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CQFD, mensuel de critique et d'expérimentation sociales

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Un complexe dual, mi-civil, militaire

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

La Ville rose et son agglo bichonnent un tissu industriel qui met la guerre au cœur de la paix.

Depuis les moulins à poudre royaux ouverts en 1536, Toulouse tient à son esprit explosif. Combiné à cet héritage industriel, l'éloignement des fronts a fait de la Ville rose un bastion de l'industrie dite « stratégique », tant parce qu'elle fournit la guerre que pour les profits qu'elle génère. Le marché de la « sécurité globale » (la guerre chez soi ou chez les autres) est estimé à 100 milliards d'euros dans le monde, 30 milliards pour l'Europe, 10 pour la France. Acteur en vue du maintien de l'ordre, le pays des droits de l'Homme rayonne mondialement, exportant 55 % de cette production. Les contrats passent par la Sofremi, Société française d'exportation de matériels et de services du ministère de l'Intérieur, filiale de la Sofema, Société française d'exportation de matériel d'armement, dont les actionnaires principaux sont l'état et des grands groupes d'armement. Principaux bénéficiaires : les multinationales de défense, Safran, Nexter, Thales, Dassault, Sagem, BAE Systems, Airbus group, la plupart implantées à Toulouse. Si certaines sociétés sont clairement identifiées comme fournisseurs de matériel de guerre, elles travaillent généralement tant pour le civil que pour le militaire. Les entreprises de l'aéronautique et du spatial (un salarié sur deux à Toulouse) servent a 25 % – ou plus – le marché militaire  [1]. Ainsi, Paul Boyé Technologies, dont les marchés balayent « émeutes, terrorisme, banditisme, risques technologiques, catastrophes naturelles » fournit des tenues de combat à l'armée et des gilets pare-balles au GIGN, habille tous les gendarmes, leur livre jambières et protège-bras, vend des gilets à motif camouflage aux chasseurs, du sportwear pour le loisir de plein air, ou des « gilets réfrigérants » à application médicale, militaire et sportive. Le laboratoire Emitech teste tout ce qu'on lui soumet, du jouet au missile. Lacroix fourgue feux d'artifice et déclencheurs d'avalanches mais aussi des grenades pour le maintien de l'ordre. Début novembre, Lacroix était au Salon de l'armement aérien à Dubaï pour y vanter des systèmes équipant avions de chasse, hélicos de combat et transports de troupes.

Aéropostales-aéromartial
Penser les usines d'armement comme des entités séparées et identifiées est aujourd'hui complétement obsolète. Civiles, militaires, les productions sont totalement imbriquées, ce qui maintient un appareil industriel capable de fournir des grandes quantités, sans pour autant stocker des tonnes de matériel sans débouché immédiat. Tout compte fait, les vols longs-courriers sont plus fréquents que le bombardement aérien. Et l'Aéropostale, puis l'Aérospatiale, c'est quand même plus seyant que fournisseur de système électrique d'automitrailleuse, tel que Nexter Electronics au sein d'un groupe vendant des chars d'assaut, des obus, des roquettes et des blindés de maintien de l'ordre.

Pour la légende, Toulouse a ses pionniers comme Saint-Exupéry, le papa du Petit Prince. Mais les zingues ont toujours plus passionné les généraux que les facteurs. Dès la guerre 14-18, Latécoère produit chasseurs et bombardiers à Toulouse. En 1920, Dewoitine produit des avions de combat qu'il vend aussi à l'étranger. En 1937, le Front populaire nationalise l'important tissu d'industrie militaire dédié à l'aéronautique dont trois aérodromes toulousains voués au militaire. Après la guerre 39-45, le civil gagne du terrain mais les usines produisent aussi pour les états-majors. La technologie des avions supersoniques guerriers sert au programme du Concorde qui, en retour, a permis des avancées pour le Mirage F-1. Au fil des ans, de nombreux constructeurs et sous-traitants s'installent dans la région, créant près de 70 000 emplois directs. Quelque 40% des 360 entreprises étrangères installées dans la région travaillent aujourd'hui dans ce secteur.

Engrais, pesticides et médocs
Quand AZF a pété, ça a sauté à la figure de tout le monde : l'engrais (ici du nitrate d'ammonium), c'est hautement explosif. Impossible d'invoquer un effet secondaire accidentel. L'usine de Toulouse a toujours produit pour la guerre et l'agriculture. De fait, AZF était directement reliée à l'usine voisine, la SNPE, Société nationale des poudres et explosifs, au nom explicite même si beaucoup de Toulousains croyaient que n'en sortait « que du carburant pour la fusée Ariane ». Comme si on mobilisait des centaines d'ouvriers en 3x8 pour envoyer en l'air une fusée par an… AZF, la SNPE et sa filiale Tolochimie censée être spécialisée en vernis, pesticides et fongicides, constituent alors un complexe imbriqué où circule ammonitrate, azote, phosgène et méthanol. Ce qui continue sur le site de la SNPE, aujourd'hui Herakles-Safran. Imperturbable, le maire raconte, en 2013, que les risques sont strictement confinés « au territoire de l'usine ». Les riverains dorment beaucoup mieux, depuis… Et si les missiles balistiques produits par la boîte explosent partout dans le monde, après tout, c'est loin tout ça. Mieux vaut déblatérer sur les médicaments produits sur le site qu'au sujet du carburant d'« engins stratégiques de la force de dissuasion » ou des missiles Exocet qui ont tué 32 marins anglais pendant la guerre des Malouines en 1982. Associé à un labo pharmaceutique comme Pierre Fabre, le groupe Herakles-Safran fait aussi dans la « filière chimie verte », dite « propre », respectueuse de l'environnement. Défense de rire.

La paix c'est la guerre
Historiquement, le tissu industriel toulousain se construit autour de l'armement, chevillé à la Recherche et à l'enseignement supérieur local. Certains programmes de recherche publique sont d'ailleurs entièrement dédiés à l'économie du casse-pipe et financés par le ministère de la Défense. Ces liens ne cessent de se renforcer au fil des accords passés par la Direction générale de l'Armement avec le ministère de l'Enseignement et la Recherche, ou directement avec des établissements universitaires. Supérieur, secondaire ou primaire, l'Enseignement distille ici la culture militariste dès la maternelle, avec ses délégués à la Défense dans les facs, ses classes jumelées avec des régiments, l'option « défense et sécurité » dans les lycées, stages à la clé dans l'armée pour les potaches.

Bizarrement, l'idée de guerre ne faisant pas rêver, on préfère le terme de sécurité. On parle de maintien de l'ordre et d'interventions militaires, autant de guerres qui ne disent pas leur nom. Ce qui a quand même beaucoup plus de gueule que l'impérialisme, la gloire de la race ou les vils intérêts financiers. La police se militarise, les militaires mènent des opérations de police. S'y ajoutent le marché des « savoir-faire », le partage des moyens, les échanges d'expériences. Sans compter le bénéfice symbolique qu'amène le fait d'intervenir pour cette valeur suprême qu'est la sécurité. L'envol des drones en est un parfait exemple. Bientôt les mêmes appareils survoleront l'Afghanistan, Roubaix ou le quartier du Mirail avec des « équipements adaptés » à chaque situation. Toulouse a d'ailleurs une des premières écoles pour pilotes de drones, montée par un ex-commandant de bord de l'armée de l'air sur l'ancienne base militaire de Francazal, où l'on déleste les particuliers de 2 900 euros pour cinq jours de formation. Elle participe au « Groupement d'intérêt scientifique microdrones » rameutant plus de 100 chercheurs spécialisés. « Pour les contrôleurs aériens et les forces de l'ordre », Egis Avia a inventé un système de détection des drones inconnus. Game of drones, le nouvel eldorado du business mêlant répression, guerre et loisirs.

À lire le gros travail d'information sur le complexe militaro-industriel et universitaire toulousain : Toulouse Nécropole. Spécialités locales pour désastre global. La production d'armement dans la région toulousaine, Auto-édition, 2014.


[1] Rapport INSEE 2013 sur l'économie en Midi-Pyrénées.

Ignoble avec les faibles...

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Le processus de gentrification, qui, dans les rêves les plus fous de la mairie, doit aboutir à reléguer en périphérie une bonne moitié de la population marseillaise, passe aussi par un alourdissement continuel de la fiscalité locale. Face à ce nouvel épisode de la guerre aux pauvres, un seul mot d'ordre : faut pas payer !

Et voici venir le temps des belles promesses électorales ! Les différents candidats dévoilent peu à peu les grandes lignes de leurs programmes à moins de 60 jours du premier tour de la présidentielle. Chez Macron, entre réduction conséquente de l'impôt sur les sociétés - qu'elles contournent déjà allègrement via divers procédés d'optimisation fiscale ou autres sucreries gouvernementales – et réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune, on trouve l'exonération de la taxe d'habitation pour 4 français sur 5 en 2020. Selon l'ancien locataire de Bercy, qui n'a rien fait dans ce sens quand il était en poste, il s'agit d'en finir avec « l'impôt le plus injuste » de l'hexagone. Maxime Picard, de Solidaires Finances Publiques, ne croit pas à la magie. « C'est vrai que cette taxe ne prend pas assez en compte les revenus des ménages. Mais la proposition semble surtout démagogique. Comment financer les collectivités en leur retirant cette source très importante de recettes ? En taillant encore dans la dépense publique ? En augmentant d'autres prélèvement encore plus injustes comme la TVA ? Ce qu'il faut faire, ce que nous demandons, c'est une refonte de la taxe d'habitation. »

À Marseille, la note de la fiscalité locale est particulièrement salée et elle est chaque année plus indigeste pour une grande partie de la population. En effet, contrairement à ses engagements répétés à la veille de chaque scrutin municipal, Jean-Claude Gaudin ne s'est pas gêné pour augmenter taxe d'habitation et taxe foncière avec une progression record de 50 % en 10 ans. De plus, en supprimant l'abattement général à la base, la hausse a proportionnellement frappé davantage les occupants de petits logements. Pour Delphine, propriétaire et habitante d'un petit T3 à proximité du centre-ville, le cumul taxe d'habitation et taxe foncière dépasse les 3000 euros annuel. Malgré un traitement de prof avec un peu d'ancienneté, elle a parfois du mal à boucler ses fins de mois. Elle est, malheureusement pour elle, la cible privilégiée de la municipalité qui se justifie sans cesse en gémissant sur l'exonération massive de plus 30 % des contribuables marseillais [1], la baisse de la dotation de l'État et le surcoût budgétaire lié à la réforme des rythmes scolaires. Résultat, la cité phocéenne est en tête du palmarès des villes les plus chères de France pour la fiscalité locale. 30 % de plus par rapport à Lyon et même 50 % par rapport à Paris. Maxime Picard clarifie la situation : « À Marseille, contrairement à Lyon pour prendre une ville comparable en termes démographiques, il y a beaucoup moins d'argent qui rentre grâce aux prélèvements sur les entreprises. Alors, tout retombe sur les particuliers, surtout ceux appartenant à la classe moyenne. » Mais pas seulement, car la municipalité marseillaise a les mêmes besoins de financement des dépenses publiques que son homologue lyonnaise. Et Maxime d'ajouter : « Depuis l'introduction du RSA à la place du RMI en 2009, l'exonération d'office de la taxe d'habitation a disparu, ce qui a alourdi la pression fiscale sur les petits revenus. » Diane, allocataire de ce minimum social et colocataire d'un T3 dans le centre-ville pour lequel elle doit s'acquitter d'une taxe de 800 euros, peut en témoigner. « Depuis deux ans, je bénéficiais d'une exonération partielle en remplissant le dossier fourni par l'administration. Pour 2016, alors que ma situation est encore plus précaire, on ne m'a proposé qu'une mensualisation. J'ai refait des courriers, je me suis rendu à l'accueil du centre des impôts, j'ai téléphoné à plusieurs reprises. Impossible d'obtenir une réponse claire sur les critères qui m'ont fait basculer vers le paiement plein pot. Seulement des phrases m'invitant à me réjouir du cadeau offert par l'administration pendant deux ans. Ou encore des conseils m'orientant tantôt vers une demande de logement social [2], tantôt vers un emprunt bancaire, quitte à ensuite constituer un dossier auprès de la commission de surendettement. » Ici, notre agent des finances publiques tient à clarifier les responsabilités des uns et des autres. « C'est la loi de finances votée par les parlementaires qui fixe le plafonnement de la taxe par rapport aux revenus. Tout ce que nous pouvons faire, c'est accorder des remises gracieuses en fonction de l'âge, du handicap ou d'un changement brutal de situation financière, à l'occasion d'une séparation dans un couple, par exemple. Avec les collègues, on essaye de s'harmoniser pour respecter une stricte égalité de traitement en se fondant sur la précision des éléments dans les dossiers que nous recevons. Et nous en recevons de plus en plus depuis trois, quatre ans alors que nous sommes de moins en moins nombreux pour nous en occuper. »

Autre particularisme marseillais, le grand écart existant entre les niveaux de taxation des habitations en fonction des quartiers. Louer 100 m² à Saint-Mauront, souvent décrit comme le quartier le plus pauvre de France, ou à Noailles, dans le centre-ville dégradé, c'est 1 200 euros à verser annuellement au percepteur. La même surface à Bompard, immeubles de caractère et vue imprenable sur la Méditerranée juste au-dessous de Notre-dame-de-la-Garde, c'est 750 euros. « La valeur locative du bien immobilier qui sert de base au calcul de la taxe d'habitation n'a pas été révisée depuis 1970, ce qui crée une très forte injustice sociale », conclut Maxime. Et un instrument de poids dans la gestion clientéliste de la ville. Le maintien du statu quo profite ainsi aux zones les plus aisées, considérées comme périphériques sur le cadastre actuel.

Anarchiste de droite ? Poujadisme de gauche ? Le consentement à l'impôt est un principe fondateur du pacte républicain. C'est-à-dire que la contribution collective doit servir à financer des services publics en qualité et en quantité. Or, que constate-t-on au quotidien à Marseille ? Un délabrement des écoles, dont certaines ont dû fermer cet hiver faute de chauffage, au profit de projets pharaoniques à vocation commerciale et touristique, tels que le Grand Stade, avec comme seule justification celle du marketing territorial. Une baisse des subventions aux associations qui se démènent pour maintenir un peu de cohésion sociale au profit d'évènements pseudo culturels du type « Dimanche de la Canebière », censés transformer le centre-ville en Broadway sauce aïoli. Lorsque des chefs d'entreprise, s'auto-désignant sous le sobriquet de « pigeons », hurle au matraquage fiscal sur Internet, le gouvernement bat en retraite et concocte un plan d'allègement sur mesures : le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, soit 20 milliards d'euros par an depuis 2013, dont les bienfaits sur l'inversion de la courbe du chômage tardent à se faire connaître. Lorsque des quidams font le pied de grue devant un centre des impôts pour exprimer leurs doléances avec un peu de véhémence, on leur envoie les CRS. Plutôt que d'attendre l'hypothétique réalisation de belles promesses électorales, à quand une grande grève des loyers assortie d'un refus de payer la taxe d'habitation qui, partie de Marseille, se propagerait à l'ensemble du territoire ? Toute ressemblance avec des faits historiques qui se seraient déroulés à la fin du 18e siècle serait fortuite...


[1] 12 % des ménages sur l'ensemble du territoire, un pourcentage qui repart à la hausse depuis 2014.

[2] J. -C. Gaudin est régulièrement épinglé pour ne pas respecter les obligations en matière de construction de logements sociaux fixées par la loi SRU. Et seulement 10 % des demandes au titre du droit au logement opposable sont satisfaites.

Musique du babil et cinéma pour l'oreille

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Avec son spectacle Prosodie, la compositrice Émilie Mousset explore la dimension sensible du langage en s'intéressant à la créativité vocale et auditive des très jeunes enfants entendants. 25 minutes d'écoute, huit hauts-parleurs, quelques couettes… et une pièce sonore jouée en direct qui prend le souffle comme point de départ, jusqu'à parvenir au langage articulé [1]. Entretien.

Par Eric Sneed. {JPEG}

CQFD : Pourrais-tu expliciter le titre de ton spectacle, Prosodie ?
Émilie Mousset : Pour les musicologues comme pour les linguistes, la prosodie, c'est ce qui définit l'enveloppe musicale de la parole : son grain, ses composantes harmoniques, sa densité, ses attaques. C'est l'écoute des phénomènes d'accentuation et d'intonation des phonèmes, mais aussi des variations de hauteur, de durée, d'intensité et de timbre. Ce sont toutes les inflexions musicales, les émotions, les intentions sous-jacentes à la parole, qui font que sonnent les hésitations, l'irritation, la tristesse, la peur, la colère, la douceur. La prosodie, pour résumer, c'est la part de signification apportée par la voix au-delà du sens initial du mot : c'est la mélodie du langage. C'est une notion qui permet de faire émerger l'importance du sensible et de l'affect dans les liens étroits qui unissent le langage et la musique. C'est d'ailleurs là, pour moi, que le rapport avec le champ de la petite enfance est immédiat. Pour le jeune enfant entendant, sans même parler des études désormais nombreuses qui montrent l'importance du sonore dans le milieu intra-utérin, le sonore est un champ pour lequel il développe une acuité et une finesse impressionnantes, et qui donne forme au monde qui l'entoure – qui lui permet en tout cas de s'y inscrire, et de commencer à le percevoir.

Que cherches-tu à explorer en investissant, plus précisément, le champ de la petite enfance ?
Pour le jeune enfant, le mot est son avant même d'être sens, et le langage parlé est d'abord et avant tout musique. Les enfants sont capables de vocaliser bien avant d'articuler. Ils développent très précocement des capacités de perception des phénomènes sonores, ainsi qu'une large palette de modes d'écoute. Il suffit d'observer de tout jeunes enfants écouter et produire des sons pour réaliser leur grande plasticité à jouer dans le spectre sonore. Virtuoses en vocalisation, ils bruitent les objets, écoutent les résonances, ajustent la dynamique de l'attaque en fonction du son recherché, sont très attentifs aux timbres. La matière sonore est source d'expérimentation et de plaisir sans cesse renouvelés. Le son comme la voix sont investis tour à tour comme objets de sensation, de plaisir, d'exploration de temps et d'espace, de communication, de création. En outre, pour l'enfant apprenti locuteur, le rapport au langage est intrinsèquement lié à l'affectivité. La période où le monde prend sens à travers les voix (notamment celle de la mère) est cruciale, et le temps de la petite enfance est l'âge d'or de l'ouïe. C'est dans cette « pâte primordiale » que se constitue un premier fondement de présence à soi et au monde. Si le langage m'intéresse aussi, c'est que je crois qu'on ne peut pas dire qui on est (et par conséquent ce que l'on veut, ou ne veut pas), si on ne peut ou ne sait pas s'exprimer. Cette pièce, qui dure 25 minutes, c'est finalement l'écoute de comment un enfant arrive peu à peu au langage : elle commence par le souffle, puis montre peu à peu comment le langage s'extériorise, se sociabilise, et dans le même mouvement s'articule progressivement. Prosodie s'appuie et se fonde à la fois sur la matérialité de l'acte de dire, et sur un constant rapport étroit du langage et du musical : c'est cette articulation des deux, et l'évolution de cette articulation qui constitue le mouvement de la pièce.

Ton travail n'est pas uniquement celui d'une compositrice puisque tu mets en scène l'écoute de ta propre pièce. Pourquoi ne pas se contenter d'une pièce sonore, radiophonique, écoutable chez soi, et préférer en faire un concert – en grande partie en direction des tout-petits ?
J'ai commencé ma vie professionnelle dans le champ du théâtre, et je n'en suis jamais vraiment sortie ! Quand j'ai décidé de me consacrer à la composition sonore, je pense l'avoir toujours envisagée comme une écriture élaborée et reçue dans un espace : une scène, un jardin public, la rue ou une salle de sieste (pour rester sur Prosodie et son accueil possible dans des endroits comme des crèches, ou des écoles). Pendant mes études de composition électroacoustique, la découverte de l'outil de diffusion qu'est l'« acousmonium [2] » a été déterminante. Il s'agit de diffuser une pièce sur un orchestre de haut-parleurs, qui construit un impressionnant espace d'écoute, très immersif, où chacun entend la pièce projetée différemment, en fonction de sa place à l'intérieur de l'orchestre. On parle souvent de « cinéma pour l'oreille ». Cet outil permet à la fois de dessiner un espace du son, d'en écrire une dramaturgie, mais aussi, et c'est un de mes crédos, de mettre volontairement les gens en situation d'écoute. Le dispositif de Prosodie est donc celui d'un concert de type acousmatique. Ce terme renvoie aux pratiques d'enseignement de Pythagore, qui plaçait ses disciples derrière une tenture afin de privilégier leur seule écoute. Le compositeur Pierre Schaeffer, à l'origine de la « musique concrète », parlait d' « écoute réduite » pour désigner ce resserrage extrême de l'attention sur la perception des choses. Le son, c'est aussi un espace mental, qui laisse à l'auditeur l'autonomie et la liberté de récréer les images, qui donne à son écoute active une part de création de l'œuvre.

Pour les jeunes enfants, le son passe avant tout par le corps, résonne dans le corps, se reçoit et s'exprime par le corps, d'où l'importance de ce dispositif. Il est arrivé pendant des représentations que des enfants se mettent à tourner autour d'une enceinte, rapprochent, éloignent leur oreille de la membrane, se créant ainsi leur propre « mixage ». Il est aussi fréquemment arrivé que des enfants marquent physiquement, ou vocalement, ce qu'ils entendent, qu'ils interagissent avec la pièce, souvent de manière tellement fine et musicale que les autres auditeurs m'ont dit ne plus vraiment savoir ce qui appartenait à la composition ou à l'intervention de leurs petits voisins. Je crois que l'inventivité du langage des enfants, sa plasticité, son rapport primaire au musical, en font des grands poètes qui s'ignorent (d'autant plus grands qu'ils s'ignorent !).

Comment as-tu cheminé pour réaliser ce spectacle ?
Tout est parti d'un compagnonnage avec une structure basée à Saint-Nazaire, Athénor, une « scène nomade de production et de diffusion » qui explore notamment la création sonore en lien avec la toute petite enfance. J'ai commencé une première phase de création à Vitrolles où, avec un percussionniste, une chanteuse, une danseuse, nous avons investi le quotidien de plusieurs crèches, sur des journées entières. C'est là que j'ai pu commencer les premières expériences de prise de son avec de tout jeunes auditeurs, les observer écouter d'abord, puis les faire manipuler et sonner des objets de leur quotidien, les enregistrer et leur faire écouter le résultat immédiat, pour tenter d'autres manipulations ou jeux de voix, de bruits de bouche, les réécouter, les rejouer. J'ai ensuite bénéficié de temps de résidence en studio, et dans des lieux « de plateau », qui m'ont permis d'éprouver la pièce dans l'espace et de l'écrire avec les haut-parleurs. J'ai volontairement voulu que le dispositif soit simple et tienne dans un coffre de voiture pour aller jouer dans des lieux « hors spectacle », comme des crèches justement.

Comment as-tu pensé la place des adultes dans cette pièce sonore ? L'irruption, puis la déferlante des mots articulés à mesure que les enfants grandissent, a-t-elle un impact sur les capacités d'écoute ?
Même si, dans ce spectacle, tout part de l'écoute et du rapport au son des enfants, je propose une forme qui n'est pas uniquement dédiée au jeune public. Néanmoins, si les enfants semblent admettre immédiatement le « bain sonore » qui leur est proposé, certains adultes sont parfois troublés par le dispositif acousmatique où, par définition, on ne connaît pas la source du son. En composant cette pièce, j'ai essayé de me tenir sur une ligne entre le compréhensible et le sonore, et les enfants se situent précisément dans la liberté de cet espace. Les adultes ont parfois beaucoup plus de mal à sortir du sens des mots. Il est possible que l'irruption du langage articulé, avec sa kyrielle de mots et de règles (grammaire, syntaxe, conjugaison) à utiliser correctement, bride de façon presque fonctionnelle l'ampleur du champ de l'écoute et du sonore tel qu'il est vécu au départ, avec son ouverture, son inventivité permanente et, encore une fois, son rapport fondamental au musical !


[1] Une version binaurale du spectacle est accessible en ligne sur le site de l'émission « Supersonic », produite par France culture.

[2] Le terme a été popularisé en 1974 par le compositeur François Bayle.

Les damnés de la mer

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Les ports étant superfliqués depuis le 11 septembre, les passagers clandestins seraient-ils en voie d'extinction ? Rien n'est moins sûr. Mais la mer est parfois chargée de leur disparition. Le profit des armateurs ne supporte pas les déperditions, même passagères.

On dénombre à peine ceux qui se font arrêter, à peine ceux dont on retrouve les corps. Depuis le Bangladesh, le Nigeria, l'Afrique du Sud, la Côte d'Ivoire, ils tentent leur chance sans trop savoir où se dirige le bateau qu'ils empruntent. Quelques provisions, de l'eau, et ils s'enferment dans des conteneurs, se planquent là où ils peuvent, un recoin de la salle des machines ou de la cargaison, voire le compartiment du gouvernail, où trempés d'embruns ils risquent de tomber et de disparaître dans les remous de l'hélice.

En mai 2015, les dockers du port de Philadelphie trouvent le corps sans vie d'un Ivoirien qui vient de passer 19 jours de mer au fond d'un cargo anglais. Sans plus de recherches, les autorités annoncent qu'il serait mort au choix de chaleur, d'un manque d'oxygène, d'une intoxication aux traitements insecticides des fèves de cacao qu'il a côtoyés tout du long ou enseveli sous cette cargaison mouvante. À côté du cadavre gonflé, un sac à dos, du lait en poudre et des emballages de barres... chocolatées.

En août 2014, un ferry belge dépose un conteneur sur le quai de Tilbury, près de Londres. Des ouvriers du port sont alertés par des cris et des coups provenant de l'intérieur. Ils y trouvent un cadavre et un groupe de migrants (35 Afghans dont 13 enfants) très déshydratés, en état d'hypothermie, restés enfermés près de vingt jours. Il y a eu plus horrible.

En 1992. Le porte- conteneur MC Ruby, qui bat pavillon de complaisance des Bahamas, est exploité par un bureau chypriote, affrété par une compagnie camerounaise, géré par des marins ukrainiens recrutés au port d'Odessa, le tout sous la houlette d'un proprio monégasque. Tout baigne, dans le sillage de la mondialisation. Six jours après escale au port de Takoradi au Ghana, l'équipage découvre neuf passagers clandestins, qu'il séquestre trois jours dans le puits de chaîne de l'ancre. Rançonnés, sept Ghanéens et un Camerounais sont finalement assommés à coups de barre de fer, achevés au fusil-mitrailleur et jetés à la mer au large du Portugal. Un seul survivant, Kingsley Ofusu, échappe au massacre et aux marins en furie qui le traquent sans succès pendant trois jours, jusqu'aux quais du Havre. Cette tuerie entre damnés de la mer illustre à son paroxysme la pression pesant sur les marins, chargés d'éviter la lourde amende infligée pour avoir mené des migrants dans un port européen. Cinq membres de l'équipage sont reconnus coupables, le capitaine et le second condamnés à perpète, les trois autres prenant 20 ans ferme. Quatre ans après, le drame se mue en scénar à sensation d'un téléfilm américain. The show must go on.

Pas de retard à terre
Un commandant qui découvre des migrants à son bord doit les débarquer au port le plus proche, et organiser fissa le rapatriement avec la police locale. L'option de demande d'asile est à éviter à tout prix, du point de vue de la rentabilité du navire, ce qui reviendrait à rester coincé à quai le temps de l'instruction du dossier. Encore faut-il que le port en question accepte. Ancien flic militaire passé à Phoenix Group, une boîte de sécurité américaine, Michael McNicholas, évoque un cas concret dans le manuel de sécurité pour capitaines qu'il a publié en 2016. Sachant que les autorités d'Haïti refusent tout retour de leurs ressortissants, un commando de sa société embarque de force 15 Haïtiens découverts dans un cargo en Louisiane, pour les déposer vite fait sur la piste de l'aéroport de Port-au-Prince. Délesté, le jet privé affrété pour l'opération repart illico comme un voleur. L'opération ainsi menée revient moins cher que le respect de procédures obligeant à garder ces indésirables.

Des aléas chiffrés en dollars
L'assureur maritime suédois The Swedish club chiffre le coût d'un passager clandestin à 38 500 dollars en moyenne, davantage si le cas est complexe. Tout changement de route, toute immobilisation au port se traduit par des milliers de dollars perdus. Le rapatriement ? À la charge de la compagnie. Une hantise pour les armateurs, une aubaine pour les assureurs, le risque, vrai carburant de leurs profits, faisant grimper les tarifs des contrats. Des dollars dans les yeux comme un Picsou paniqué par des trous dans ses dividendes, certains évoquent le rejet par les autorités sanitaires d'une cargaison de blé en vrac parce qu'un cadavre de migrant y aurait été trouvé, ou la destruction d'un conteneur de médicaments après le séjour de tels intrus.

Comme ses concurrents, le UK P&I club, gros assureur londonien, préconise aux propriétaires de navires de recruter des vigiles privés dans les ports des pays pauvres. Et de transformer l'équipage des marins en flics. Leur rôle : surveiller les accès aux escales, échelle de coupée, chaîne d'ancre, sans oublier de fouiller toutes les caches possibles. La menace de sanctions judiciaires et financières est partout : code pénal, injonctions des assureurs, règles de l'OMI (Organisation maritime internationale dépendant des Nations unies). Tout assigne à l'équipage ce rôle de police de l'immigration, assurant le premier interrogatoire à bord, le fichage, la photo. Ensuite, il se fait geôlier, surveillant un sans-droits enfermé dans une cabine ou un local verrouillé du bateau.

Pour la géographe Paloma Maquet, c'est là une gestion privatisée des frontières, externalisée par les États et confiée aux compagnies maritimes et leurs salariés, sous pression des assurances, ce qui assure plus largement « un transfert des traditionnelles fonctions régaliennes de contrôle des frontières vers l'ensemble des acteurs portuaires ». Assumer ce sale boulot offre des avantages pécuniaires, amendes et représailles financières allégées, voire levées, si l'équipage coopère...

D'invisibles noyés
Ces exilés en transit sont normalement protégés par la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ils doivent être nourris, recevoir les soins médicaux nécessaires. Mais les assureurs veillent. Attentifs au danger financier que généreraient ces intrus, ils mettent même en garde contre leurs mensonges et tentatives d'apitoyer l'équipage en « inventant » la misère qu'ils diraient fuir vers de meilleurs horizons. Une fable, c'est bien connu... En janvier 2006 à Durban, sept de ces prétendus bonimenteurs sont jetés à l'eau. Deux se noient aussitôt. Invités à plonger, selon l'équipage. « Je ne peux pas le prouver, mais je crois fermement que des passagers clandestins sont souvent jetés par-dessus bord pour éviter les amendes. On ne retrouve pas les corps mais on entend les récits », dit Welcome Nkomo, inspecteur de police du port sud-africain de Durban au correspondant du Guardian.

Solidarité des gens de mer, parfois
Tous les matelots ne jouent pas aux exécutants serviles en endossant le rôle de flics, gardes-chiourmes, ou même bourreaux. « Il est arrivé que des équipages se cotisent pour prendre en charge un gars, lui versent le pécule. À l'escale, personne ne l'a vu partir..., note Jean-Philippe Chateil, de la CGT des Marins. Mais on réduit partout les effectifs à bord, en baissant les salaires, surtout sous pavillon de complaisance. Les compagnies ne veulent surtout pas dépenser un sou pour des réfugiés... »

Une enquête menée par le réseau Migreurop dans 22 ports européens en 2010 a épinglé les statistiques largement sous évaluées par l'ONU, qui compte 2052 passagers clandestins interceptés en 2008, seulement 120 quatre ans plus tard. La même année, le seul assureur Western of England dit avoir traité 125 dossiers, dont deux personnes décédées en raison des émanations toxiques de la cargaison de bois exotique où elles s'étaient cachées...

Déplacement des déplacés
Partout dans le monde, les ports surveillés de près placent les navires hors d'atteinte des crève-la-faim. Grilles high-tech, patrouilles, conteneurs passés au scanner, matelots mis à contribution pour traquer les clandestins : la mise en place à partir de 2002 du code ISPS clôturant et fliquant les ports a contribué à déplacer le problème. « Il y a une presque disparition apparente des passagers clandestins. Les échos sont rares, comme si c'était devenu un phénomène homéopathique, note Patrick Chaumette, directeur du Centre de droit maritime et océanique de l'Université de Nantes. Les voies de passage terrestres et maritimes visent plus Gibraltar, la Libye, Lampedusa... Et sont de fait beaucoup plus dangereuses. » Outre les naufrages, il évoque notamment le cas de ces canots gonflables naviguant au ras de l'eau, pratiquement sans écho radar, déchiquetés et coulés aussitôt par des cargos taillant leur route sans même les avoir vus... Ce que des juristes faux-cul renomment la « pression migratoire illégale » entre alors dans le monde du ni vu ni connu.

À lire également

Le papier de Julia Zortea, "Géométrie d'un assassinat", publié en deux parties dans les numéros 12 et 13 d'Article 11.

Carnaval de quartier(s)

jeudi 1 janvier 1970 à 01:00

Nos archives : Avril 2016

La jeune tradition du carnaval de La Plaine, à Marseille, gagne en vivacité. Voilà trois quartiers impliqués dans son déroulement, toujours aussi indépendant. Une fois encore, c'est la sinistre reconquête urbaine qui a été mise au pilori, puis au feu.

Après sa répression en 2014, Carnaval a connu un regain de créativité, fédérant autour de son « jour des fous » et de sa fourmillante préparation les énergies croisées d'au moins trois quartiers : La Plaine (depuis dix-sept ans), Noailles (depuis une dizaine d'années) et les Réformés (depuis 2015). Voilà deux ans que le Caramentran, char principal symbolisant l'hiver et tous les pépins que la population locale a pu endurer, se voit accompagné par d'autres équipages, promis comme lui aux flammes à l'issue d'un grand-guignolesque procès en place publique.

Ce dimanche 13 mars, entre autres constructions, un monstre marin – dont la carcasse avait été soudée par des soudeurs soudanais virtuoses – figurait l'odyssée des réfugiés-migrants-clandestins : un frêle esquif chargé de têtes brunes voguait sur la croupe de l'orque. La symbolique était fraîche, directe, puissante. La présence des migrants, et celle des enfants des trois quartiers ayant participé aux ateliers de fabrication de masques, réclamait une bienveillante sagesse de la part des carnavaliers, pour éviter toute charge policière. Il s'agissait de dériver, délirer et se délivrer du mal tout en protégeant les plus fragiles d'entre la foule. Ce qui n'a pas empêché la BAC de trouver un prétexte – une caméra de vidéo-surveillance badigeonnée – pour gazer une partie du cortège, sans se soucier des minots ou des quelques personnes âgées présentes. Plus de pleurs que de mal, le carnaval a pu malgré tout arriver à bon port.

Car ce charivari n'est pas une manif déguisée, mais la convocation d'un esprit frondeur qui veut « faire quartier ». Cette année, l'hiver avait charrié son lot de mauvaises nouvelles, avec le projet municipal de restructuration de la place Jean-Jaurès [1] menaçant le marché, les commerces de proximité et la vie nocturne de La Plaine, sous prétexte de « montée en gamme » et d'attractivité touristique ; ainsi que celui d'un hôtel 4 étoiles sur l'îlot des Feuillants, qu'on imagine mal cohabiter pacifiquement avec le bazar populeux des Capucins… Le Caramentran (une bétonnière chevauchée par un hideux vautour) représentait ces dangers-là. Plus nombreux que jamais – pas loin de 2 000 déguisés, selon notre service des statistiques –, les carnavaliers condamnèrent unanimement les appétits du BTP à périr sur le bûcher des vanités. La célébration fut belle, le feu enivrant et les farandoles chavirantes, au son des fanfares, batucadas, tambourinaïres et autres chorales. Rien n'est plus enthousiasmant que s'amuser librement dans l'espace public, surtout en ces temps d'état d'urgence et de gouvernement par la peur. La mairie ne s'y est pas trompée. Sans doute pour se venger de cette vraie fête populaire célébrée sans elle, elle a ordonné, cinq jours plus tard, le démantèlement de deux tables de pique-nique construites fin 2015 sur la place Jean-Jaurès pour compenser l'absence de lieux de rencontres. Il aura fallu 70 flics municipaux armés jusqu'aux dents – certains brandissaient des Flash-Balls et même un taser ! –, et moult gaz lacrymogène, pour venir à bout des habitants qui s'accrochaient à leur mobilier urbain afin d'empêcher sa destruction. La disproportion grotesque de la force employée par les sergents de ville prouve qu'ici, si quelqu'un perd son sang-froid, c'est bien l'hurluberlu de la mairie.

Mise à jour : Février 2016

Depuis, les Tables de la Plaine ont été reconstruites. Encore plus belles, plus grandes, plus solides... Les réunions, apéros, pique-niques, fiestas ou petits temps pris pour soi et ses proches sont revenus comme autant de pied-de-nez à une Mairie et sa police qui n'ont pas osé (pour le moment) y retoucher. Mais... Mefi !

Pour 2016, le Carnaval Indépendant de La Plaine, Noailles, Les Réformés... remet le couvert ! On se retrouvera déguisé le dimanche 12 mars vers les 15h sur la place Jean Jaurès.

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[1] Lire aussi : Marseille : Quartier Debout.