fermentation alcoolique maison

dimanche 10 mai 2020 à 13:14

J’aurais pu profiter du confinement pour méditer, ranger la maison ou faire du sport mais non, j’ai décidé faire fermenter tout ce qui me tombait sous la main !

Bien meilleure utilisation de la confiture

Cet article présente quelques projets de boissons fermentées +/- amusants et +/- réussis que j’ai réalisés lors des dernières semaines avec les moyens du bord et que je vous partage en espérant que cela vous donne de l’inspiration. Je mettrai des liens vers Brouwland, le site que j’ai utilisé pour le matériel mais il existe une multitude d’autres sites et magasins semblables. Avertissement : je ne suis certainement pas un expert dans le domaine et je n’y connais pas grand chose en biologie. N’hésitez donc pas à partager vos propres connaissances.

Pourquoi ?

En plus d’être économique et écologique (difficile de faire plus circuit-court), c’est très gratifiant de boire une boisson que l’on a produite soit-même plutôt qu’achetée au supermarché. Il y a quelque chose d’assez magique dans le fait de jouer avec les levures, de transformer les différents sucres, de varier les paramètres de la recette et d’observer le résultat. De temps en temps, ça ne pétille pas et de temps en temps, ça explose. Parfois, il n’y a pas d’alcool et parfois trop. Une sorte de petit chimiste pour adultes.

La théorie

Faire de l’alcool est relativement simple. On pourrait résumer la fermentation alcoolique à la formule « sucre + levure = alcool ». Selon les recettes, le mélange sera composé d’une base aqueuse (eau, thé, jus,…), de sucre (qui peut provenir de fruits, de céréales, de miel ou être simplement ajouté) et de levures (levure sèche ou naturellement présentes dans les fruits). Chacun des ingrédients aura une influence sur le goût, le degré d’alcool et le temps de fermentation du mélange mais l’idée reste la même. Notez qu’une courte fermentation avec peu de sucre permet d’obtenir des sodas non ou très peu alcoolisés. La fermentation est alcoolique, la boisson ne l’est pas forcément.

Certaines fermentations vont se passer à l’air libre (pour faire du vinaigre, du levain, cultiver un « starter ») ou privées d’air (généralement pour une fermentation alcoolique, ce qui nous intéresse). On va idéalement utiliser un barboteur pour laisser s’échapper le CO2 mais, en cas de confinement, on peut utiliser le système D avec un tuyau, une paille, un ballon, un gant chirurgical, etc. Les gens sont très imaginatifs quand il s’agit de faire de l’alcool (le barboteur reste quand même la meilleure solution et ne coûte pas très cher).

Si vous stockez du liquide dans une bouteille fermée, faites bien attention à ce que la fermentation soit terminée (c’est-à-dire que tout le sucre ait été transformé) et que la bouteille résiste à la pression. S’il reste du sucre et que la température est suffisante, la fermentation continuera en bouteille et le niveau d’alcool et de CO2 continuera d’augmenter. Vous ne voulez pas que votre petit neveu soit défiguré (ou pire, saoul) après avoir laissé la bouteille de votre limonade maison trois jours dans sa chambre.

Le petit Kevin dégustant de la limonade de 4 jours

De manière générale, toute bouteille qui a contenu un liquide fermenté peut être réutilisée à cette même fin. Personnellement, j’aime les bouteilles de Hopus qui ont un bouchon mécanique. Par contre, évitez les bouteilles Ikea qui, malgré leur design, ne supporteront pas la pression induite par la fermentation d’un liquide. Je recycle aussi des bouteilles de 75cl de bière sur lesquelles j’ai ajouté un bouchon mécanique via une lamelle en alu (système moyennement pratique pour être honnête).

Ça fonctionne pour une Ginger Beer de trois jours mais je ne ferais pas de longues fermentations dedans

Je n’ai jamais eu d’explosion de bouteilles (quelques geysers à l’ouverture par contre) mais par prudence, stockez-les dans une caisse pendant la fermentation en bouteille et gardez au frigo celles qui sont prêtes. Les Bottle Bombs peuvent être vraiment dangereuses !

Ginger Beer

Très facile, c’est une des premières recettes que j’ai tenté. Eau, sucre, gingembre, citron et levure directement dans la bouteille, trois jours plus tard, on peut déguster !

J’ai choisi la première recette montrée dans la vidéo ci-dessus, utilisant de la levure de boulanger. Elle est facile, rapide et nécessite peu de matériel (le barboteur du pauvre ici consiste à ouvrir régulièrement la bouteille). La boisson finale est peu alcoolisée (vu la courte fermentation) mais rafraîchissante. Très bon avec un peu de rhum.

Un ami, grand fan de Ginger Beer, a choisi la deuxième méthode de la vidéo. Il cultive les levures naturelles du gingembre pour faire un Ginger Bug (un starter qui peut aussi être utilisé comme source de levure pour des sodas) et fait fermenter le tout dans une tourie de 15 litres. Contenant plus de sucres et fermentant plus longtemps, la boisson pourra atteindre environ les 5° d’alcool.

Pour les grandes soifs

En fonction du temps et du matériel disponibles ainsi que de votre motivation, à vous de voir quelle méthode vous préférez. J’ai régulièrement dû faire face à des geysers de Ginger Beer à l’ouverture, à ouvrir prudemment !

Bière

Il existe de nombreuses façons de faire de la bière. Une bonne manière d’approcher le brassage sans trop de matériel est d’utiliser un extrait de malt « pré-brassé ». J’ai testé un kit de chez Brewferm commandé sur internet pour faire 12 litres de bière à la cerise.

Vous recevez une grande boite de conserve contenant le malt et les arômes sous forme de mélasse à réchauffer et à mélanger avec de l’eau. On ajoute du sucre et de la levure et on laisse fermenter une bonne semaine dans une cuve avant d’embouteiller. J’avais la chance d’avoir déjà une cuve en plastique mais il existe des kits pour une quarantaine d’euros comprenant tout ce qu’il faut.

La bière est actuellement en cours de deuxième fermentation en bouteille. Je ne peux donc pas encore commenter le résultat (un brassage précédent avait donné une bière honorable) mais le processus est assez amusant et formateur.

Avant que les puristes ne me tombent dessus (« c’est pas un vrai brassage », etc), le but de ces kits est de découvrir le brassage avec du matériel simple. Il existe aussi des kits « tout-grain » contenant tous les ingrédients séparés. Plus techniques et nécessitant plus de matériel mais encore plus gratifiants, je réserve ça pour la prochaine pandémie ! Il est évidemment possible d’acheter les ingrédients séparément mais c’est moins économique si on ne fait pas des volumes conséquents. Les kits permettent aussi de tester facilement différentes recettes.

Hard Kombucha

Boisson à la mode chez les hippies et les blogueuses mode (je vous laisse décider dans quelle catégorie je me trouve), le Kombucha est du thé fermenté donnant une boisson pétillante au goût légèrement vinaigré. Pour démarrer la fermentation, il faut une mère de Kombucha ou, au minimum, un peu de Kombucha non-pasteurisé (car contient les bactéries et levures nécessaires) à mélanger avec du thé sucré.

Une semaine de fermentation à l’air libre et puis 2, 3 jours en bouteille pour le rendre pétillant (en ajoutant éventuellement un peu de fruit pour l’aromatiser).

Goûtez-moi donc ce Kombucha au piment d’Espelette

Le Kombucha n’est pas naturellement alcoolisé, les levures tolèrent assez mal l’alcool et s’arrêtent rapidement (on parle de 0,5 – 1°). J’expérimente donc la fabrication de Kombucha alcoolisé ou Hard Kombucha. Pour cela, Il faut ajouter plus de sucre et des levures tolérantes à de plus hauts degrés d’alcool pour permettre une deuxième fermentation. J’ai acheté en ligne de la levure sèche EC-1118 servant aux champagnes qui tolère jusqu’à 16° d’alcool (je ne monte évidemment pas jusque-là). On utilise un barboteur pour cette deuxième fermentation et favoriser, ainsi, une fermentation alcoolique (et non la fermentation acétique du kombucha qui ferait du vinaigre). Après 2, 3 semaines, refermentation en bouteilles fermées pour le rendre pétillant.

Je n’ai pas l’équipement nécessaire pour calculer le degré d’alcool mais après 15 jours de refermentation, le goût d’alcool est très marqué (même un peu trop sans doute). Encore un peu de R&D est nécessaire pour l’aromatiser à condition d’aimer le Kombucha à la base, bien entendu.

Vin de confiture de fraise

Maintenant, on arrive dans les boissons se rapprochant dangereusement de l’alcool de prison (merci à /r/PrisonHooch pour l’inspiration).

N’étant pas consommateur de confiture mais ayant de la famille qui pense le contraire, mon frigo est envahi de bocaux de concentré de sucre aux fruits. Heureusement, internet ne m’a pas déçu en me donnant une méthode pour transformer la confiture en vin de fruit ! On mélange de la confiture et de l’eau, on laisse infuser deux semaines en bouteille fermée (en entre-ouvrant régulièrement pour laisser échapper le CO2) pour démarrer une fermentation.

Confiture à la fraise, après une semaine

On filtre ensuite le mélange, on ajoute des levures à champagne (vu que j’en ai sous la main mais ce n’est pas obligatoire si la fermentation a bien commencé naturellement) et on remet quelques semaines avec un barboteur. J’en suis toujours à cette phase mais les premiers tests de goût (indispensables) sont prometteurs. La troisième phase sera d’embouteiller et de laisser vieillir +/- longtemps à la cave pour clarifier le liquide.

Et après ?

J’ai trouvé toutes ces expériences très intéressantes et amusantes. Il existe encore énormément de boissons à explorer (hydromel, cidre, vins de fruits,…). Chaque pays possède ses spécialités fermentées (le Tepache mexicain avec de l’ananas,…). Arriver à normaliser un résultat encore très variable d’une fermentation à l’autre serait également souhaitable. À l’inverse d’un résultat prédictible, les levures sauvages présentes dans l’air ou les fruits ouvrent la porte à de nombreuses expérimentations.

Je ne parle que de la fermentation alcoolique mais il en existe d’autres (fermentation lactique pour faire de la choucroute ou acétique pour faire du vinaigre, par exemple). Si le sujet vous intéresse, je vous recommande le livre The Art of Fermentation dont la fermentation alcoolique n’est le sujet que d’un des nombreux chapitres. Si vous n’êtes pas branché lecture, Cooked est une série de quatre documentaires sur la nourriture dont les deux derniers épisodes sont au sujet de la fermentation.

Enlever le DRM Adobe sous Linux

samedi 2 mai 2020 à 11:32

En cette période de confinement, voilà une bonne occasion de s’attaquer à la pile de livres « à lire » à coté de la table de chevet. Ou encore mieux, pourquoi ne pas ajouter encore plus de livres ?

Que ce soit via un achat (par exemple sur Librel) ou une location dans une bibliothèque en ligne (par exemple Lirtuel), les livres sont malheureusement très souvent protégés verrouillées par des DRMs. En général, j’évite d’acheter des livres avec DRM mais les temps étant ce qu’ils sont, je change un peu mes habitudes… Voyons donc aujourd’hui comment faire sauter le DRM d’Adobe et obtenir un livre « propre ». S’il existe de nombreuses méthodes utilisant Windows, il n’a pas été facile d’en trouver une fonctionnant sous Linux. Avertissement : il faudra mettre les mains dans le cambouis !

Photo par Aubrey Rose Odom sur Unsplash

Voici la procédure de l’achat à la lecture d’un epub une fois tout configuré:

  1. après achat, vous récupérez un fichier URLLink.acsm
  2. vous ouvrez ce lien dans Adobe Digital Edition pour télécharger le véritable epub (mais protégé)
  3. vous ajoutez l’epub protégé dans Calibre (qui fera sauter le verrou)
  4. vous transférez l’epub sur votre liseuse

La première étape est d’installer Adobe Digital Edition (ADE) sous Linux, ce qui va nécessiter Wine avec des librairies 32 bits. Pour cela, je me réfère à ces instructions trouvées sur reddit expliquant l’installation sous Archlinux :

$ sudo pacman -S wine winetricks lib32-gnutls samba
$ WINEPREFIX="$HOME/.wine32" WINEARCH=win32 wine wineboot
$ WINEPREFIX="$HOME/.wine32" winetricks corefonts dotnet40
$ WINEPREFIX="$HOME/.wine32" WINEARCH=win32 wine ADE_4.5_Installer.exe
$ WINEPREFIX="$HOME/.wine32" winetricks ddr=gdi

Les commandes ci-dessus, vont, dans l’ordre :

Vous pouvez désormais ouvrir les fichiers URLLink.acsm avec Adobe Digital Edition (testé avec ADE 4.5.11).

Le livre devrait ainsi être lisible depuis ADE. Il faut maintenant installer le plugin DeDRM de Apprentice Alf pour Calibre.

  1. Installez Calibre via votre package manager préféré (mais vous devriez déjà l’avoir pour gérer votre bibliothèque d’ebook)
  2. Téléchargez la dernière version de DeDRM Tools (testé avec la 6.7.0)
  3. Allez dans Preferences > Plug-ins > Load plug-in from file et choisissez le DeDRM_Plugin.zip téléchargé
N’oubliez pas les enfants : les DRM détruisent la culture

Il faudra maintenant configurer le plug-in pour qu’il récupère les clefs de déchiffrement qui se trouvent dans votre dossier d’ADE sous Wine. Si ces plug-ins peuvent être installés sous Linux et peuvent fonctionner avec Wine, il faudra cependant installer les versions Windows de Python 2.7 et PyCrypto pour que les scripts de DeDRM puissent fonctionner. N’oubliez pas de télécharger la version pour Python 2.7 32 bits de PyCrypto (testé avec PyCrypto 2.6) :

$ WINEPREFIX="$HOME/.wine32" winetricks python27
$ WINEPREFIX="$HOME/.wine32" wine pycrypto-2.6.win32-py2.7.exe

Cela fait, en retournant dans les paramètres de Calibre, vous pouvez aller sur Customize plug-in > Adobe Digital Editions ebooks. Dans le champ WINEPREFIX, indiquez $HOME/.wine32/. En cliquant sur l’icône verte +, le plug-in devrait trouver vos clefs privées et ressembler à ceci :

Si l’entrée default_key est bien créée, vous devriez être au bout de vos peines.

Après l’installation d’ADE, un dossier My Digital Editions a dû être créé dans votre dossier HOME contenant les différents EPUBs protégés. Importez ces livres dans Calibre comme n’importe quel livre et miracle, ils devraient être convertis et désormais lisibles normalement !

Vous pouvez maintenant transférer le livre sur votre liseuse ou autre appareil.

Pour rappel, convertir un fichier dûment acheté dans un autre format n’est pas illégal (par contre, si vous le publiez sur un site de torrent, ce n’est pas la même chose). Si vous louez un livre sur une bibliothèque en ligne, ne convertissez que les livres que vous lisez réellement : les livres sont achetés avec une licence permettant un nombre limité de « prêts », ne soyez pas égoïstes.

Bonne lecture !

L’état du libre dans les téléphones – 2020

mercredi 25 mars 2020 à 16:27

En 2012, j’écrivais un article « L’état du libre dans les téléphones » . On était encore à l’époque où Apple dominait le marché des smartphones et Mozilla présentait feu-Boot2Gecko. C’était un beau bordel avec une série d’acteurs qui essayaient de rattraper le train en marche après s’être rendu compte du potentiel des smartphones. Je concluais l’article par un triste :

Je pense qu’aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative suffisamment mature à Android et il est donc toujours le meilleur calcul.

Mais 8 ans plus tard, la situation est sûrement meilleure non ? N’est-ce pas ? …

La quête d’un OS libre pour téléphone

De mon article de 2012, la plupart des projets expérimentaux sont morts ou en voie de garage. Plus de Firefox OS, plus de Meego, Tizen relégué aux montres de Samsung et WebOS sur les frigos de LG. Faisons un rapide tour du paysage des OS +/- libres pour téléphone en 2020.

Android

Android étant maintenant ultra-majoritaire avec 70-80% de part de marché, la bonne nouvelle est que Linux s’est enfin imposé comme noyau sur la majorité des appareils dans le monde ! Cependant, un noyau libre ne sert à rien si l’enrobage est rance. Android a également attrapé les travers d’Apple. Le Play Store est toujours plus cadenassé, plus aucune application préinstallée n’est open source, surveillance à gogo. Le Don’t Evil était encore un slogan en 2012 mais n’est aujourd’hui plus qu’un lointain souvenir.

Comme Framasoft le dit si bien, il est temps de se dégoogliser !

LineageOS

LineageOS est le fork de CyanogenMod, lui-même fork d’Android. Malgré une histoire un peu difficile suite à la fermeture de CyanogenMod par manque de rentabilité en 2016, LineageOS continue son bout de chemin. Il reste, aujourd’hui, la meilleure alternative si on veut un Android sans la dépendance à Google sur un téléphone grand public ou maintenir à jour un téléphone dont le constructeur aura lâchement abandonné le support après 4 mois.

Après 6 mois d’utilisation, en lançant 3 applications en parallèle

/e/ et Replicant

Choisir un nom impossible à chercher sur un moteur de recherche est sans doute une volonté pour un projet se voulant respectueux de la vie privée… /e/ est un dérivé d’Android (ou de LineageOS plus exactement) se focalisant sur la vie privée et l’open source. La plupart des services Made in Google ont été remplacés par des alternatives libres (CardDAV pour la synchronisation des contacts, etc.). Il est même possible d’acheter un téléphone reconditionné avec /e/ préinstallé.

Replicant se base également sur LineageOS pour offrir une version sans aucun composant propriétaire. Il est, entre autres, supporté par la Free Software Foundation qui les héberge. Alors que /e/ est encore en développement actif, je parlais déjà de Replicant il y a 8 ans. Si /e/ se veut une solution clef en main fonctionnant avec le plus d’appareils possibles, Replicant ne supporte aucun driver non-libre, ce qui rend la liste d’appareils supportés beaucoup plus restreinte.

Notez qu’il existe toujours une myriade d’autres projets +/- libres avec +/- d’appareils compatibles.

Sailfish OS

Sailfish OS est le système développé par la société finlandaise Jolla. Il utilise Mer Core comme base. C’est-à-dire que Mer sert de middleware entre le matériel et l’OS. Si votre appareil supporte Mer, vous pourrez faire tourner Sailfish OS. Je ne dis pas que ça sera facile mais vous ne devrez pas écrire de driver…

Si Sailfish OS met en avant son coté alternatif et son esprit open source, le complètement libre ne semble pas non plus au rendez-vous. Le modèle est assez similaire à celui d’Android : la société Jolla assemble les composants libres, y ajoute son interface et quelques composants propriétaires (comme par exemple une couche de compatibilité permettant de faire tourner les applications Android sur Sailfish OS). Si elle a produit des téléphones à une époque, Jolla essaye pour l’instant de vendre son OS pour les appareils compatibles (des Sony Xperia). Il existe une série d’appareils alternatifs avec des ports +/- fonctionnels.

En vert libre, en mauve propriétaire

Ubuntu Touch

Canonical a abandonné l’idée d’un Ubuntu sur smartphone en 2017. Heureusement, une communauté de motivés l’a repris via UBports. Il existe quelques appareils sur lesquels il est possible d’installer un Ubuntu 16.04 (oui ça date un peu) et de profiter d’un véritable Linux avec toute sa flexibilité.

postmarketOS

Lors de la rédaction de cet article, le certificat SSL du site de postmarketOS avait expiré, symptomatique du monde des projets expérimentaux de smartphone libre portés surtout par des volontaires avec peu de moyens. Pourtant, postmarketOS semble toujours bien actif. Avec plus d’une centaine d’appareils compatibles (c’est-à-dire pouvant démarrer l’OS, pour ce qui est du support du Wifi ou Bluetooth, c’est beaucoup plus aléatoire), il y a de quoi s’amuser.

Dans un esprit très Linux, ils proposent un micro-système (10MB) basé sur Alpine Linux sur lequel on installe les packages voulus. Libre à vous de faire tourner les programmes voulus. L’idée de cette approche modulaire est de facilement proposer une image pour de nouveaux appareils et de les maintenir à jour (un gros problème sur les appareils Android avec les téléphones ne recevant plus de mise à jour système après seulement quelques mois).

À la recherche d’un système réellement libre

PureOS/Librem

PureOS est le système développé par la société Purism et vise les appareils Librem, dont le récent téléphone (expérimental) Librem 5. Il se base sur Debian et est un système de type convergence (comme Ubuntu Touch, branchez un clavier et un écran pour transformer le téléphone en PC) avec une interface GNOME.

L’approche de Purisme vise l’open source et la sécurité à tous prix. Composants et logiciels ouverts avec kill switches matériels. ArsTechnica a écrit un article le mois passé à son sujet. C’est encore à l’état de prototype (pas moyen de passer un appel) mais cela vise les hackers voulant tester un appareil réellement libre. La liberté ayant un coût, comptez aujourd’hui 749$ pour un prototype et 1999$ pour le même appareil fabriqué entièrement aux États-Unis (plutôt qu’en Chine). Les livraisons se font par petits batchs tous les quelques mois, un batch étant une amélioration de l’appareil livré précédemment. On n’est pas encore à un appareil utilisable par le grand public mais on s’en approche.

Je peux compiler Gentoo là- dessus ?

PinePhone

Si Purism voulait tout maîtriser, du matériel au logiciel, Pine64 ne produit que le matériel. Après avoir produit le portable PineBook, la montre PineTime, la tablette PineTab et autres, ils s’attaquent au téléphone avec le PinePhone. Beaucoup plus abordable, pour 149$ vous pouvez obtenir la version BraveHeart qui est un smartphone… sans OS. A vous d’installer l’un des ports expérimentaux d’un des systèmes possibles (Ubuntu Touch, Sailfish OS,…). A réserver aux bidouilleurs avertis.

Si vous êtes curieux sur les différences entre Librem 5 et PinePhone en termes de composants, je vous conseille cet article : Yet Another Librem 5 and PinePhone comparison.

Conclusion

Est-ce que la situation est mieux qu’en 2012 ? Oui et non. L’écosystème est on ne peut plus occupé par le duopole Android et iOS qui totalisent 99% du marché. Autant dire qu’aucune alternative n’a percé et, aujourd’hui, je ne m’attends pas à ce qu’une arrive à court terme.

D’un autre coté, les projets de systèmes libres se démocratisent. En 2012, il fallait avoir un Samsung ou HP pour espérer créer un nouvel OS viable (et viable est un grand mot vu le résultat). Aujourd’hui, Purism arrive à lever plus de 2 millions de dollars en 60 jours pour produire un appareil ouvert de A-Z.

Si tous ces projets sont encore très expérimentaux (il suffit de regarder cette vidéo de comparaison de différents OS pour se rendre compte qu’il reste du boulot), ils ont le mérite d’exister. C’est beau de voir qu’il y a des gens qui se donnent du mal pour sortir du merdier dans lequel on se trouve.

En 2030, je prédis SteamOS majoritaire

Et j’utilise quoi alors ?

Une des problématiques que je n’aborde pas dans cet article (se focalisant sur les systèmes d’exploitation) mais essentielle est la couche applicative. A mon grand malheur, me priver aujourd’hui d’applications comme WhatsApp n’est quasi plus possible si je ne veux pas me couper de mon cercle social. Et convaincre mon entourage à passer sur Signal ne réglera pas le problème vu que toutes ces applications populaires ne fonctionnent que sur l’un des deux OS. Le système que l’on utilisera dépendra de ses habitudes et des concessions que l’on est prêt à faire. Dans mon cas, une compatibilité minimale avec les applications Android est encore nécessaire aujourd’hui.

Mais finalement, est-ce que le système d’exploitation est vraiment le seul problème ? A quoi bon avoir un téléphone 100% libre si l’on exploite des ouvriers chinois en épuisant les mines de cobalt pour produire un nouvel appareil tous les 18 mois ? Une société comme FairPhone proposant un téléphone produit de façon éthique et assurant une réparabilité de l’appareil est tout autant essentielle.

A quoi bon avoir un téléphone 100% libre si c’est pour passer son temps sur les applications voleuses d’attention comme savent si bien le faire les réseaux sociaux ? A une époque où l’on prône la déconnexion, pourquoi pas un téléphone avec des choix radicaux comme le Hisense A5 (testé par Ploum) avec son écran e-ink ?

Je n’ai pas de conseil sur ce que vous devriez utiliser si ce n’est de tirer un maximum du téléphone que vous possédez déjà (et de le faire réparer lorsque que l’écran cassera). Lorsque mon téléphone actuel, arrivant bravement sur ses 3 ans, décédera, je verrai quel appareil conviendra à mes besoins. Mes besoins à ce moment-là, en trouvant un équilibre entre liberté logicielle, respect de l’environnement et me permettant de maintenir les liens sociaux. Mais j’espère que ce choix ne se présentera pas trop vite…

Anki et l’apprentissage par répétition espacée

mardi 17 décembre 2019 à 11:49

J’apprends actuellement l’Espagnol (me gustan las manzanas !). Un des outils que j’utilise est Anki.

Anki est un logiciel (libre bien sûr) de flashcards fonctionnant sur le principe de répétition espacée. ¿Qué es eso?

Sexy, non ?

Imaginons que vous voulez devenir un champion de Trivial Pursuit au noël de l’an prochain et enfin battre Tonton Roger, vous avez un an pour mémoriser les 400 cartes du jeux ! À raison de 6 questions par carte, on peut penser que mémoriser 2400 questions/réponses est impossible. La façon naïve serait d’en étudier 10 le premier jour, 20 le deuxième, 30 le troisième,.. et d’espérer ne pas exploser après 2 semaines (ce qui est bien entendu illusoire). La répétition espacée veut prouver que c’est possible via une autre technique :

Exemple :

Je répète : « Sur quel continent vit le kinkajou ? »

Cela peut paraître un peu compliqué mais le logiciel gère pour vous la fréquence des rappels. Au début, les cartes sont rappelées régulièrement et puis de moins en moins souvent (dans 1 jour et puis dans 3, 7, 14, 30,… jours). Tant que l’on se souvient d’un terme, les rappels s’espacent de plus en plus. Si l’on oublie un terme, il retourne en phase d’apprentissage et sera à nouveau demandé fréquemment. De cette façon, on revoit régulièrement les cartes avec lesquelles on a le plus de difficultés et plus rarement, les plus faciles.

Le calcul des rappels se base sur le principe de la courbe de l’oubli qui explique comment une information est oubliée au cours du temps et identifie l’effet des rappels.

Avec le temps, les rappels peuvent être de plus en plus espacés

L’intérêt de l’utilisation d’Anki pour la mémoire à long terme est expliqué en long et en large dans l’article Augmenting Long-term Memory. Si l’on doit ne retenir qu’une chose de cet article (que je vous recommande), ce serait qu’Anki fait en sorte que la mémorisation d’une information devienne un choix.

Pour donner une anecdote, Roger Craig s’est entraîné avec Anki pour mémoriser toutes les questions de Jeopardy (la version américaine de Qui Veut Gagner des Millions) ce qui lui a permis de battre le record de la plus grosse somme gagnée en une partie. Si cet exemple est un peu extrême (le mérite ne revient pas qu’au logiciel), il montre néanmoins la force de la méthode.

Anki est intéressant pour les étudiants qui doivent mémoriser d’énormes quantités d’informations (il y a même des subreddits dédiés, par exemple /r/medicalschoolanki).

Anki est un logiciel très puissant truffé d’options dont vous n’aurez probablement pas besoin (et que je ne connais pas). Vous pouvez intégrer des formules en LaTex, ajouter des images, des sons et modifier le style des cartes avec de l’HTML, CSS et même du JavaScript (non pas que vous devriez…) !

Je suppose que c’est une fonctionnalité…

Pour ceux qui ne savent/veulent pas coder, Anki fonctionne également avec des modules communautaires. Un thème sombre, des jolies stats, un jeu de stratégie intégré ? Il existe des modules pour faire tout cela ! Gardez en tête qu’en important des cartes ou extensions inconnues, vous installez potentiellement du code malveillant. Même si je n’ai jamais entendu parler de ransomware utilisant Anki, c’est techniquement possible…

Le logiciel est compatible avec toute plateforme et smartphone et se synchronise sur les serveurs d’Anki. Pratique pour créer un deck sur un pc et le réviser sur son téléphone. Contrairement au logiciel, le code du serveur est non-libre mais il existe une implémentation non-officielle pour ceux qui ne veulent pas héberger leur decks coquins sur les serveurs d’Anki.

Personnellement, je travaille avec deux decks : un pour l’espagnol et un « fourre-tout » dans lequel j’ajoute des raccourcis clavier (comment sortir de vim), des fonctions python (cf Chasing 10X: How Anki Saved My Software Career); j’ai même importé le répertoire de mon boulot pour ne plus oublier le prénom de mes collègues (je ne sais pas si je dois être fier de celui-là ou pas…).

– Et donc, tu revois ces cartes tous les matins et tu mémoriseras la recette rapidement !
– Je t’ai déjà dit que si tu voulais une tarte, tu peux la faire toi-même

J’approche des 1000 cartes après deux mois d’utilisation et il est assez agréable de voir le nombre de cartes « matures » (le terme utilisé par Anki pour nommer les cartes qu’il considère comme apprises) augmenter au cours des jours.

Mes sessions de rappel Anki ne durent que quelques minutes le matin mais certaines personnes travaillent avec plusieurs énormes decks et passent plus d’une heure à revoir des centaines de cartes tous les jours. La difficulté sera de trier ce qui vaut réellement la peine d’être mémorisé. Certains recommandent d’utiliser l’application dès qu’ils ont un moment de libre (en attendant le bus) mais personnellement, je préfère le faire quand je suis au calme, sans distraction (le matin en buvant mon café par exemple).

Si utiliser un deck écrit par un autre peut vous sembler plus facile, je recommande fortement de créer le vôtre avec les informations que vous désirez mémoriser, cela sera beaucoup plus efficace.

Je compte passer les prochains mois à tester les différentes possibilités qu’Anki offre en terme de personnalisation. J’écrirai éventuellement un article additionnel avec mes trouvailles intéressantes.

Sauver un GnuPG corrompu

vendredi 29 novembre 2019 à 11:25

Note de service : still alive, blog mis à jour et on va essayer d’y poster un peu plus en 2020…

Ces derniers jours, j’ai remarqué qu’un processus GnuPG prenait inhabituellement beaucoup de temps et CPU.

htop-gpg

Une commande gpg --list-keys semblait tourner en boucle pendant de longues minutes.

Avec un peu de recherche, je comprends que j’avais importé une clef victime de l’attaque de spam de signature GnuPG annoncée il y a quelques mois.

$ ls -lh ~/.gnupg/pubring.gpg

... 33M ...

Une (ou plusieurs) clef a été signée des centaines de milliers de fois, rendant le système inutilisable. Une attaque simple mais pourtant assez difficile à régler pour des raisons peu rassurantes:

Why Hasn’t It Been Fixed?

There are powerful technical and social factors inhibiting further keyserver development.

The software is Byzantine. The standard keyserver software is called SKS, for « Synchronizing Key Server ». A bright fellow named Yaron Minsky devised a brilliant algorithm that could do reconciliations very quickly. It became the keystone of his Ph.D thesis, and he wrote SKS originally as a proof of concept of his idea. It’s written in an unusual programming language called OCaml, and in a fairly idiosyncratic dialect of it at that. This is of course no problem for a proof of concept meant to support a Ph.D thesis, but for software that’s deployed in the field it makes maintenance quite difficult. Not only do we need to be bright enough to understand an algorithm that’s literally someone’s Ph.D thesis, but we need expertise in obscure programming languages and strange programming customs.
[…]

On utilise donc un proof-of-concept comme serveur de clef GPG et personne ne sait exactement comment il fonctionne. Joie.

gpg –list-keys

Solution

La solution la plus simple serait évidemment de supprimer l’ensemble du répertoire ~/.gnupg et de recommencer. Si, pour de bonnes raisons, cette solution ne vous plaît pas, il nous faudra identifier la ou les clefs problématiques et les supprimer.

Attention, toutes les commandes ci-dessous sont très lentes (une quinzaine de minute chez moi) ! Pensez à prendre un café…

D’abord, identifier la clef problématique :

$ gpg --export | gpg --list-packets | awk -F= -v oldoff=-1 -v keyid=unset '
/^# off=/{ off = $2 + 0 }
/^:public key/{ if (oldoff>-1) { print (off - oldoff) " " keyid }; oldoff = off; keyid = "unset"; }
/keyid:/ {if (keyid == "unset") { keyid = $1; } }
END { print (off - oldoff) " " keyid ; };' | sort -n
...
18420  keyid: D9C4D26D0E604491
19724  keyid: 4A95E75A1354AAF0
15874931  keyid: DB1187B9DD5F693B
15923848  keyid: 4E2C6E8793298290

La (grande) commande bash ci-dessous vous listera vos clefs avec la taille de celles-ci. Les deux dernières avec une taille à 8 chiffres sont les clefs problématiques.

Si l’on veut les garder (au cas où), vous pouvez les exporter en plaintext (ce qui donne un fichier de 21MB pour la clef ci-dessous)

$ gpg -a --export 'DB1187B9DD5F693B' > badkey.asc

Mais, il y a de bonnes chances que vous désiriez plutôt les supprimer.

$ gpg --delete-key 'DB1187B9DD5F693B'
gpg (GnuPG) 2.2.17; Copyright (C) 2019 Free Software Foundation, Inc.
This is free software: you are free to change and redistribute it.
There is NO WARRANTY, to the extent permitted by law.


pub  rsa4096/DB1187B9DD5F693B 2015-01-17 Patrick Brunschwig 

Delete this key from the keyring? (y/N) y
gpg: removing stale lockfile (created by 598252)

Après la suppression des clefs problématiques, tout devrait rentrer dans l’ordre !

Source des commandes : Mitigating Poisoned PGP Certificates (CVE-2019-13050)