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Les cartes bancaires sans contact et la confidentialité des données

jeudi 16 novembre 2017 à 14:40

Le paiement sans contact est une fonction disponible sur plus de 60% des cartes bancaires en circulation. Les données bancaires étant des éléments sensibles, elles doivent naturellement être protégées.

Est-ce vraiment le cas ?

Evolution du paiement sans contact

Cette fonctionnalité est apparue en France aux alentours de 2012. Depuis, elle n’a cessé de se développer. Selon le GIE Cartes bancaires, 44,9 millions de cartes bancaires sans contact étaient en circulation en septembre 2017, soit 68% du parc français.

données GIE Bancaire sur l'usage des cartes sans contact
(source : GIE Cartes Bancaires)

Dans son bilan 2016 (PDF, page 11), ce même GIE déclare que 605 millions de paiements ont été réalisés via du sans contact. Si ce chiffre semble énorme, l’évolution de ce dernier l’est encore plus : +158% de paiements par rapport à 2015, et la tendance ne faiblit pas.

Le paiement sans contact est fait pour des petites transactions, celles de « la vie quotidienne », le montant des échanges étant plafonné à maximum 30€ depuis octobre 2017.

Fonctionnement du paiement sans contact

Le principe est relativement simple, la personne détentrice d’une carte sans contact souhaite payer sa transaction (inférieure à 30€ donc), elle pose sa carte à quelques centimètres du terminal de paiement sans contact et « paf », c’est réglé.

Le paiement sans contact est basé sur la technologie NFC, ou Near Field Communication (communication en champ proche) via une puce et un circuit faisant office d’antenne, intégrés à la carte bancaire.

Le NFC est caractérisé par sa distance de communication, qui ne dépasse pas 10 cm avec du matériel conventionnel. Les fréquences utilisées par les cartes sans contact sont de l’ordre de la haute fréquence (13,56 MHz) et peuvent utiliser des protocoles de chiffrement et d’authentification. Le pass Navigo, les récents permis de conduire ou certains titres d’identité récents utilisent par exemple de la NFC.

Si la technique vous intéresse, je vous invite à lire en détail les normes ISO-14443A standard et la norme ISO 7816, partie 4.

Paiement sans contact et données personnelles

On va résumer simplement le problème : il n’y a pas de phase d’authentification ni de chiffrement total des données. En clair, cela signifie que des informations relativement sensibles se promènent, en clair, sur un morceau de plastique.

De nombreuses démonstrations existent çà et là, vous pouvez également trouver des applications pour mobile qui vous permettent de récupérer les informations non chiffrées (votre téléphone doit être compatible NFC pour réaliser l’opération).

exemple application lecture carte bancaire

Pour réaliser l’opération, avec du matériel conventionnel, il faut être maximum à quelques centimètres de la carte sans contact, ce qui limite fortement le potentiel d’attaque et interdit, de fait, une « industrialisation » de ces dernières.

Cependant, avec du matériel plus précis, plus puissant et plus onéreux, il est possible de récupérer les données de la carte jusqu’à 1,5 mètre et même plus avec du matériel spécifique et encore plus onéreux (il est question d’une portée d’environ 15 mètres avec ce genre de matériel). Un attaquant doté de ce type d’équipement peut récupérer une liste assez impressionnante de cartes, puisqu’elles sont de plus en plus présentes… problématique non ?

En 2012, le constat était plus alarmant qu’aujourd’hui, puisqu’il était possible de récupérer le nom du détenteur de la carte, son numéro de carte, sa date d’expiration, l’historique de ses transactions et les données de la bande magnétique de la carte bancaire.

En 2017… il est toujours possible de récupérer le numéro de la carte, la date d’expiration de cette dernière et, parfois, l’historique des transactions, mais nous y reviendrons.

Que dit la CNIL sur le sujet ?

J’ai demandé à la CNIL s’il fallait considérer le numéro de carte bancaire comme étant une donnée à caractère personnel, sans réponse pour le moment. J’éditerai cet article lorsque la réponse arrivera.

Si le numéro de carte bancaire est une donnée à caractère personnel, alors le fait qu’il soit disponible, et stocké en clair, me semble problématique, cela ne semble pas vraiment respecter la loi informatique et libertés.

En 2013, cette même CNIL a émis des recommandations à destination des organismes bancaires, en rappelant par exemple l’article 32 et l’article 38 de la loi informatique et libertés. Les porteurs de carte doivent, entre autres, être informés de la présence du sans contact et doivent pouvoir refuser cette technologie.

Les paiements sans contact sont appréciés des utilisateurs car ils sont simples, il suffit de passer sa carte sur le lecteur. Ils sont préférés aux paiements en liquide et certains vont même jusqu’à déclarer que « le liquide finira par disparaître dans quelques années ». Son usage massif fait que votre organisme bancaire vous connaît mieux, il peut maintenant voir les paiements qui lui échappaient avant, lorsque ces derniers étaient en liquide.

La CNIL s’est également alarmée, dès 2012, des données transmises en clair par les cartes en circulation à l’époque. Ainsi, il n’est plus possible de lire le nom du porteur de la carte, ni, normalement, de récupérer l’historique des transactions… ce dernier point étant discutable dans la mesure où, pas plus tard que la semaine dernière, j’ai pu le faire avec une carte émise en 2014.

Comme expliqué précédemment, il est encore possible aujourd’hui de récupérer le numéro de carte ainsi que la date d’expiration de cette dernière.

Dans le scénario d’une attaque ciblée contre un individu, obtenir son nom n’est pas compliqué. Le CVV – les trois chiffres indiqués au dos de la carte – peut être forcé, il n’existe que 1000 combinaisons possibles, allant de 000 à 999.

Si la CNIL a constaté des améliorations, elle n’est pas rassurée pour autant. En 2013, elle invitait les acteurs du secteur bancaire à mettre à niveau leurs mesures de sécurité pour garantir que les données bancaires ne puissent pas être collectées ni exploitées par des tiers.

Elle espère que ce secteur suivra les différentes recommandations émises [PDF, page 3], notamment par l’Observatoire de la Sécurité des Cartes de Paiement, quant à la protection et au chiffrement des échanges. Les premières recommandations datent de 2007 [PDF], mais malheureusement, dix ans après, très peu de choses ont été entreprises pour protéger efficacement les données bancaires présentes dans les cartes sans contact.

S’il existe des techniques pour restreindre voire empêcher la récupération des données bancaires via le sans contact, le résultat n’est toujours pas satisfaisant, le numéro de carte est toujours stocké en clair et lisible aisément, les solutions ne garantissent ni un niveau de protection adéquat, ni une protection permanente.

Une solution consiste à « enfermer » sa carte dans un étui qui bloque les fréquences utilisées par le NFC. Tant que la carte est dans son étui, pas de risques… mais pour payer, il faut bien sortir ladite carte, donc problème.

L’autre solution, plus « directe », consiste à trouer – physiquement – sa carte au bon endroit pour mettre le circuit de la carte hors service. Attention cependant, votre carte bancaire n’est généralement pas votre propriété, vous louez cette dernière à votre banque, il est normalement interdit de détériorer le bien de votre banque.

DCP ou pas DCP ?

J’en parlais précédemment : est-ce que le numéro de carte bancaire constitue à lui seul une donnée à caractère personnel, ou DCP ?

Cela semble un point de détail mais je pense que c’est assez important en réalité. Si c’est effectivement une DCP, alors le numéro de carte bancaire doit, au même titre que les autres DCP, bénéficier d’un niveau de protection adéquat, exigence qui n’est actuellement pas satisfaite.

Si vous avez la réponse, n’hésitez pas à me contacter ou à me donner quelques références.