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Situation alarmante à l’annexe psychiatrique de Lantin

lundi 19 février 2018 à 08:18

Depuis plusieurs mois, les détenus de l’annexe psychiatrique de Lantin sont privés de soins adéquats. La Commission de surveillance de Lantin dénonce une situation particulièrement préoccupante.

Les autorités ont été interpellées par la Commission mais n’ont pas donné suite à cette alerte. La Commission a donc choisi de s’exprimer publiquement sur la situation actuelle. Un appel relayé par le journal Le Soir, en libre accès.

« Sous-effectif à tous les étages, retards dans le traitement des dossiers, détenus en surpopulation, en particulier à l’annexe psychiatrique : la prison de Lantin est dans un état préoccupant » s’inquiète la Commission de surveillance.

C’est avant tout le « manque criant de personnel soignant à l’annexe psychiatrique » qui est dénoncé, et le manque de soins adéquats des détenus qui en résulte. Le droit à la santé est pourtant assuré tant pour les détenus que pour les internés par la législation belge.

Les médecins opérant à Lantin ont dénoncé des conditions de travail qui ne cessent de se dégrader. Avec une équipe réduite, « décimée », ils ne sont plus capables d’assurer une prise en charge correcte des internés. Aujourd’hui, ils sont quatre psychiatres, pour cinq demi-journées de consultation par semaine, sans psychologue ni infirmière psychiatrique. Un encadrement largement insuffisant pour suivre près de cinquante détenus présents à l’annexe.

La convention conclue entre le SPF Justice et le service psychiatrique de l’hôpital de la Citadelle a donc été rompue. Le préavis arrivera à échéance au mois d’avril.

En plus d’un personnel soignant en sous-effectif, c’est aussi le staff administratif de la prison qui est réduit, pointe la Commission, suite à la décision de non-remplacement des départs. Ce qui entraine un retard dans le suivi des dossiers, et donc, un retard dans les prises de décisions.

 

« Un leurre de sécurité et un obstacle à la réinsertion sociale »

 

En outre, la Commission de surveillance souligne que la population de ces annexes ne cesse d’augmenter, mais que « la plupart des détenus de l’annexe psychiatrique n’ont rien à y faire ». Fin 2017, ils étaient 49 au sein de l’annexe. Pourtant, seulement 6 d’entre eux étaient en observation judiciaire, soit la seule raison pour se retrouver en annexe psychiatrique. Les autres internés étaient pour la plupart en attente de placement en EDS, aujourd’hui complétement saturés. Sept cas restant se retrouvaient dans cette section car « jugés ingérables dans les autres départements de la prison ». 

La Commission dénonce cette situation, relevant d’une totale aberration, qui « illustre une fois de plus l’échec de notre stratégie carcérale actuelle et de sa politique sécuritaire, la prison étant non seulement un leurre de sécurité mais également un réel obstacle à la réinsertion sociale ». Elle plaide pour la mise en place de sanctions hors des murs, pour « des plans de réinsertion individualisés, des peines alternatives, des prisons ouvertes, des maisons de transition ou des centres psychiatriques spécialisés ».

Enfin, la Commission rappelle que la situation alarmante que connaissent les annexes psychiatriques et les soins de santé est régulièrement dénoncée. Notamment par l’OIP dans sa notice (pages 199 et suivantes), mais également par le CPT et par le récent rapport du KCE, entre autres.

« Nous implorons une analyse urgente de la situation, pour débloquer les fonds nécessaires à une prise en charge professionnelle de tels détenus, sinon à leur libération provisoire pour raison médicale avec une hospitalisation en milieu psychiatrique pour les cas qui le requièrent », conclut la Commission.

Grève dans les prisons: changeons de paradigme !

vendredi 2 février 2018 à 21:07

Le 15 janvier 2018, quatre organisations syndicales de surveillants de prison (CGSP, ACOD, CSC et ACV) annonçaient des actions en front commun pour protester contre leurs conditions de travail. Dans un premier temps, les agents s’engageaient, du 29 janvier au 1er février, à repousser de deux heures leur prise de service, puis à mener une action de 32 heures du 1er au 3 février 1. La Belgique s’apprête-t-elle à revivre la situation de 2016 ?

Une grève sans précédent des agents pénitentiaires débutait le 25 avril 2016 pour durer deux mois. Les agents revendiquaient l’abandon total de l’économie de 10% en personnel, le respect du cadre fixé pour le nombre d’agents ainsi que la reconnaissance de la pénibilité de leur travail.

Le ministre leur proposa un protocole prévoyant notamment le recrutement de 480 personnes statuaires, le gel de toute économie en matière de personnel en 2016, l’octroi d’une prime de flexibilité au personnel des établissements qui applique la nouvelle méthode de travail, la réduction de la surpopulation carcérale à 10.000 détenus et l’amélioration de l’infrastructure pénitentiaire2.

De leur côté, les détenus ont saisi les juridictions qui ont ordonné à l’Etat belge de leur procurer trois repas par jour dont un chaud, l’accès aux douches un jour sur deux, l’accès au téléphone un jour sur deux, une promenade au préau d’une heure par jour, deux visites familiales par semaine ainsi que deux jours de visite par semaine pour les avocats et commission de surveillance des prisons3. Il ne s’agit pas d’une faveur mais d’une exigence absolue pour respecter la dignité des détenus.

Pourtant, les prisons belges sont les seules dans l’Union européenne à ne pas garantir de service minimum en cas de grève des agents. Depuis plus de douze ans, le Comité de prévention de la torture et les ONG nationales invitent l’Etat belge à mettre en place un service garanti en milieu pénitentiaire mais les nombreuses négociations entre les autorités belges et l’ensemble des syndicats pénitentiaires n’ont jamais abouti.

Aujourd’hui, les syndicats reprochent au ministre Koen Geens ainsi qu’au gouvernement fédéral de ne même pas avoir respecté le protocole de mai 2016, notamment concernant le recrutement d’agents. Il semble évident que les conditions de travail des agents sont extrêmement compliquées et que la réalité du terrain semble ne pas être entendue. Pourtant, le malaise des détenus et celui des agents se rejoignent et s’alimentent l’un l’autre. Alors que les détenus subissent déjà la punition à chaque instant, ils apparaissent comme les premières victimes de ces mouvements de grève car dans une situation de dépendance complète par rapport aux agents. En étant l’objet des revendications syndicales afin de faire pression sur l’administration, ils se retrouvent privés à nouveau de droits.

L’OIP section belge affirmait dans sa notice 2016 : « Il n’est plus à démontrer que les grèves frappant les établissements pénitentiaires entraînent des atteintes inacceptables aux droits des personnes détenues qui, lors de la cessation de travail des agents, sont soumises à un régime de détention restrictif exceptionnel et attentatoire à la dignité humaine »4.

Rien n’empêche de prendre des mesures pour instaurer un service garanti tout en respectant les droits et libertés du personnel pénitentiaire.

Dans une interview cette semaine, Nicolas Cohen, co-président de l’OIP, exprimait que « malheureusement, tant la politique concernant les agents que celle concernant les détenus ne sont pas pensées en termes de lien social mais uniquement en terme d’enfermement et de sécurité »5.

Et si nous sortions du paradigme sécuritaire et punitif ? Et si nous ouvrions les portes et nous soutenions le contact humain ? Il s’agirait alors de changer en amont la mentalité carcérale, de penser des modes de revendication respectueux des droits de chacun.

Les prisons françaises en ébullition

jeudi 25 janvier 2018 à 22:21

Depuis près de deux semaines, les prisons françaises sont touchées par un mouvement de ras-le-bol des personnels pénitentiaires d’une ampleur rare. Ce jeudi 25 janvier 116 des 188 établissements étaient touchés, bloqués à des degrés divers par des surveillants qui n’ont pas le droit de grève mais peuvent s’opposer aux extractions, aux parloirs, aux promenades, bref compliquer encore la vie des détenus pour défendre leurs droits.

Ainsi la section française de l’OIP a fait état jeudi d’un premier recours déposé par un détenu du centre de Moulins-Yzeure (centre de la France) qui n’a pas pu prendre de douche « depuis neuf jours » ou eu droit à des promenades.

Dans un contexte de surpopulation carcérale, ces mouvements ont bel et bien de multiples conséquences directes sur les détenus. Ils nous rappellent ceux survenus en Belgique pour lesquels l’OIP s’était déjà prononcé au sein de la notice 2016 : «L’OIP comprend les revendications légitimes du personnel pénitentiaire mais ne peut admettre les flagrantes violations des droits de l’Homme et des droits de la défense qui se produisent lors de chaque grève dans les prisons. À l’instar du CPT […] l’OIP dénonce l’absence de service garanti en prison »

 

Vers un service de renseignement antiterroriste propre aux prisons ?

dimanche 14 janvier 2018 à 21:39

Depuis les attentats de Charlie Hebdo et les arrestations de Verviers en janvier 2015, la question du terrorisme et de la radicalisation en prison est revenue au cœur des débats. Et les événements dramatiques qui ont suivi l’ont installée durablement sur le devant de la scène.

Surpopulation, conditions de détention défavorables, précarité, isolement, absence de perspectives à la sortie, … autant de facteurs qui peuvent expliquer, sans la cautionner, la radicalisation d’un détenu.

Pour lutter contre ce phénomène à long terme, le gouvernement s’était penché sur un plan d’action relatif à la gestion des détenus radicaux ou en voie de radicalisation.

Outre les très nombreuses mises sous régime de sécurité particulière décidées pour des cas individuels dans l’ensemble des prisons, les détenus liés à la problématique et présentant selon l’administration un profil de dangerosité nécessitant un régime de sécurité adapté, ont été rassemblés dans deux ailes nouvellement ouvertes, une à Hasselt et l’autre à Ittre.

Cette option était cependant tout à fait critiquable tant sur le plan économique que sur le plan humain : risque de stigmatisation des détenus considérés comme « dangereux », maintien dans cet étiquetage, notion de dangerosité floue et fluctuante entraînant un risque d’arbitraire, renforcement du sentiment de crainte auprès des agents pénitentiaires, isolement encore plus fort de ces détenus, et donc renforcement à terme des convictions radicales1.

La France a mis en place il y a un an un service de renseignement centré sur son système pénitentiaire, baptisé Bureau central du renseignement pénitentiaire (BCRP). Bien que les agents du service n’entrent jamais en contact direct avec les prisonniers, ils recueillent toutes les informations utiles à la lutte contre le terrorisme, le grand banditisme et les tentatives d’évasion.

Un tel service n’existe pas actuellement en Belgique, mais l’Administration pénitentiaire n’exclut pas qu’il puisse voir le jour. Selon sa porte-parole Kathleen Van De Vijver, l’administration « étudie actuellement la possibilité d’introduire un tel système ». « Nous devons peser le pour et le contre, mais cela nous semble certainement être une option », a-t-elle indiqué.

Selon les experts, un tel système serait beaucoup plus efficace que les mesures actuelles contre la radicalisation dans les prisons (telles que les quartiers fermés), jugées contre-productives2.

L’OIP déplore le fait qu’encore aujourd’hui, et malgré les mises en garde par les professionnels, l’accent soit mis sur l’isolement et la stigmatisation des détenus étiquetés « radicalisés », sans qu’aucune mesure effective ne soit prise pour permettre un suivi et une déradicalisation de ces détenus.

 

Surpopulation à la prison de Saint-Gilles: La commission de surveillance interpelle le ministre

jeudi 4 janvier 2018 à 17:51

Ce 4 janvier 2018 la commission de surveillance de la prison de Saint-Gilles a adressé une lettre au ministre de la Justice.

La commission dénonce l’état de surpopulation particulièrement critique à la prison de St Gilles : près de 900 détenus pour une capacité moyenne de 587 places.

La commission dénonce également le sous-financement criant de la prison de Saint-Gilles, qui entraîne à la fois des conditions de vie indignes pour les détenus et des conditions de travail particulièrement difficiles pour les agents pénitentiaires.

L’OIP soutient cette demande adressée au ministre de la Justice pour qu’il prenne des mesures urgentes pour remédier à cette situation inacceptable.