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iwd, le daemon Wi-Fi qu’il vous faut

lundi 3 août 2020 à 07:00

Il y a quelques jours j’ai découvert iwd (iNet wireless daemon) grâce à Présentation des Wireless Daemon sous Linux chez Linux Embedded que je vous invite à lire, iwd vise à remplacer wpa_supplicant.

Je l’ai installé dans la foulée, en temps normal j’aurais attendu plusieurs mois avant de vous faire un retour mais après un effet waouh, j’ai décidé de faire une exception. Concrètement les performances Wi-Fi sont carrément meilleures et la connexion au réseau bien plus rapide. Avant j’attendais de longues secondes pour que mon pc portable se connecte au Wi-Fi alors que je suis à 2 mètres de la box, maintenant j’ouvre la session, je suis connecté. Je suis passé de 6 Mb/s à 60 Mb/s. Je ne reviendrais en arrière pour rien au monde.

Installation

Si vous pouvez, vraiment testez-le mais auparavant consultez ici si iwd est compatible avec votre version de Network Manager (si vous l’utilisez) ainsi que le changelog de iwd par rapport à la version disponible sur votre distrib.

Pour ne rien gâcher il est extrêmement simple de tester, explications pour Debian Bullseye. On commence par sudo apt install iwd ensuite on édite sudo nano /etc/NetworkManager/NetworkManager.conf en ajoutant ceci à la fin.

[device]
wifi.backend=iwd

On désactive le service wpa_supplicant sudo systemctl mask --now wpa_supplicant et on restart NetworkManager sudo systemctl restart NetworkManager. Vous devriez avoir une demande de mot de passe pour le Wi-Fi sur lequel vous êtes, vous validez. Un petit reboot éventuellement pour tester dans des conditions idéales. La procédure chez Debian est ici.

Si vous souhaitez revenir en arrière, enlevez les lignes ajoutées dans /etc/NetworkManager/NetworkManager.conf, sudo systemctl unmask wpa_supplicant, sudo systemctl start wpa_supplicant puis sudo systemctl restart NetworkManager et enfin sudo apt remove iwd.

Le futur !

iwd est en version 1.8 actuellement, prometteur et activement maintenu. Si vous voulez en savoir plus, je vous recommande la documentation Arch et l’article de LWN.

Les petites infos – 6

samedi 11 juillet 2020 à 10:30

Pas de vacances pour le partage.

Ian

Ian Murdock est le fondateur du projet Debian, il est mort à 42 ans le 28/12/2015. Je vous invite à lire Comment j’en suis venu à découvrir Linux, par Ian Murdock sur LinuxFr.org.

Je m’étais noté de me pencher sur les circonstances de sa mort : Debian founder Ian Murdock killed himself, Le fondateur du projet Debian Ian Murdock est mort par suicide.

La désillusion d’une start-up de l’économie circulaire

Sur Linkedin, tout le bullshit d’une start-up pour commencer mais si on s’accroche les 5 premières minutes, on découvre un article fort intéressant sur le recyclage et l’environnemental.

Achat d’une voiture hybride rechargeable

Le Hollandais Volant a fait une série de 3 articles sur son achat, je vous recommande particulièrement le premier : Achat d’une voiture hybride rechargeable : c’est quoi et pourquoi ?

WireGuard vs OpenVPN

Oui je sais, c’est en Anglais mais ça passe très bien sur DeepL par exemple. Toujours le site restoreprivacy.com, un bon point sur les différences entre WireGuard et OpenVPN.

toutemonannee.com

Je suis toujours surpris de croiser des sites comme TouteMonAnnée.com. Tout le monde devrait connaître, devrait en parler, ouais rien que ça. On est devant une de ces perles rares qui rappellent qu’il n’y a pas que des sites de merde sur le net avec dark patterns, voracité de vos données personnelles, pub partout…

Je l’ai découvert la semaine dernière, la Maîtresse de mon fils a tenu un blog cette année, je m’étais noté de regarder ce qu’elle utilisait. Rien qu’à la page d’accueil tu sens la qualité du travail. Il s’agit d’un E.N.T entièrement gratuit pour les écoles, enseignants et familles qui propose : Journal de classe, cahier de texte, cahier de liaison, calendrier, médiathèque. Ces quelques mots ne rendent pas justice au site donc cliquez.

Charte de confiance, RGPD, données en France (OVH et Microsoft Azure), site très beau et agréable à utiliser. Tous mes feux sont au vert et en plus je n’ai rien de négatif à en dire (bon ok Microsoft Azure). Mais alors comment ça marche si c’est gratuit, où est la carotte ? Simple ils utilisent le fait qu’une majorité de parents va sortir la CB pour acheter un livre photos de leur(s) bambin(s) car ne nous leurrons pas, les parents qui vont s’y connecter vont surtout vouloir regarder et récupérer des photos ^^

Le business est donc clair et respectueux, vous n’êtes absolument pas obligés d’acheter le livre photos et grâce à cela un service gratuit « inventé, fabriqué et hébergé en France », « soutenu par la région Bretagne » et une application sur Google Play et l’App Store sont disponibles.

J’ai trouvé également ici de quoi me rassurer sur l’entreprise derrière. Feu vert !

Enable Sysadmin

Ne vous inquiétez pas, j’ai votre dose de Linux ! Red Hat a la bonne idée de proposer « a community publication that publishes guides, how-tos, tutorials, explainers, tips and tricks, and more » à destination des sysadmins. Le site principal, le flux RSS et même la possibilité de recevoir par mail. Je le suis depuis 3 semaines, pas mal, un à deux articles par jour, ça se lit bien et vite, j’ai apprécié récemment : Manage containers in namespaces by using nsenter, socat.

Article dans la série 'LCE, Les Curiosités Électroniques' : LCE : vous connaisez Rob Dougan ?

mercredi 8 juillet 2020 à 18:26

Bonsoir, et bienvenue dans #LCE, Les Curiosités Électroniques.

Dites, vous connaissez Rob Dougan ?

Bien sûr que vous connaissez Rob Dougan. Vous le connaissez, au minimum si vous avez vu le film Matrix. Car le compositeur australien connaît la renommée internationale en 1999, lorsque son titre Clubbed to death apparaît dans le film des sœurs Watchowski. Plus précisément dans la scène de la femme en robe rouge :

(https://youtube.com/watch?v=uxat0lJqdCc)

La version qui illustre cette scène est en fait la Kurayamino variation (du japonnais 暗闇 の, kurayami no : de l’obscurité). La version originale est bien moins connue et s’intitule Clubbed to death (The first mix) :

(youtube.com/watch?v=WselVi1lca).

Ce morceau connaîtra une tripotée de sorties sur différents labels et un nombre conséquents de remixes plus ou moins bien réussis et originaux. Parmi ceux-ci, on en trouve 2 du groupe Cassius, ici sous le pseudo La Funk Mob, et qui expérimentent les premiers embryons de ce qui deviendra plus tard la French touch (et oui, c’est promis, un jour, j’en parle) :

(https://pt.diaspodon.fr/videos/watch/aeb5128e-6a7e-4e22-bce7-9693a5bf813b)

 

Quant à la Kurayamino variation je n’ai trouvé aucune explication sur ce à quoi ce nom de version pouvait faire référence. Un élément d’explication pourrait se trouver sur un maxi très rare de Clubbed to death — qui contient le non moins très rare remix 2 de Tom Middleton — sur lequel on peut lire : « Inspired by Yasunari Kawabata, Yasujiro Ozu and Ryuchi Sakamoto » :

Photo du disque vinyl Clubbed to death qui contient le remix 2 de Tom Middleton
On peut lire, dans les crédit : « Inspired by Yasunari Kawabata, Yasujiro Ozu and Ryuchi Sakamoto »

Yasunari Kawabata est un écrivain japonais, prix Nobel de littérature en 1968. Yasujirō Ozu est un réalisateur japonnais de films. et Ryūichi Sakamoto est un musicien, compositeur, producteur et acteur japonais (merci, Wikipédia). Mais revenons en arrière : lorsque Clubbed to death sort, Rob Dougan n’est pas un inconnu du tout et a déjà connu le succès avec le titre Hard times en duo avec la chanteuse Colette sorti en 1994 :

(youtube.com/watch?v=aJ83poHs7T)

Ce titre connaîtra une re-sortie en 1997 dans une version plus eurodance, sous le pseudo Rimbaud, cette fois avec la chanteuse Sabrina Johnston. Toujours en 1994, Rob Dougan sort en duo avec le DJ anglais Roland Armstrong (dit Rollo), le morceau Hold that sucker down, sous le nom O.T. Quartet :

(youtube.com/watch?v=Czsi6QmyOj)

Ce titre fera également un carton, notamment dans les raves naissantes. Il sera également repris 14 plus tard par le DJ français David Vendetta :

(youtube.com/watch?v=Rz3Cbyn4ye)

La même année que la sortie de Matrix, Rob Dougan sort son premier album, Furious angels, dont certains titres très orchestraux préfigurent la direction artistique que prendra plus tard la carrière du compositeur australien. Cet album contient notamment le titre éponyme dont une version raccourci me sera utilisée au début du film Matrix reloaded :

(youtube.com/watch?v=dXUUfzz0Dl)

Il composera également Château spécialement une scène de combat de ce film qui se déroule… Dans un château :

(https://youtube.com/watch?v=3WfR87K5zW8)

À partir de la fin des années 90, Rob Dougan a une relation très étroite avec le cinéma. Outre la série Matrix, son morceau Clubbed to death est apparu dans les films Clubbed to death (Lola) avec Élodie Bouchez, en 1997, l’épisode Retour de flamme de la série Alerte Cobra et dans la bande-annonce de Blade: Trinity. Le titre I’m not driving anymore apparaît également sur la B.O du film Driven avec Stallone, en 2001 :

(youtube.com/watch?v=7iw4bynBYL)

Toujours en 2001, son remix pour Moby du titre Porcelain apparaît dans le film 15 minutes avec Robert de Niro :

(youtube.com/watch?v=NGErYP7v0B)

En 2005, so titre One and the same apparaît sur la B.O. du film One perfect day ¯crédité dans une version remixée que je ne connais pas et sur laquelle je n’ai pas réussi à mettre la main, ce qui m’intrigue — et ainsi de suite. Rob Dougan ne sortira aucun titre entre 2003 — date de sortie d’une version augmentée de son album Furious angels avec les version instrumentales — et 2015, date à laquelle il revient avec le maxi  The 22nd sunday in ordinary time sessions. À ce moment, sa carrière a pris une direction radicalement différent, laissant derrière lui le mélange de beats trip-hops et d’orchestrations pour des titres purement orchestraux, proches de la musique dite « classique ».

Voilà, c’est tout pour cette (très) brève histoire de la musique électronique. Sur ce, je vous laisse avec un morceau qui n’a rien à voir : D.H.S. — The house of god (1991 Original italian remix) :

(youtube.com/watch?v=9se7eLWHUw)

RemoteCommand en SSH

dimanche 28 juin 2020 à 07:00

On va parler aujourd’hui de SSH et de certains usages avancés.

Lancer une commande sur une machine distante

Quelques exemples.

ssh serveur.domaine.net 'cat /etc/hostname'
ssh serveur.domaine.net 'systemctl restart nginx'
ssh -t serveur.domaine.net 'journalctl -f'
ssh -t serveur.domaine.net 'tail -f /var/log/syslog'
ssh -t serveur.domaine.net 'htop'
ssh -t virtualisation.domaine.net 'virsh console dns1'
ssh -t virtualisation.domaine.net 'virsh console dns1; bash -l'
cat ~/Config/bashrc_serveur | ssh serveur.domaine.net 'cat >> ~/.bashrc' OU ssh serveur.domaine.net 'cat >> ~/.bashrc' < ~/Config/bashrc_serveur
ssh 192.168.3.10 'bash -s' < script.sh

Sur mon Pi j’ai alias temp='/opt/vc/bin/vcgencmd measure_temp' afin de connaître sa température, pour lancer un alias d’une machine distante :
ssh -t pi bash -ic 'temp'

Pour lancer une fonction de mon poste local sur une machine distante : ssh serveur.domaine.net "$(typeset -f getinfo); getinfo /etc/hostname"

Sources :
https://www.cyberciti.biz/faq/linux-unix-osx-bsd-ssh-run-command-on-remote-machine-server/
https://www.cyberciti.biz/faq/use-bash-aliases-ssh-based-session/
https://stackoverflow.com/questions/22107610/shell-script-run-function-from-script-over-ssh

RemoteCommand dans ssh_config

OpenSSH 7.6 publié le 03/10/2017 apporte l’option RemoteCommand : Specifies a command to execute on the remote machine after successfully connecting to the server. man ssh_config puis /RemoteCommand. Elle permet de lancer des commandes qui seront exécutées à la connexion, on peut s’en servir pour mettre en place une sorte d’environnement de travail par défaut.

Se placer automatiquement dans le dossier voulu.

RemoteCommand cd /data/production; bash -l
RequestTTY yes

Lancer un screen à la connexion.

RemoteCommand screen -DR
RequestTTY yes

Parfois on se connecte sur certaines machines pour y effectuer toujours la même action/vérification.

RemoteCommand htop; bash -l
RequestTTY yes

Pour se connecter ainsi ssh serveur, voici un exemple de ~/.ssh/config.

Host serveur
        Hostname serveur.domaine.net
        Port 2222
        IdentityFile ~/.ssh/id_ed25519_serveur
        RemoteCommand clear; bash -l
        RequestTTY yes

Cannot execute command-line and remote command

Un problème important que vous allez rencontrer si vous utilisez RemoteCommand dans ~/.ssh/config (ou /etc/ssh/ssh_config), lancez ssh serveur 'commande' et vous aurez le message : Cannot execute command-line and remote command. Il n’est pas possible d’utiliser en même temps RemoteCommand ET lancer une commande sur une machine distante en SSH.

Pour se sortir de ce problème, on va employer l’option Match (man ssh_config puis /Match).

Host serveur
        Hostname serveur.domaine.net
        Port 2222
        IdentityFile ~/.ssh/id_ed25519_serveur
        Match host serveur.domaine.net exec "[[ $(ps h o args p $PPID | wc -w) -eq 2 ]]"
            RemoteCommand clear; bash -l
            RequestTTY yes

Pas le truc le plus simple mais élégant et astucieux, trouvé ici. Sur le même principe, on aurait pu également utiliser Match exec "[[ $(ps -p $PPID -o args=) == 'ssh serveur' ]]", ça aidera le lecteur à comprendre ce que font ces lignes de commande ^^

À noter donc que si vous ajoutez une option supplémentaire, exemple ssh -6 serveur (-6 : Forces ssh to use IPv6 addresses only) alors les conditions Match exec ci-dessus ne sont plus vraies.

Usages

RemoteCommand screen -DR pour les commandes/tâches longues, RemoteCommand cd /data/production; bash -l pour se placer dans le bon dossier, RemoteCommand clear; bash -l pour effacer le contenu du terminal (attention tout message à la connexion comme le motd ou « WARNING: REMOTE HOST IDENTIFICATION HAS CHANGED! » ne sera alors plus visible, assez mauvais d’un point de vue sécurité), le panel des possibilités est large.

Les commentaires sont ouverts, je réponds aux questions.

La misère sexuelle n’existe pas

samedi 20 juin 2020 à 19:23

Note préliminaire : les commentaires sont fermés parce que j’ai commencé à recevoir des commentaires de mascus me traitant de fragile. Sauf qu’en fait, votre avis, je m’en cogne, je sais pas comment vous expliquer… Si vous avez quelque-chose à répondre à ce billet, ouvrez votre propre blog, y’a plein de tutos sur les internets. Pour des vrais mecs comme vous, un peu de ligne de commande ne devrait pas trop vous effrayer.

 

Il y a environ 2 ans, je fêtais tout juste mon 28ᵉ anniversaire. C’est également l’époque où, en France, on entendait parler des incels, à la suite de l’attaque terroriste de 2018 à Toronto. Le terroriste, Alek Massanian, se revendiquait de ces communautés misogynes d’hommes persuadés d’être des mecs trop gentils et que cette gentillesse les empêche d’atteindre le bonheur absolu représenté par la vie en couple, les femmes étant indubitablement attirées par les sales types.

Ces hommes, persuadés d’être des victimes du féminisme s’imaginent que la libération sexuelle est à l’origine de leur malheur en permettant aux « Chads » de séduire toutes les « Stacys ». Si vous vous demandez qui sont les Chads et les Stacy, sachez de ce sont des stéréotypes n’ayant aucune existence réelle. Les incels se figurent les hommes comme appartenant à 2 catégories : ceux qui séduisent et ceux qui sont trop gentils. Persuadé que les femmes qu’ils convoitent sont irrémédiablement attirés par des salops — incapables qu’ils sont de se figurer les femmes comme des sujets conscients ayant une pensée propre — ils s’imaginent comme les grands perdants d’une société dans laquelle la gentillesse est un handicap.

Pour remédier à leur situation, ils souhaitent une révolution conservatrice pour remettre au cœur de la société les valeurs du mariage pour la vie et de la monogamie. Ces hommes ont une vision fantasmée de la société des années 50, en somme. Ils sont persuadés qu’à l’origine de la fin de cette espèce d’âge d’or amoureux, il y a le féminisme qui a engendré la libération sexuelle et permis aux femmes qu’ils convoitent, les « Stacys », de se mettre en couple sans entrave avec les « Chads ».

Schéma issu d'un forum incels décrivant comment ils s'imginent l'état des relation de copuple avant et après la révolution sexuelle. Avant, chaque homme est avec une et une seule femme, après presque toutes les femmes convoitent un groupe restraint d'hommes
Voici une image issue d’un forum incels montrant comment ils se représentent l’état des relations de couple avant et après la révolution sexuelle.

Ces hommes, persuadés d’êtres des victimes du féminisme sont en fait un pur produit du patriarcat. Ils sont le produit d’une société qui valorise un stéréotype d’homme séducteur et assimile les femmes à des récompenses pour les efforts fournis. De fait, tout homme hétéro qui n’arrive pas à s’identifier à ce stéréotype cours le risque de perdre toute confiance et se pose lui-même des handicaps dans sa relation aux autres, particulièrement sa relation aux femmes.

Si je vous raconte ça, c’est parce qu’il y a 2 ans, je rencontrais la femme avec laquelle je suis en couple aujourd’hui. La première que j’ai embrassée. La première avec laquelle j’ai fait l’amour.

Je suis resté vierge jusqu’à 28 ans. Et je peux vous dire que, dans une société patriarcale, qui valorise les hommes entreprenants, qui enchaînent les « conquêtes féminines », qui valorise les « Chads », c’est une situation extrêmement difficile à vivre pour un homme hétérosexuel. C’est une réalité que j’ai cachée très longtemps. Bien que je n’aie aucun doute que mon entourage le plus proche se doutât bien de la chose.

Si je vous raconte tout ça, c’est parce que je comprends ce que vivent les incels et je comprends ce qui les amène à voir le monde d’une façon aussi déformée et stéréotypée.

J’aurais pu en devenir un. C’est une vision du monde à laquelle j’ai moi-même adhéré un temps. J’ai, moi aussi, été un jour persuadé d’être trop gentil. J’ai, moi aussi, cru que les femmes préfèrent les mauvais garçons, ceux qui les font souffrir. Et j’aurais pu devenir aussi misogyne qu’eux. Les incels me tendent aujourd’hui un miroir dans lequel il n’est pas agréable de me regarder. Un miroir qui me fait comprendre à quel point je suis, moi aussi, un pur produit du patriarcat.

Si je vous raconte ça, c’est parce que je comprends la frustration que ressentent ces hommes.

Mais devinez quoi : la frustration n’est pas une circonstance atténuante. La misère sexuelle n’existe pas, car le sexe n’est pas un besoin vital. Un besoin vital est un besoin qui nécessite d’être satisfait pour rester en vie. Comme boire, manger, pisser et chier. Si le sexe était un besoin vital, je n’aurais pas pu survivre à mes 28 années d’abstinence. Et pourtant j’ai survécu et je n’ai jamais agressé sexuellement qui que ce soit. En fait, rien ne justifie un viol, une agression sexuelle ou un féminicide. Particulièrement pas la frustration sexuelle.

La frustration est une sensation extrêmement désagréable, je le concède. J’en ai moi-même fait l’amère et longue expérience. Mais c’est une sensation que l’on apprend pourtant à apprivoiser pendant l’enfance. Une personne qui ne sait pas contrôler sa frustration et qui cède à la colère dès qu’elle se manifeste est une personne qui n’a jamais passé le cap de l’enfance. Les agresseurs sexuels sont des enfants. Les violeurs sont des enfants. Des enfants capricieux qui n’acceptent pas qu’on leur dise non. Sauf qu’eux ne se roulent pas par terre en pleurant dans le magasin. Ils font pire. Et ça détruit des vies.

Que se serait-il passé, si je m’étais trouvé à Toronto le 23 avril 2018 ou à Isla Vista, le 23 mai 2014, au bras de la femme que j’aime ? Aurais-je moi-même été considéré comme un « Chad », moi, l’homme en surpoids geek, introverti et atteint d’un TDA/H ? Aurais-je été moi aussi abattu pour être en couple, quand bien-même je fais objectivement partie du stéréotype d’hommes dont les tueurs prétendent défendre les intérêts ?

Cet article est très difficile pour moi à écrire. Car c’est de loin le sujet le plus personnel que j’ai pu aborder sur ce blog et c’est un sujet qui m’a complexé depuis le tout début de l’adolescence. J’ai en tête de l’écrire depuis 2 ans et il m’a fallu tout ce temps pour trouver le courage de le faire. Seulement je considère que c’est un sujet grave et qu’il ne concerne pas que moi. Peut-être que si nous, les hommes hétéros cessions d’entretenir le silence sur la réalité de notre vie sexuelle et amoureuse, si nous étions plus nombreux à parler avec franchise de nos échecs, de nos difficultés à jouer le jeu de la séduction, si nous étions plus nombreux à avouer notre manque de confiance en nous, les choses iraient mieux. Et peut-être, si j’avais eu plus de modèles d’hommes ayant démarré leur vie sexuelle et amoureuse au-delà de 25 ans, j’aurais eu plus confiance en moi et je me serais moins fait de mal.

Je pense qu’il est temps pour nous, les hommes hétéros de cesser de valoriser ce stéréotype de masculinité triomphante et de vouloir nous identifier à lui. Un modèle qui est, certes extrêmement toxique pour les femmes, mais également très toxique pour beaucoup d’entre nous aussi. Car combien sommes-nous vraiment à réussir à s’identifier à ce modèle ? Et combien sommes-nous à souffrir de ne pas réussir à atteindre cet idéal fantasmé ?

C’est pour ça que je fais le choix aujourd’hui de me mettre à nu ici. Voilà. C’est moi : Augier, 30 ans, geek, petit, gros, complexé et puceau jusqu’à l’âge de 28 ans. Mais c’est aussi moi : Augier, nounours, curieux, câlin, heureux, entouré d’amis fabuleux et d’une chérie formidable.

Cette contribution est probablement brouillonne. Et très certainement insuffisante. Les mots sont peut-être maladroits et mal choisis. Mais j’estime aujourd’hui nécessaire pour moi de l’écrire. De tenter de faire ma part. De tenter d’être un allié de la lutte contre le patriarcat.

 

PS : j’ai reçu des remarques de personnes que la phrase « La misère sexuelle n’existe pas, car le sexe n’est pas un besoin vital » ont fait tiquer, m’indiquant que, si, le sexe est vital pour la survie de l’espèce. Soyons clairs : évidemment, à l’échelle de l’espèce tout entière, le sexe est un besoin vital pour sa perpétuation. Mais ce n’est pas un problème en soi, car le sexe consensuel reproductif est très courant à une telle échelle. Sauf que cette règle — vraie à cette échelle — n’est absolument pas généralisable à n’importe quel sous-groupe, quelle que soit sa taille. En particulier pas à l’échelle individuelle. Si c’était le cas, on observerait que les personnes n’ayant aucune activité sexuelle au cours de leur vie ont une espérance de vie plus courte que les autres. Or, ce n’est pas ce qu’on observe. En particulier, il existe, dans l’espèce humaine, des personnes asexuelles et/ou a-romantiques qui ne pratiquent aucune activité sexuelle tout au long de leur vie sans que ça ne leur pose le moindre problème de santé. Donc non, le sexe n’est toujours pas un besoin nécessaire à la survie des individus.

D’autres personnes m’ont fait remarquer que le manque d’affection et le rejet provoquent l’isolement et la dépression, augmentant considérablement le risques de suicide. Et je suis parfaitement d’accord avec ce constat. Je suis très bien placé pour en parler ! Et c’est un problème de santé publique majeur, c’est évident. Mais, ici aussi : le problème n’est toujours pas le manque de sexe. C’est le manque d’affection. La preuve étant qu’une bonne branlette ne règle pas le problème. Et pourtant, la masturbation aussi, c’est sympa. Le problème ici, c’est encore la pression sociale qui fait que, pour la majorité des gens, ne pas être en couple, ne pas avoir d’activité sexuelle régulière est source de moqueries et de mépris, y compris de sa propre part. C’est ça, qui pose problème. Pas le manque de sexe.

Admettre que la misère sexuelle existe, c’est dans le même mouvement admettre qu’il existe un droit fondamental à l’accès au sexe comme il existe (devait exister ?) un droit fondamental à l’accès à la culture. Et j’ai fondamentalement un problème avec ça car admettre qu’il existe un droit à l’accès au sexe, c’est admettre qu’il est acceptable d’outrepasser le consentement au sexe pour permettre l’accès à ce droit. L’exemple le plus évident, c’est le droit à l’usufruit de son patrimoine — en particulier son argent — qui connaît d’importantes limitations comme les prélèvements obligatoires (impôts, cotisations, etc.) ou l’interdiction et déshériter ses enfants, etc. Et ce, pour permettre d’autres droits comme le droit à certaines infrastructures publiques (bibliothèques, piscines municipales, routes, pont, etc.).

Or, en amour comme en sexe, je considère le consentement de la part de toutes les parties comme la règle d’or.