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Le dessin de Framasoft qui ne passe pas…

mardi 23 juillet 2019 à 09:53

Il y a quelques jours, Framasoft a publié sa charte de modération. Comme attendu, la publication de cette charte a provoqué – comme à chaque fois que Framasoft publie un communiqué officiel, maintenant – un tir nourri de critiques. Ces critiques ont beaucoup affecté des membres de Framasoft que je connais – certaines depuis plusieurs années maintenant – et que j’apprécie, tant pour leur travail que pour leurs qualités humaines. Maïwann, par exemple s’est exprimée sur la question dans un billet nommé Dramasoft.

En plein cœur de cette polémique, un blog que je lis et que j’apprécie a publié un texte qui me semble cristaliser l’essentiel des critiques émises sur un élément du communiqué de Framasoft – son dessin d’illustration – et que j’ai trouvé consternant : Pourquoi j’ai vrillé en voyant le dessin qui accompagnait l’annonce de la charte de Framapiaf…

Je republie ici, pour information, le dessin accompagnant le communiqué :

Le communiqué lui-même est publié ici.

Je trouve, donc, le billet Pourquoi j’ai vrillé… consternant parce que son analyse repose sur des interprétations personnelles discutables, voire carrément des mensongères. Et qu’il le fait pour ajouter son grain de sable dans la vague de Framabashing ambiant. Framabashing qui consiste à sous-entendre, voire carrément affirmer que Framasoft est une association composée uniquement de personnes provenant de groupes sociaux privilégiés et qui contribueraient passivement – voire activement – à l’oppression des LGBTQI+.

Or, comme l’association le rappelait sur son forum et sur Framapiaf récemment, un tiers de ses membres fait partie des LGBTQI+ et, donc, subissent quotidiennement cette oppression. L’auteur ou l’autrice du billet écrit notamment : « deux personnages que l’on peut lire comme masculins » puis : « Sur la droite, surmonté du mot << Après >>, deux autres personnages que l’on peut lire comme un couple hétérosexuel (par leur coiffure et le cœur au-dessus) ».

Il faut savoir que ce dessin est – comme le précise l’article – généré avec GéGé, un générateur de BD reprenant des motifs des dessins de Gee, auteur du blog Grisebouille et membre de Framasoft. Les dessins de Gee ont la particularité d’être simples et de rendre, le plus souvent, le sexe et le genre de ses personnages flous voire indiscernables. Certes, les personnages représentés entre les deux vignettes ne sont pas les mêmes. Et le couple sur la seconde peut ressembler à un couple femme/homme.

Sauf qu’il y a une explication bien plus logique et crédible que la volonté d’invisibiliser les LGBTQI+ que semble sous-entendre le billet. Une explication technique. GéGé ne permet de composer des vignettes qu’avec des dessins préexistants. Il est bien plus probable que les auteurs et autrices du communiqué aient fait avec ce qui était disponible plutôt qu’ils aient eu des arrière-pensées mesquines. Par ailleurs, ces personnages ne sont que ce qu’il et elle sont : des personnages. Rien n’est dit sur leur vie. Il et elle peuvent parfaitement être homo ou trans ou asexuels. Rien ne nous permet d’affirmer le contraire. Présumer de l’hétérosexualité cisgenre de ce couple sur la base de la présence de ce cœur est de la pure mauvaise foi pour appuyer un argumentaire bancal de bout en bout.

Car de mauvaise foi, ce billet – comme beaucoup des attaques contre Framasoft que j’ai pu lire ces derniers jours – en est rempli. Par exemple la partie : « Les << libristes >> considèrent que chacun·e doit décider des messages qu’iel voit sur le Fediverse ». Or les choses sont plus subtiles. Ce groupe social que l’on pourrait qualifier de « libristes » est très loin d’être un groupe homogène. Déjà parce qu’il est aussi composé de personnes LGBTQI+ et, ensuite, parce que même le sous-groupe cishet de cette communauté est traversée de contradictions et de débats politiques, et travaillé par le féminisme et toutes les luttes contre les oppressions.

Ce dessin mérite d’être interprété autrement. Et notamment comme une représentation (assez fidèle, je pense) de certaines positions très caricaturales qui ont pu être prises au cours des quelques dernières semaines où certaines personnes ont effectivement tenté de réduire le débat à une opposition entre ces deux camps en utilisant les termes utilisés dans le dessin (« libriste » et « safiste »).

Les débats récents autour de la modération ont produit des discours intéressants qui m’ont beaucoup fait réfléchir. Elles ont aussi donné des échanges non-constructifs, ridicules, voire foncièrement malsains. Et parmi les personnes qui revendiquent faire partie d’une communauté opprimée et entendent lutter contre les oppressions, j’ai pu en voir lancer des appels au meurtre.

Je pense que ce sont ces échanges-là, cette ambiance-là que le dessin a essayé de capturer.

Sortir des réseaux sociaux

jeudi 18 juillet 2019 à 12:03

J’avais établi une stratégie personnelle de présence sur les réseaux sociaux en début d’année. Le but : reprendre le contrôle de mon attention et de ma concentration vampirisées par une certaine façon d’utiliser internet.

Au final, j’ai fermé mon compte Twitter.

Même en appliquant une politique filtrante assez poussée, je n’étais pas satisfait du résultat. Il faut alors en tirer la conclusion que le réseau social tel qu’il existe aujourd’hui ne me convient pas.

Je crois beaucoup en la décroissance informationnelle (en réponse à l’infobésité donc). Elle libère l’esprit des surcharges inutiles pour mieux se concentrer sur ce qui compte, être en capacité de mobiliser des ressources intellectuelles ensevelies jusqu’alors et de retrouver de l’empathie avec son entourage familiale, professionnelle et son voisinage.

Depuis la fermeture de mon compte, je crois pouvoir dire que j’ai récupéré du temps de cerveau disponible pour ma famille et du temps de concentration pour mon travail, travail qui consistera en partie à la rentrée prochaine à rencontrer des collégiens et des collégiennes pour leur donner deux-trois notions de culture numérique à travers des ateliers pédagogiques. Ces ateliers aborderont la gestion de l’identité virtuelle, des données personnelles sur internet et de la question des fake news en ligne.

On m’a dit qu’il y avait du boulot de ce côté là, je n’en doute pas une seule seconde.

 

Un résumé de l’écologie : Total, l’Afrique et la voiture

lundi 15 juillet 2019 à 21:35

Je vous laisse prendre connaissance de ce savoureux article sur cette belle compagnie qu’est Total et ses agissement dans la région des Grands Lacs africains. L’article parle « d’atteintes graves aux droits humains » : qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Et bien l’article nous l’explique : « menaces et intimidations », « interdiction de cultiver leurs propres terres ». Nier l’existence ou la vie de centaines de gens sur place. Et on ne parle pas des 5 000 espèces sauvages présentes dans la région qui vont adorer voir débarquer les usines et les pipelines.

Rappelons que Total a sorti les violons lors de son éviction du sponsoring des JO 2024 à Paris. Anne Hidalgo a déjà été bien polie de la jouer toute en finesse et en diplomatie avec eux,

Dans le même ton, voici une anecdote personnelle.

J’ai dû prendre ma voiture dernièrement pour faire quelques aller-retours à la campagne à 1h20 de Lyon. Je sors effaré de ces trajets. Je vous explique.

La métropole lyonnaise a changé la vitesse sur le périphérique pour passer à 70 km/h. Puis sur la portion suivante de mon itinéraire, la vitesse officielle passe de 70 à 90 et alterne ensuite entre 110 et 130 km/h. Classique pour une autoroute.

Dernièrement, notre pays a subi une canicule. Lyon, comme la bonne ville polluée qu’elle est, s’est vu touchée par un pic agressif avec 5 jours avec réduction de vitesse de 20 km/h et stationnement gratuit (mais pas les transports en commun, allez comprendre…), y compris sur la portion autoroutière que j’empruntais sur plus de 30 km.

Que ce soit sur le périphérique, sur la jonction autouroutière ou sur l’autoroute, j’ai respecté la baisse de 20km/h demandée. Rien de plus simple avec le régulateur de vitesse. Je crois que nous devions être à peine 10% des voitures à respecter la vitesse demandée par l’alerte pollution. Et encore, je me dis que 10%, c’est une évaluation extrêmement positive de ma part.

Qu’on ne me dise pas que c’est un problème de compréhension : la conscience écologique n’est pas française. Ou alors pour les autres et jamais pour soi.

Ah et je comprends que les possesseurs de SUV à 35 K€ encaissent mal les limites de vitesse, mais ca n’est pas une raison pour envoyer son tank à tout allure sur la voie de gauche. Et puis les phares LED de ces véhicules à la hauteur du rétroviseur central, c’est une trouvaille de génie. Je ne comprends même pas qu’une autorité d’homologation ait validée ça.

Avec ce genre de comportement méprisant et égoïste, l’automobiliste viendra s’étonner (et pleurer ?) dans quelques années de voir sa conduite automatiquement enregistrée et transmise en direct au poste de commandes de la Gendarmerie la plus proche.

Bref, roulez idiot et irresponsable. Ça va bien se passer.

Entre les murs ; un problème de pédagogie

lundi 8 juillet 2019 à 17:37

Je viens de regarder le film Entre les murs, un film français avec dans le rôle titre, François Bégaudeau, un penseur par ailleurs assez intéressant. Le film tente de représenter le quotidien d’enseignants dans un collège dit « difficile ». Le film a été primé à Cannes l’année de sa sortie (et l’année de l’obtention de mon bac) et je trouve qu’il pose des questions assez dérangeantes sur notre système éducatif, tant par lui-même que par la réception qui lui a été faite.

Les raisons d’une palme d’or

La palme d’or du festival de Cannes est un prix qui suscite parfois des controverses. En 2013, le festival récompensait La vie d’Adèle, un film qui avait entousiasmé une grande partie de la presse à l’époque et qui, pourtant, est bien loin d’être considéré uninanimement comme un chef-d’œuvre. Les deux films se ressemblent d’ailleurs beaucoup dans leur procédé de mise en scène (caméra à l’épaule, jeu d’acteur proche du documentaire, rythme lent, absence d’effet de mise en scène au montage). En effet, La vie d’Adèle semble avoir provoqué un rejet presque uniname, à l’époque de sa sortie, de la part de la communauté LGBT, en particulier la communauté lesbienne, que le film est pourtant censé mettre en avant. Basé sur une bande dessinée racontant une histoire tragique, l’adaptation ressemblait plus, au final, à une espèce de fantasme pour mec hétéro cisgenre qu’à un hymne à la tolérence.

Et il était difficile d’imaginer comment il aurait pu en être autrement, le projet étant mené par un homme hétéro cisgenre qui ne semble pas avoir pris grand soin d’inclure l’autrice originale de la BD dans le processus de production, et met en scène deux actrices, elles aussi, hétéros et cisgenres. Bref, alors que le milieu du cinéma louait la subversion de la principale scène de sexe du film, la communauté lesbienne, elle la dénoncait comme pargrotesque.

De la même manière que La vie d’Adèle, le jeu d’acteur d’Entre les murs est approximatif. Si les enfants, à mes yeux s’en sortent bien, de même que François Bégaudeau, tous les rôles secondaires sont aux fraises. En résulte (comme pour La vie d’Adèle) un film qui a le cul coincé entre la fiction et le documentaire et qui le fait sonner faux de bout en bout à la manière d’une série docudrama cheap de France 3.

Bien sûr, les qualités de réalisation se discutent. Et il est fort à parier que le jury du festival de Cannes de l’époque serait en désaccord avec moi. Mais précisément : ça se discute. Et le film ne devient pas automatiquement un chef-d’œuvre parce que le milieu du cinéma en a décidé ainsi.

Et m’est avis que, si le film a obtenu une palme d’or, c’est bien moins pour ses qualités de mise en scène (qui ne propose aucune originalité, comme tente de le montrer mon parallèle avec La vie d’Adèle) que pour son sujet.

Le cinéma est politique

Comme dit en intro, le film tente de représenter le quotidien d’enseignants dans un collège dit « difficile ». Sauf que ce pitch en soi, pose beaucoup de questions. L’apparente frugalité de la mise en scène du film semble indiquer une volonté de montrer une réalité sans filtre, sans jugement de valeur, sans parti-pris politique. Sauf que le nœud du problème est là : qu’on le veuille ou non, un film est toujours politique.

Déjà parce qu’il présente des personnages. Des personnages qui ont une place dans des rapports sociaux. Des personnages qui ont une classe sociale. Et ces personnages sont filmés d’une certaine manière. Lorsque la caméra est dans une pièce, elle n’est pas dans une autre. Ça signifie que le film, l’écran, le choix des scènes, à tout moment, ne peut nous montrer qu’une partie de l’histroire et pas une autre. Donc le film opère un choix dans ce qu’il nous montre et ce qu’il ne nous montre pas. Lorsque le film choisi de nous montrer des professeurs en salle de pause pendant l’intercours, il choisit de ne pas nous montrer la vie des collégiens pendant ce même intercours. Ou, s’il le fait, il doit choisir la succession, l’ordre des scènes. Quel personnage ouvre le propos, quel personnage le termine.

Un film est toujours une succession de choix. Et ces choix sont politiques. Que l’aspect politique de ces choix soit conscient pour le ou la réalisatrice ou non n’écarte pas l’aspect politique de ces choix. Ainsi, lorsque le film choisi de se focaliser sur le quotidien d’un collège dit « difficile », il choisit de ne pas se focaliser sur le quotidien du collège Stanislas à Paris

[1]

.

Et cet aspect est important. Puisqu’en l’occurrence, le film fait le choix ne nous montrer pratiquement que deux types de scènes :

  1. les scènes de cours du personnage principal avec sa classe
  2. les scènes hors cours que le personnage principal passe avec ses camarades professeurs.

Ainsi le film fait le choix politique de nous faire adopter le point de vue du professeur. De nous montrer sa position sociale, ses choix d’enseignement et, surtout, à aucun moment de remettre cette position ou ces choix d’enseignement en question.

Même si la réalisation est brute – en fait, parce que la réalisation est brute – le film fait le choix politique de ne pas questionner les rapports de pouvoir et de domination – par ailleurs extrêmement violents, même euphémisés – qui ont lieu à l’école.

Alors bien sûr, ce film (et mon expérience du lycée) a 10 ans. Et si le film fait parfaitement son travail de représentation de la réalité – la grande majorité des scènes de cours représentées, je les ai moi-même vécues – les choses ont pu changer depuis. Mais j’en doute.

Autoritarisme, mépris de classe, condescendance envers les enfants et les adolescents

Une des raisons qui font que j’ai moi-même très mal vécu mon enfance – il y en a d’autres, évidemment, mais celle-là en fait bien partie – est la condescendance, voire le mépris, que témoignent beaucoup d’adultes de la société française envers les enfants et les adolescents. J’ai pris conscience de ce mépris très tôt dans mon enfance. Il y a, chez les adultes, le refus de donner au discours, aux arguments des enfants et des adolescents la même valeur et la même considération qu’à ceux des adultes. Leur volonté, leurs limites ne sont que rarement respectés.

C’est par exemple le cas dans cette scène où Martin (le personnage principal joué par Bégaudeau), intime l’ordre à une élève de lire un passage du Journal d’Anne Franck. Le refus de cette dernière n’est alors pas considéré comme une absence de consentement qui devrait être respecté et qui est motivé par des raisons qui lui sont propres, mais comme un refus illégitime d’obéir. Un refus qui doit être sanctionné.

Et on touche alors au deuxième problème du film (et de l’École dans laquelle j’ai passé mon enfance) : l’autoritarisme. Les professeurs dans ce film (et une très grande partie de ceux que j’ai eus en classe) ne construisent l’enseignement que comme un rapport de soumission ou de conflit. L’enseignement n’est jamais dépeint comme un processus collaboratif où les limites, les forces et les faiblesses de chaque enfant doivent être respectés mais comme un étrange gavage culturel où le but est d’instruire l’enfant sans jamais lui expliquer lui faire saisir l’intérêt de cette instruction et sans jamais respecter ses particularités d’apprentissage.

Et bien sûr, cette instruction, c’est l’instruction décidée par la bourgeoisie. La seule décrétée légitime. Ce troisième problème est d’autant plus criant dans le film que le personnage principal est professeur de français. Or, il n’existe pas de matière enseignée au collège plus politiquement discutable que celle-là. En effet, le français – et particulièrement son orthographe et sa grammaire – sont des créations tout à fait artificielles. Ces créations émanent de l’Académie française, créée par le Cardinal de Richelieu et avaient pour objectif de :

[distinguer] les gens de Lettres d’avec les Ignorants et les simples femmes

(Pour de vrai)

Si l’Académie Française est aujourd’hui plus policée, il n’en reste pas moins que l’institution défend une vision très conservatrice de l’orthographe avec des arguments la plupart du temps faibles, voire mauvais. Ainsi, enseigner « le masculin l’emporte sur le féminin » comme règle d’accord plutôt que l’accord de proximité (que, personnellement, je prefère utiliser) est un choix politique. Ce n’est pas un choix scientifique, ce n’est pas un choix logique, c’est un choix politique. Cette règle, et bien d’autres, pourrait être changée sans que le discours ne s’en trouve de quelque sorte modifié.

Or, c’est bien la bourgeoisie qui choisi, et a toujours choisi ce qui est publiquement considéré comme « le français correct ». Un choix politique que relaie, sans aucune distance ni aucune analyse politique, le personnage d’Entre les murs (et, par corollaire, le film lui-même).

C’est très visible dans les scènes où les enfants utilisent des mots de leur sociolecte et le professeur les rabroue en leur demandant de « parler français » sans que le film n’interroge jamais précisémment ce qu’est le français et quelles sont ses frontières. Est-ce le français que l’on apprend à l’école ? Non. Nous n’apprenons pas toutes les subtilités et les exceptions du français à l’école. En fait, les linguistes vous le diront : tout le monde fait des fautes. Même les correcteurs. Est-ce le français prescrit par l’Académie française ? Ce français-là contient une grande part d’arbitraire qu’il serait bon de remettre en question. Est-ce celui contenu dans les dictionnaires, comme semble l’affirmer le très utilisé argument « ce mot n’existe pas, il n’est pas dans le dictionnaire » ? Mais le Larousse et le Robert n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’orthographe de très nombreux mots (comme « boloss » ; oui, moi je l’écris comme ça). Et que faire des néologismes qui finissent pas passer, avec le temps, dans les dictionnaires ? Zéro, ersatz, chiffre, yaourt, carnaval, etc. Tous ces mots ont été, un jour des néologismes provenant de l’arabe, de l’allemand, de l’italien ou du bulgare.

Difficile de définir vraiment ce qu’est « le français » ; quelles sont ses frontières. Et pourtant, inlassablement, l’École continue d’enseigner comme s’il était clair que certains mots, certaines règles en faisaient partie, quand d’autres non alors que la réalité est beaucoup plus floue…

Un autre éducation est-elle possible ?

Oui, bien sûr que oui. Des anarchistes l’ont théorisé (Célestin Freinet, par exemple) et ces méthodes d’enseignement non-cohercitives ont pu être mises en place dans le Lycée autogéré de Paris, par exemple. Sauf que cet enseignement bienveillant possède un inconvénient de taille. Il présuppose, pour l’enseignant, l’abandon de sa position (symbolique) d’autorité inquestionnable et l’adoption d’une position de camarade enseignant à égalité avec ses camarades étudiants. Et ça, beaucoup de professeurs en sont probablement incapables.

L’État, la bourgeoisie aussi, s’y refusent aussi, bien que ces méthodes d’enseignement bienveillantes aient fait leurs preuves. Car, bein évidemment, l’École, comme le montre ce film, est une institution politique. Refuser d’y parler de politique, refuser de remettre en question la verticalité de sa structure, ce sont des choix politiques. Car dès lors qu’on accorde aux apprenants et apprenantes la capacité et la liberté de questionner l’autorité, de questionner les enseignements, alors il devient nécessaire de justifier la légitimité de cette autorité et de ces enseignements. Et cela, tout en participant à placer les étudiants et étudiantes en position de citoyens politiques légitime, conduit à devoir découvrir les choix politiques qui sont à la base de la structure de l’école et des choix d’enseignements qui y sont faits. En bref, cela donne un pouvoir politique aux enfants et adolescents qui viennent apprendre à l’école. Et il y a fort à parier que la bourgeoisie, qui voudrait qu’elle ne fût qu’un lieu produisant de dociles opérateurs de leurs moyens de production, soit chafouine face à la possibilité qu’elle puisse former des citoyens et citoyennes politiques à même de remettre en cause, par des discours construits et éloquents, sa position de classe dominante…

Notes de bas de page :
  1. L’un des collèges les plus réputés de France. Un collège privé, accueillant des enfants issus de la grande bourgeoisie, bien sûr.

Linux sur le desktop

dimanche 7 juillet 2019 à 14:00

Je dédicace cet article à Cyrille et Ice. Cyrille qui n’arrête pas d’arrêter de parler du desktop Linux, Ice qui m’a chatouillé suffisamment pour que je cesse de leur laisser tout dire sans les confronter à des arguments contraires et participer à une saine émulation. Des échanges, des arguments, du respect, ce que le blogging devrait être. Personne n’a vraiment raison ou tort, à croiser les points de vue on dessine mieux ce que l’on voit.

Linux, Linux, Linux ou Linux

Je vais débuter en précisant une chose fort importante, je ferai une distinction entre plusieurs sujets dont nous avons la très mauvaise habitude de parler en disant simplement Linux :

Le noyau Linux a gagné

On disait déjà que le noyau Linux était partout : routeurs, serveurs, systèmes embarqués, smartphones. Il débarque à présent sur Windows (90% du marché desktop), c’est une victoire éclatante, totale. Microsoft intégrant le noyau Linux, témoigne de sa place importante pour ne pas dire indispensable dans l’IT. Sur le cloud de Microsoft Azure, Linux est sur la moitié des machines virtuelles. Sur The Cloud Market on peut se faire une idée de l’utilisation écrasante des distributions Linux pour Amazon EC2. Rappelons également que tous les chromebooks lancés en 2019 seront compatibles avec Linux.

Les linuxiens peuvent et devraient se réjouir : Le noyau Linux n’a jamais autant été utilisé, diffusé et proche de l’utilisateur final.

Linux se professionnalise bien plus qu’il ne se démocratise

Le noyau Linux est utilisé de plus en plus par les professionnels et l’industrie, le desktop Linux touche difficilement plus d’utilisateurs.

Le noyau Linux débarquant sur Windows n’intéressera que les professionnels, les geeks, les passionnés. Mme Michu n’installera pas WSL et ne se servira pas du noyau Linux sur son Windows 10, très clairement le travail de Microsoft autour de Linux est à destination des professionnels. Il ne faut pas s’attendre à ce que les parts de marché du bureau Linux augmentent suite à l’arrivée du noyau Linux sur Windows 10.

Pendant ce temps les chiffres (1, 2, rares et discutables pour certains) tablent autour de 3% pour Linux sur le desktop. Je vais être dur parce qu’apparemment une majorité de linuxiens ne veut pas l’accepter : C’est que dalle, on parle de 3% pas de 20%.

Sur ces 5 dernières années :

La technique et l’humain

Lorsque je vois la question : Linux est-il prêt pour le desktop ? Je pense surtout qu’on parle technique : Est-ce que techniquement Linux est prêt pour le desktop ?

Oui, depuis un moment. D’un point de vue distributions Linux nous avons un choix pléthorique, de grosses écuries (Debian, Ubuntu, CentOS, Arch…). Nous avons aussi pas mal de distribs avec environnements de bureau qui se prêtent à une utilisation professionnelle, un large choix logiciels, des communautés importantes et pérennes, des systèmes largement stables, une excellente sécurité… mais est-ce que Linux est à la hauteur de Windows ?

Il ne suffit pas d’être à la hauteur, il faut être meilleur. On ne change pas pour équivalent mais pour mieux. LibreOffice fait le job mais il restera en-dessous de Microsoft Office pendant encore longtemps.

Il faut comprendre et accepter, les dés sont pipés : 1/ Une majorité de logiciels et d’outils (notamment professionnels) ne fonctionnent que sur Windows 2/ Les formats de fichier propriétaire emprisonnent utilisateurs/entreprises/politiques : Microsoft Office (.docx, .xlsx), Adobe (.psd, .ai) 3/ Les utilisateurs sont formés ou travaillent sur Windows et Microsoft Office, lorsqu’ils achètent un PC perso il est sur Windows 4/ La domination de Windows sur le desktop depuis 20 ans 5/ On reproche aux logiciels libres leur manque de finition sans les soutenir financièrement, il manque des profils pointus comme des graphistes, des traducteurs, des UI/UX designers… on a surtout des devs

C’est déjà une situation très compliquée sur ces points mais pour moi le vrai problème est le coût du changement. Pourquoi un utilisateur lambda passerait à une distrib Linux si il est satisfait de Windows (que son entreprise utilise et paye) ? C’est un effort colossal de formation, compréhension, changement que peu de personnes sont prêtes à faire sans y être obligées (en général professionnellement). On parle énergie, temps et motivation aussi ? La complexité de l’outil informatique est trop importante face à la volonté et capacité des individus.

La vérité est ailleurs

1,3 milliards de PC en usage, 3,5 milliards de smartphones en usage. Sur le web 50,7% du trafic mondial provient du mobile, 45,5% du desktop. Le smartphone est le nouveau pc.

Il n’est pas question de dire que le PC va disparaître, certains usages ne peuvent pas être remplacés (utilisation professionnelle, bureautique, graphisme…) mais aujourd’hui l’équipement roi est le smartphone. L’enjeu n’est plus le PC, les ventes stagnent, les usages ont évolué. On se tourne de plus en plus vers le web et le cloud : Bureautique avec Office 365 par exemple, Gmail comme client de messagerie, Google Stadia pour jouer. Le smartphone permet de nouveaux usages : Photos, vidéos, jeux en réalité augmentée, GPS, communication… et on l’a partout avec nous.

L’utilisateur, ses besoins, ses usages

Comme d’habitude on se focalise sur l’outil alors qu’on devrait parler des besoins et usages de l’utilisateur. On continue à parler de Linux sur le desktop alors que le monde à les yeux rivés sur son smartphone. Pour gagner une guerre, il faut au moins être sur le champ de bataille, pas à côté.

Il est naturel lorsqu’on apprécie Linux qu’on souhaite voir progresser son usage dans le cœur des utilisateurs. La distinction doit pourtant être faite entre installer un Linux sur un poste ET avoir un utilisateur satisfait et autonome sur Linux. Le nombre d’utilisateurs m’importe peu, leur satisfaction totalement. Je suis un utilisateur du bureau Linux, je passe plus de 50 heures par semaine dessus à titre personnel et professionnel. Je suis extrêmement satisfait alors même que cette semaine mon système était pété.

Le choix de l’utilisateur doit être éclairé, sa migration désirée et volontaire, il ne doit pas être contraint mais soutenu, pas jugé mais écouté. Le desktop devient un marché de niche où ne resteront bientôt plus que professionnels, passionnés, power-users, créatifs. Les logiciels cédent place au cloud, web, apps. Pour une majorité d’utilisateurs leurs usages se résument à surfer, écouter de la musique, regarder des vidéos, jouer casual. On allume de moins en moins un PC pour ça.